jeudi 25 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | MAONY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2023, Mme A B, représentée par Me Maony, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 mai 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du
10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus du titre de séjour :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une décision du 28 septembre 2023, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier,
- et les conclusions de M. Blanchard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 28 novembre 1984, est entrée en France le 2 septembre 2016 avec un visa de long séjour en qualité d'étudiante. Son certificat de résidence, en sa qualité de ressortissante algérienne, portant la mention " étudiant ", a été renouvelé à plusieurs reprises. Elle a obtenu un Master 2 en droit, mention administration publique, le 25 janvier 2021. Elle a ensuite obtenu un certificat de résidence portant la mention " salarié " valable du 11 août 2021 au 10 août 2022. Elle a démissionné de son emploi en qualité d'assistante commerciale le 30 septembre 2021. Le 27 septembre 2022, Mme B a demandé le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 26 mai 2023, dont Mme B demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée à l'expiration de ce délai.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrer un certificat de résidence pour ressortissant algérien :
2. En premier lieu, la décision portant refus de délivrer un certificat de résidence pour ressortissant algérien attaquée, qui mentionne les dispositions juridiques sur lesquelles elle se fonde, précise les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme B. Cette décision mentionne les motifs pour lesquels le renouvellement de son certificat de résidence pour ressortissant algérien portant la mention " salarié " est refusé. La seule circonstance qu'elle ne mentionne pas son statut de travailleur handicapé et ne fait pas état de la présence de certains membres de sa famille en France n'entache pas cette décision d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de certificat de résidence pour ressortissant algérien ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée portant refus de certificat de résidence pour ressortissant algérien, que le préfet précise les motifs pour lesquels il rejette la demande de titre de séjour de la requérante. Il examine également sa situation privée et familiale. Ainsi, le préfet a procédé à un examen suffisamment sérieux de la situation de Mme B. Le moyen tiré du défaut d'examen suffisamment approfondi de sa situation ne peut, en conséquence, qu'être écarté.
4. En troisième lieu, le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 stipule que : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention
" salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a conclu un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet avec la société Box4tech à compter du
24 août 2021 pour un emploi de chargée de mission. Elle a obtenu, le 5 juillet 2021, une autorisation de travail pour cet emploi et s'est vue délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié ", valable du 11 août 2021 au 10 août 2022. Il ressort également des pièces du dossier que l'employeur de Mme B a été placé en liquidation judiciaire à compter du
31 décembre 2021. Cependant, si Mme B soutient qu'elle a été involontairement privée d'emploi et demande à bénéficier des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent, il ressort de l'attestation transmise par son employeur à Pôle emploi qu'elle a occupé cet emploi du
24 août au 30 septembre 2021 et a ensuite démissionné. Par suite, Mme B, qui n'établit pas avoir été involontairement privée d'emploi, n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de droit, faute d'avoir appliqué les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, la seule circonstance que la société employant Mme B a été placée en liquidation judiciaire et que la requérante aurait été induite en erreur en démissionnant alors qu'elle aurait dû faire l'objet d'un licenciement économique n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'erreur d'appréciation.
6. D'autre part, en invoquant sa qualité de travailleur handicapé, ses problèmes de santé et ses démarches infructueuses pour trouver un emploi, Mme B ne conteste pas utilement la légalité de la décision attaquée, qui relève qu'elle a présenté, à l'appui de sa demande, une autorisation de travail pour un contrat à durée indéterminée à temps partiel de 10 heures par semaine pour un salaire de 480 euros bruts ne correspondant, ni à la durée minimale de travail de 24 heures par semaine, ni à la condition d'avoir une rémunération au moins égale au salaire minimal de croissance et qu'en outre, son emploi d'employée polyvalente de la restauration n'est pas en adéquation avec ses études. Il a d'ailleurs été mis un terme à cet emploi à la fin de la période d'essai, le 31 janvier 2023. La promesse d'embauche du 13 juin 2023 que Mme B produit est postérieure à la décision attaquée et ne peut être prise en compte. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation du préfet à ne pas avoir renouvelé le certificat de résidence portant la mention " salarié " de Mme B doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son certificat de résidence algérien doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, ainsi qu'il est dit au point précédent, la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de délivrer un certificat de résidence algérien à Mme B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen soulevé, par voie d'exception, tiré de son illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
10. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en septembre 2016 en qualité d'étudiante. Elle est célibataire et n'a pas d'enfant à charge. En outre, elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 31 ans. Alors même que sa sœur et l'un de ses frères ont la nationalité française et que son autre frère est titulaire d'un certificat de résidence algérien et qu'ils vivent en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que
Mme B aurait des liens particulièrement forts avec eux ou que sa présence auprès de ces derniers serait indispensable. Alors même qu'elle présente un état anxiodépressif de tonalité névrotique évoluant depuis 2020 ainsi que des rachialgies chroniques entrainant des douleurs en positions assise ou debout prolongées, ainsi que l'atteste un certificat médical du
12 décembre 2023, il ne ressort pas des mentions de ce certificat médical, ni des autres pièces produites, qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie. Il ressort d'ailleurs d'un avis du 29 avril 2021 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit en défense, que le défaut de soins ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour Mme B, qui ne fait état d'aucun élément de nature à remettre en cause cette appréciation. Il suit de là que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 mai 2023 du préfet du Finistère doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions présentées par Mme B aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme B au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Grenier, présidente,
- Mme Thalabard, première conseillère,
- Mme Pellerin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 janvier 2024.
La présidente-rapporteure,
signé
C. GrenierL'assesseure la plus ancienne
dans le grade,
signé
M. Thalabard
La greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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