lundi 13 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306117 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE VERGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 novembre 2023 et le 14 mars 2024, Mme G, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
- il est entaché d'un vice de procédure à défaut pour le préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation familiale ;
- il est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet a indiqué à tort que seul un de ses enfants était en situation régulière sur le territoire français et qu'il n'était pas établi que sa plus jeune fille était scolarisée ;
- il méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur d'appréciation ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 28 février 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté des observations qui ont été communiquées.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Villebesseix a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, de nationalité ivoirienne, a sollicité le 20 mars 2023 son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 17 juillet 2023 le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".
3. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
4. Mme A souffre de néphropathie vasculaire et diabétique de stade V diagnostiquée à son arrivée en France. Elle est atteinte d'une insuffisance rénale et de diabète de type II qui s'est déclenché quand elle avait trente ans. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A sollicité en raison de son état de santé, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est approprié l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 2 mai 2023 selon lequel si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, et vers lequel elle peut voyager sans risque médical, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
5. Mme A soutient que certains de ses traitements ne sont pas disponibles dans son pays d'origine. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit la liste des médicaments essentiels disponibles en Côte d'Ivoire datant de 2020. Il ressort cependant des attestations du docteur B, médecin à l'hôpital général de Bingerville en Côte d'Ivoire et du docteure F, pharmacienne dans ce même pays que l'Aranesp (médicament luttant contre l'anémie), le Novonorm (antidiabétique), le Sevelamer carbonate (médicament pour l'hyperphosphorémie) et les kits de mesure de glucose ne sont pas commercialisés dans le pays d'origine de l'intéressée tandis que l'amiloride (diurétique), l'amlodipine (hypertenseur) et le Kayexalate (qui lutte contre l'hyperkaliémie et l'hyperphosphatémie) sont en perpétuelle rupture de stock. Ces affirmations sont confirmées par trois autres attestations de pharmaciens et médecins exerçant dans trois communes différentes du district d'Abidjan indiquant que les médicaments prescrits à la requérante ne sont pas commercialisés ou sont en perpétuelle rupture de stock. Dans son mémoire, l'Office français de l'immigration et de l'intégration reconnait que la substance active répaglinide qui compose le Novonorm, antidiabétique oral prescrit à la requérante n'est pas disponible en Côte d'Ivoire. Or, la requérante produit une attestation du docteur D, néphrologue qui la suit en France indiquant que " les médicaments prescrits par les médecins du CHU de Rennes à Mme A () ne peuvent pas être substitués par d'autres sans conséquences graves pour sa santé ", ce qui est également confirmé par un certificat médical du 11 mars 2024 par lequel le Dr E, endocrinologue-diabétologue des hôpitaux privés rennais, certifie que " les médicaments prescrits dans le cadre du diabète de Mme A ne peuvent pas être substitués par d'autres médicaments sans conséquence grave pour sa santé ". Le docteure C qui exerce dans le service de néphrologie du CHU de Pontchaillou atteste également dans un certificat du 19 septembre 2023 qu'" un changement de mode de vie est à haut risque de précipiter la patiente vers l'insuffisance rénale terminale, nécessitant alors un traitement de suppléance en urgence et donc à risque pour l'état de santé de la patiente ". En se bornant à indiquer que le collège de médecins de l'OFII dispose d'informations référencées et réactualisées sur la qualité du système de santé et l'offre de soins et de traitements en Côte d'Ivoire, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'apporte pas d'éléments suffisants pour démontrer que les médicaments prescrits à la requérante seraient disponibles en Côte d'Ivoire ou que l'intéressée pourrait bénéficier d'un traitement de substitution. Ainsi, les pièces apportées par la requérante permettent de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII sur la disponibilité de ses traitements à la date de la décision attaquée. Au surplus, il ressort des pièces du dossier et notamment du compte rendu de consultation effectuée par le Docteur C le 3 août 2023 que postérieurement à l'édiction de l'arrêté litigieux que l'insuffisance rénale de la requérante s'est aggravée alors que le compte rendu de consultation datant du mois de mars 2023, date de sa demande de titre, retenait une stabilisation de son état de santé. Par suite, compte tenu de l'impossibilité d'avoir accès à sept des médicaments qui lui ont été prescrits et auxquels il n'apparaît pas envisageable, sans conséquences médicales, de substituer un autre traitement, Mme A est fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine a commis une erreur d'appréciation et a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision en date du 17 juillet 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et la décision fixant le pays de destination doivent également être annulées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Il y a lieu, eu égard au motif d'annulation retenu, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Le Verger, avocate de Mme A renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de celui-ci.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 17 juillet 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de 2 mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Le Verger, avocate de Mme A, une somme de 1 200 euros, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme H, au préfet d'Ille-et-Vilaine et à Me Le Verger.
Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
Mme Villebesseix, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024.
La rapporteure,
signé
J. Villebesseix
Le président,
signé
C. Radureau
La greffière d'audience,
signé
A. Bruézière
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2306117
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026