jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2305893 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BLANCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 octobre 2023 et 18 janvier 2024,
Mme B A et M. D C, représentés par Me Guilbaud et Me Blanchot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2023 par lequel le préfet du Finistère les a mis en demeure de quitter les lieux qu'ils occupent 84 boulevard de Coataudon à Guipavas, dans un délai de sept jours à compter de la notification de cet arrêté et, à défaut, a autorisé leur évacuation forcée avec le concours de la force publique ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Blanchot au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué n'est pas suffisamment motivé ;
- la mise en demeure a été édictée postérieurement au délai de 48 heures dont disposait le préfet à cette fin ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen préalable de leur situation personnelle et familiale en l'absence du diagnostic prévu par la circulaire du 22 janvier 2021 et faute pour le préfet d'avoir recherché une solution d'hébergement ou de relogement ;
- il est entaché d'erreur de droit en l'absence d'examen préalable de leur situation personnelle et familiale ;
- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'ils ne se sont pas introduits dans le domicile d'autrui et ne s'y sont ni introduits, ni maintenus à l'aide de manœuvres, menaces, voies de fait ou contraintes ;
- les locaux occupés ne constituent pas davantage un local à usage d'habitation ;
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à la SCI Breizh Immo qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 23 novembre 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une décision du 21 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
30 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 ;
- la loi n° 2023-668 du 27 juillet 2023 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- les conclusions de Mme Thalabard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Blanchot, représentant Mme A et M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante ukrainienne née le 27 février 1975, est titulaire d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection temporaire, valable du 10 mai au 9 novembre 2023 et renouvelée, depuis lors, jusqu'au 9 mai 2024. Son époux, M. D C, ressortissant géorgien né le 4 novembre 1969, déclare être arrivé en France irrégulièrement en 2017 et a fait l'objet de trois arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, en dernier lieu le 8 juillet 2022, ce dernier arrêté étant devenu définitif. Faute d'hébergement, le couple occupe, depuis le mois de mai 2023, des locaux appartenant à la société civile immobilière Breizh Immo situés 84 boulevard de Coataudon à Guipavas. Par un arrêté du 24 octobre 2023, dont Mme A et M. C demandent l'annulation, le préfet du Finistère les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de sept jours et, à défaut pour eux de s'y conformer, a autorisé l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, dans sa rédaction issue de la loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, applicable en l'espèce : " En cas d'introduction et de maintien dans le domicile d'autrui, qu'il s'agisse ou non de sa résidence principale ou dans un local à usage d'habitation, à l'aide de manoeuvres, menaces, voies de fait ou de contrainte, la personne dont le domicile est ainsi occupé, toute personne agissant dans l'intérêt et pour le compte de celle-ci ou le propriétaire du local occupé peut demander au représentant de l'Etat dans le département de mettre en demeure l'occupant de quitter les lieux, après avoir déposé plainte, fait la preuve que le logement constitue son domicile ou sa propriété et fait constater l'occupation illicite par un officier de police judiciaire, par le maire ou par un commissaire de justice. / Lorsque le propriétaire ne peut apporter la preuve de son droit en raison de l'occupation, le représentant de l'Etat dans le département sollicite, dans un délai de soixante-douze heures, l'administration fiscale pour établir ce droit. / La décision de mise en demeure est prise, après considération de la situation personnelle et familiale de l'occupant, par le représentant de l'Etat dans le département dans un délai de quarante-huit heures à compter de la réception de la demande. Seule la méconnaissance des conditions prévues au premier alinéa ou l'existence d'un motif impérieux d'intérêt général peuvent amener le représentant de l'Etat dans le département à ne pas engager la mise en demeure. En cas de refus, les motifs de la décision sont, le cas échéant, communiqués sans délai au demandeur. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Lorsque le local occupé ne constitue pas le domicile du demandeur, ce délai est porté à sept jours et l'introduction d'une requête en référé sur le fondement des articles L. 521-1 à L. 521-3 du code de justice administrative suspend l'exécution de la décision du représentant de l'Etat. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée à l'auteur de la demande. / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effet dans le délai fixé, le représentant de l'Etat dans le département doit procéder sans délai à l'évacuation forcée du logement, sauf opposition de l'auteur de la demande dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. ".
3. En premier lieu, ni les termes de l'arrêté attaqué mettant en demeure " les occupants sans droit ni titre des immeubles sis 84 boulevard de Coataudon " à Guipavas de quitter les lieux dans un délai de sept jours, qui n'est pas adressé nominativement à Mme A et à M. C et porte sur trois parcelles, ni aucun autre élément du dossier ne permettent d'établir que le préfet aurait, préalablement à l'édiction de la mise en demeure attaquée, pris en compte la situation personnelle et familiale des intéressés dont il ne connaissait pas même l'identité lorsque cette mesure a été édictée. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté du
24 octobre 2023 est entaché d'erreur de droit en l'absence d'examen de leur situation personnelle et familiale.
4. En second lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de constat d'huissier du 23 mai 2023, que les locaux occupés par Mme A et
M. C étaient vides de tout occupant lorsqu'ils s'y sont installés et ne peuvent, en conséquence, être qualifiés de " domicile d'autrui " au sens des dispositions précitées de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale.
5. D'autre part, le législateur a étendu, par la loi du 27 juillet 2023 visant à protéger les logements contre l'occupation illicite, les dispositions de l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 à tout " local à usage d'habitation ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires préparatoires à la loi du 27 juillet 2023, que le législateur a entendu étendre la procédure dérogatoire prévue par l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 aux situations dans lesquelles un local à usage d'habitation n'est pas effectivement occupé momentanément, qu'il s'agisse d'un logement vacant entre deux locations ou après l'achèvement d'une construction et avant que le propriétaire ou le locataire n'aient eu le temps d'emménager ou encore le temps de la finalisation d'une vente immobilière. La procédure dérogatoire prévue par l'article 38 de la loi du 5 mars 2007, qui n'impose ni décision préalable de justice, ni procédure contradictoire et est enserrée dans des délais très brefs, ne peut ainsi être mise en oeuvre lorsque des locaux, alors même qu'ils ont été à usage d'habitation, sont inhabités ou abandonnés de longue date sans qu'aucun projet de réhabilitation ou de rénovation ne soit envisagé par le propriétaire visant à permettre, à brève ou moyenne échéance, sa mise en vente ou son occupation, par lui-même ou un locataire titré.
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de constat d'huissier du 23 mai 2023 et des photographies de la police municipale du 24 octobre 2023, que les locaux occupés par Mme A et M. C font partie d'un ensemble immobilier comprenant trois bâtiments, qui sont inoccupés. La porte de deux des trois maisons est ainsi murée. L'huissier observe que les parpaings murant l'entrée du bâtiment occupé par les requérants sur la parcelle
n° 34 ont été découpés sur la moitié de leur largeur et que l'étage est occupé, une alimentation électrique étant assurée par un jeu de rallonges à partir du branchement aérien. Des sacs poubelle remplis d'ordures sont entassés dans une dépendance. Les photographies indiquent que les abords sont en friche et ne sont pas entretenus. Enfin, les requérants soutiennent également, sans que cela ne soit contesté, que le bâtiment dans lequel ils se sont installés était vide de tout meuble, hormis un matelas.
7. Par suite, le préfet du Finistère ne pouvait mettre en œuvre la procédure prévue par l'article 38 de la loi du 5 mars 2007 dans sa rédaction applicable en l'espèce, les locaux ne constituant ni le domicile d'autrui, ni un local à usage d'habitation au sens de ces dispositions.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du 24 octobre 2023 du préfet du Finistère doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A et à M. C ont obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, leur avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Blanchot, avocate de Mme A et de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blanchot de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 octobre 2023 du préfet du Finistère est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à Me Blanchot une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Blanchot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à M. D C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Blanchot.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Finistère et à la société civile immobilière Breizh Immo.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Poujade, président du tribunal,
Mme Grenier, vice-présidente,
Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. GrenierLe président du tribunal,
Signé
A. Poujade
La greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026