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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306220

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306220

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé l'Algérie comme pays de destination ;

3°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 17 novembre 2023 l'assignant à résidence ;

4°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la motivation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français est insuffisante dès lors que l'ensemble des informations mentionnées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne figure pas dans l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ; l'identité des trois signataires de l'avis émis par le collège médical de l'OFII ne peut pas être contrôlée par le juge en l'espèce ; la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français violent l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ainsi que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, le principe de bonne administration et le droit à un procès équitable dès lors que le raisonnement mené par le collège médical de l'OFII ne peut pas être contrôlé ; les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ;

- l'obligation de quitter le territoire français repose sur une décision de refus de séjour illégale ;

- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence est insuffisamment motivée ; aucun examen de sa situation personnelle n'a été mené avant son édiction ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouno,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. B, absent,

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'étendue du litige :

1. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence () / () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

2. L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. B est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et les conclusions accessoires présentées à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporterait pas les mentions prévues à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 manque en fait.

5. En troisième lieu, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que l'avis émis par le collège médical précité a été signé par des personnes y étant habilitées, dont l'identité et la qualité sont clairement précisées.

6. En quatrième lieu, le principe de bonne administration consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui ne s'impose qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union, ne peut être utilement être invoqué à l'appui d'un recours en annulation dirigé contre le refus de délivrance d'un titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français. Il en va de même du moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable. Le moyen tiré de ce que des dispositions législatives seraient contraires à l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il est invoqué hors le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité.

7. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté compte tenu des conditions dans lesquelles le refus de séjour litigieux a été adopté, à la suite de la demande du requérant.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ".

9. Certes, il ressort des pièces du dossier, et en particulier d'un certificat médical établi le 1er mars 2023 par un praticien hospitalier, que M. B, ressortissant algérien né le 4 novembre 1991, souffre notamment d'une insuffisance rénale chronique terminale et doit impérativement être dialysé, voire bénéficier d'une greffe de rein. Ainsi, cette pathologie rénale nécessite une prise en charge médicale dont le défaut aurait, pour M. B, des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il n'est pas établi qu'il en aille de même s'agissant des autres pathologies dont souffre M. B.

10. Toutefois, d'autre part, le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, dans son avis du 24 avril 2023, que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien, M. B pouvait effectivement bénéficier, en Algérie, d'un traitement approprié à sa pathologie rénale. D'autre part, il ressort, il est vrai, d'une attestation établie par le centre d'hémodialyse et de néphrologie qui suivait M. B en Algérie que celui-ci ne peut pas bénéficier, dans les faits, d'une greffe de rein dans ce pays, dès lors qu'y sont pratiquées uniquement des greffes de reins issus de donneurs vivants apparentés au patient et que les parents de M. B ne peuvent être donneurs, du fait des pathologies dont ils souffrent eux-mêmes. Mais, le traitement médical dont bénéficie M. B en France est la dialyse. Or aucun élément du dossier ne révèle qu'il ne pourrait pas être dialysé en Algérie, notamment dans le centre d'hémodialyse et de néphrologie dont il a produit une attestation devant le tribunal. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a estimé que M. B pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie.

11. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité du refus de séjour doit être écartée.

En ce qui concerne le surplus des moyens présentés au soutien de ces conclusions :

12. Le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté par les motifs retenus aux points 9 et 10 ci-dessus.

13. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté par les motifs énoncés au point 3.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :

14. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, il n'est pas établi que le requérant coure le risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence :

15. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'assignation à résidence doit être écarté par les motifs retenus au point 3.

16. Il ressort des pièces du dossier que cette décision a été adoptée après un examen effectif de la situation personnelle du requérant.

17. Eu égard à sa portée géographique et à sa durée, cette mesure n'est pas disproportionnée ni n'est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, en tant qu'elles sont soumises au magistrat désigné, doivent être rejetées. M. B doit être admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé un titre de séjour à M. B et leurs conclusions accessoires sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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