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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305812

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305812

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305812
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 octobre et 28 décembre 2023 et

8 janvier 2024, M. C D et Mme B D doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire d'Inguiniel a refusé d'effectuer la visite de leur logement situé 8 rue Kerlérien Les Fleurs à Inguiniel qui lui a été demandée, le

5 juin 2023, par le pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan ;

2°) d'enjoindre au maire d'Inguiniel d'effectuer la visite de leur logement pour constater l'état d'insalubrité et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du 5 juin 2023, date de la demande de cette visite par le pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan ;

3°) de condamner la commune d'Inguiniel à leur verser ainsi qu'à leurs quatre enfants la somme de 1 200 euros chacun en réparation de leur préjudice.

Ils soutiennent que :

- les moisissures présentes dans l'ensemble de la maison et particulièrement dans la chambre parentale et la douche y attenante résultent de malfaçons de la maison et rendent cette dernière invivable ;

- la décision attaquée est empreinte de discrimination et de favoritisme au profit de son propriétaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle n'est pas dirigée contre une décision administrative, la lettre du pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan du 5 juin 2023 n'étant qu'un acte informatif ;

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dépourvue de moyens en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les pièces complémentaires produites doivent être écartées des débats, dès lors qu'elles ne sont pas présentées conformément aux dispositions des articles R. 414-2 et R. 414-5 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, la commune d'Inguiniel, représentée par Me Lahalle (cabinet Lexcap), conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle est dépourvue de moyens en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, faute d'avoir fait l'objet d'une réclamation préalable ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à l'agence régionale de santé Bretagne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pellerin,

- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Barrault, représentant la commune d'Inguiniel.

Considérant ce qui suit :

1. M. D loue, avec son épouse et ses quatre enfants, une maison à usage d'habitation située 8 rue Kerlérien Les Fleurs à Inguiniel. Constatant la présence de moisissures dans l'ensemble de la maison et plus particulièrement dans la salle de bains du rez-de-chaussée, attenant à la chambre parentale, et après l'échec d'une tentative de conciliation avec les propriétaires du logement, M. D a adressé, le 10 octobre 2022, un signalement à l'Agence départementale d'informations sur le logement (ADIL) du Morbihan, qui a été transféré, en mai 2023, au pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan, chargé de repérer et d'accompagner les situations d'habitat indigne. Par un courrier du 5 juin 2023, ce dernier a demandé au maire d'Inguiniel de procéder à une visite du logement de M. et Mme D dans le cadre de l'usage de ses pouvoirs de police administrative générale. Le maire n'a pas procédé à cette visite. M. et Mme D doivent ainsi être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le maire d'Inguiniel a refusé d'effectuer la visite de leur logement situé 8 rue Kerlérien Les Fleurs demandée, le 5 juin 2023, par le pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ". Selon l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques (). ". En outre, l'article L. 1421-4 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable en l'espèce, prévoit que : " Sous réserve des compétences reconnues aux autorités municipales, le contrôle administratif et technique des règles d'hygiène relève de la compétence de l'Etat qui en détermine les modalités et en assure l'organisation et le financement. ".

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du courrier du 5 juin 2023 par lequel le pôle départemental de lutte contre l'habitat indigne de la direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan a demandé au maire d'Inguiniel de procéder à une visite du logement des requérants dans le cadre de ses pouvoirs de police, ce dernier, par un courriel du 17 juin 2023, a refusé de faire droit à cette demande au motif que M. et Mme D empêchent les propriétaires d'accéder à leur habitation pour installer une ventilation dans le coin douche de la chambre du rez-de-chaussée qui présente de très nombreuses moisissures. Le 24 juillet 2023, après une rencontre avec le maire, M. D a finalement accepté une visite du maire avec les propriétaires le 28 juillet suivant. M. D a cependant refusé de permettre aux propriétaires d'accéder à son logement, le 25 juillet 2023, ainsi que le corrobore le courrier du 25 juillet 2023 adressé par M. et Mme D au préfet. Enfin, il est constant que le maire d'Inguiniel a effectué cette visite en présence de l'agence régionale de santé Bretagne le 23 janvier 2024. Dans ces conditions, les requérants n'établissent pas l'existence d'une décision implicite de refus du maire d'Inguiniel d'effectuer une visite de leur logement, initialement prévue le 28 juillet 2023 et qui n'a pu avoir lieu en raison de leur refus d'y associer les propriétaires du logement. Les conclusions tendant à l'annulation d'une telle décision sont donc irrecevables, dès lors qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l'inexistence d'une décision administrative soulevée par le préfet du Morbihan doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par les époux D doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

6. Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ".

7. M. et Mme D n'établissent pas avoir adressé une demande préalable à la commune d'Inguiniel tendant au versement d'une indemnité en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi avec leurs enfants. Dès lors, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions indemnitaires présentées par M. et Mme D au titre de leur préjudice ne sont pas recevables.

Sur les frais en litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune d'Inguiniel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Inguiniel sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme B D, à la commune d'Inguiniel, au préfet du Morbihan et à l'agence régionale de santé Bretagne.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Grenier, présidente,

Mme Pellerin, première conseillère,

M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Pellerin

La présidente,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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