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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305725

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305725

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de 3 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'absence de communication des motifs de la décision implicite de rejet entache celle-ci d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 alinéa 1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, en défense, enregistré le 1er février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le classement sans suite, le 6 décembre 2023, de la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé a implicitement mais nécessairement abrogé la décision attaquée.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre ;

- et les observations de Me Gourlaouen, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 17 octobre 1991, est entré régulièrement en France le 22 novembre 2012 sous couvert d'un visa C. Il a bénéficié d'un titre de séjour de 2014 à 2016. Il a déposé, le 15 février 2023, une demande de titre de séjour auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, sur le fondement de l'article 6 alinéa 1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Du silence gardé par le préfet d'Ille-et-Vilaine sur sa demande pendant un délai de quatre mois est née une décision implicite de rejet, le 16 juin 2023. M. B demande l'annulation de cette décision et que lui soit délivré un titre de séjour.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La circonstance que le préfet ait classé sans suite la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé n'a pas eu pour objet et pour effet d'abroger la décision attaquée. L'exception de non-lieu à statuer doit être dès lors écartée.

Sur le bien-fondé des conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

4. La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, l'étranger auquel est opposé implicitement, un rejet de sa demande de titre de séjour, a la possibilité de demander, dans le délai de recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande de titre de séjour auprès de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 15 février 2023. En application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née le 16 juin 2023. Par courrier en date du 30 juin 2023, M. B a adressé une demande de motif de cette décision implicite de rejet au préfet d'Ille-et-Vilaine que celui-ci a réceptionnée le 3 juillet 2023. Il ne ressort toutefois par des pièces du dossier que le préfet ait répondu à cette demande. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation.

6. En second lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".

7. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par le préfet que M. B justifiait, à la date de la décision attaquée, résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Le requérant est par suite fondé à soutenir que le préfet devait lui délivrer de plein droit le certificat de résidence qu'il a sollicité.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de délivrer, dans le délai de trois mois, à compter de la notification de ce jugement, à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à Me Gourlaouen d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que cette avocate renonce à la part contributive de l'État à sa mission d'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, à M. B un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'État versera à Me Gourlaouen une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Gourlaouen renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Gourlaouen et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Descombes, président,

M. Terras, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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