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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2305852

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2305852

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2305852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Maral, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une carte de séjour mention " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou subsidiairement, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 48 heures ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'absence de communication des motifs de la décision implicite de rejet entache celle-ci d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions de M. A tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que M. A sera bientôt muni d'une carte de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre, président ;

- et les observations de Me Maral, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né le 29 novembre 1991, est entré en France le 1er janvier 2020 muni d'un visa long séjour mention " étudiant " délivré par les autorités italiennes valable du 14 décembre 2019 au 27 décembre 2020. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 25 octobre 2021. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un courrier du 30 septembre 2022, reçu en préfecture le 5 octobre 2022, Mr A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour " salarié ", au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'absence de réponse de la part de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, M. A a, par courrier du 26 mai 2023, reçu le 30 mai suivant, transmis de nouvelles pièces complémentaires en appui de sa demande de titre de séjour. Du silence gardé par la préfecture dans un délai de quatre mois est née une décision implicite de rejet, le 1er octobre 2023. M. A demande l'annulation de cette décision et que lui soit délivré un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. La circonstance que M. A pourrait être muni prochainement d'une carte de séjour n'a pas pour objet et pour effet de priver d'objet la présente requête. L'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet doit être par suite écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé de la décision attaquée :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ", et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois , à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ".

5. La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application des dispositions précitées de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, l'étranger auquel est opposé implicitement, un rejet de sa demande de titre de séjour, a la possibilité de demander, dans le délai de recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour par courrier du 30 septembre 2022, reçu en préfecture le 5 octobre suivant. En outre, et par courrier du 26 mai 2023, reçu le 30 mai suivant, M. A a transmis de nouvelles pièces à la préfecture d'Ille-et-Vilaine en appui de sa demande. En application des dispositions des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née le 1er octobre 2023. Par courrier du 6 octobre 2023, M. A a adressé une demande de communication des motifs de cette décision à laquelle une réponse a été apportée, le 10 octobre 2023. Or, si cette réponse indique que la demande de M. A, relative à l'admission exceptionnelle au séjour, est en cours d'instruction, elle n'indique toutefois pas les motifs ayant conduit au refus de la demande. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet compétent examine à nouveau la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. A au titre de son pouvoir discrétionnaire en la matière. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à ce réexamen dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à M. A d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 200 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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