vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CARDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Lille et transmise par une ordonnance n° 2309885 du 21 novembre 2023 du président de ce tribunal administratif en tant qu'elle n'est pas dirigée contre le refus de séjour, et un mémoire, enregistré le 23 novembre 2023, M. B A, placé en rétention administrative à Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Cardon, demande au magistrat désigné :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2023 du préfet du Pas-de-Calais en tant que celui-ci porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet du Pas-de-Calais de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou à défaut de réexaminer sa situation, dans les mêmes conditions ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'auteur des décisions attaquées ne disposait d'aucune délégation de signature ; ces décisions ont été prises en méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est reconnu par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; ces décisions, notamment celle fixant le pays de destination, sont insuffisamment motivées en droit et en fait ; elles n'ont pas été précédées d'un examen personnalisé et approfondi de sa situation personnelle ; ces décisions, notamment celle fixant le pays de destination, violent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne présente pas de menace pour l'ordre public ; le préfet ne peut pas légalement se fonder sur des condamnations portées à sa connaissance par consultation irrégulière du " traitement des antécédents judiciaires " ; cette décision viole l'article 10, c, de l'accord franco-tunisien ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français repose sur une décision de refus de séjour illégale ; elle viole le 5° de l'article L. 611-3 du code de l''entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; eu égard à la gravité de ses effets, l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit ; dès lors qu'il est présent en France depuis 2014 et a une activité professionnelle importante, l'obligation de quitter le territoire français viole les articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de l'accord franco-tunisien ; dès lors qu'il est isolé en Tunisie, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination violent les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire repose sur des décisions illégales ;
- il en va de même s'agissant de la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, et un mémoire, enregistré le 20 novembre 2023, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jouno,
- les observations de Me Moulin, substituant Me Cardon, représentant M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les moyens soulevés à l'appui de l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
1. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, avait reçu délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, tout acte relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
2. En deuxième lieu, les décisions comprises dans l'arrêté litigieux comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, préalablement à l'édiction des actes litigieux, le requérant a été auditionné par les services de police et que ses déclarations ont dûment été prises en compte par le préfet. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est protégé par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ne peut donc qu'être écarté.
4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui est allégué, les décisions litigieuses ont été prises après un examen particulier de la situation personnelle du requérant.
5. En cinquième lieu, il ressort, certes, des pièces du dossier que le requérant est marié avec une ressortissante française et que deux enfants sont nés de cette union. Toutefois, il n'est aucunement établi qu'il existe effectivement une communauté de vie entre le requérant, d'une part, et son épouse ainsi que ses enfants, d'autre part. Aucun élément versé au dossier n'atteste de ce que le requérant participerait effectivement à l'éducation de ses enfants. Dès lors, et compte tenu des circonstances mentionnées au point 11 ci-dessous, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions litigieuses auraient porté aux droits qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée ou que ces décisions méconnaîtraient l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
6. En sixième lieu, aucun élément du dossier ne suggère que le requérant risquerait de subir de quelconques traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Tunisie. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
Sur les moyens soulevés spécifiquement à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité du refus de séjour :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
8. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'extrait du bulletin n° 2 du casier judiciaire, que M. A, ressortissant tunisien connu sous différentes identités, s'est rendu coupable entre 2012 et 2016 de multiples délits, certains en récidive et avec circonstances aggravantes, notamment contre des personnes et des biens ainsi qu'en matière de stupéfiants, pour lesquels six condamnations à des peines d'emprisonnement comprises entre cinq mois et deux ans et pour une durée totale de près de six ans ont été prononcées à son encontre. En outre, il s'est rendu coupable de nouveaux délits en juin 2022, pour lesquels il a d'ailleurs été définitivement condamné. Eu égard à la nature, la gravité et la répétition des faits ainsi commis, ainsi qu'à leur caractère récent, le préfet du Pas-de Calais a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, retenir que la présence en France de M. A constituait une menace pour l'ordre public et lui refuser, pour ce seul motif, le séjour.
9. En deuxième lieu, le requérant soutient qu'il est au nombre des ressortissants tunisiens mentionnés au c) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ainsi qu'à l'article 3 de cet accord. Toutefois, l'article 11 de ce même accord stipule que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent accord, dans les conditions prévues par sa législation ". Ainsi, cet accord ne fait pas échec à l'application des dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen est donc inopérant.
10. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation et celui tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
11. En quatrième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté pour les motifs énoncés au point 5.
12. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'exception d'illégalité du refus de séjour doit être écartée.
En ce qui concerne le surplus des moyens soulevés à l'appui de ces conclusions :
13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ". En l'espèce, il n'est pas établi que le requérant contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants français dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de ceux-ci ou depuis au moins deux ans. Le moyen tiré de la méconnaissance du 5° de l'article précité ne peut donc qu'être écarté.
14. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moyen tiré d'une erreur de droit doit être écarté.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions nécessaires pour que le juge en apprécie la portée.
Sur les moyens soulevés spécifiquement à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le délai de départ volontaire :
16. Eu égard à ce qui vient d'être dit, l'exception d'illégalité doit être écartée.
Sur les moyens soulevés spécifiquement à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :
17. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité doit être écartée.
18. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions nécessaires pour que le juge en apprécie la portée.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête, en tant qu'elle est soumise au magistrat désigné, doit être rejetée. Il y a lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Pas-de-Calais.
Lu en audience publique le 24 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
T. JounoLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026