mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306320 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Cabioch, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a obligé de remettre son passeport aux services de gendarmerie ainsi que de se présenter à ces mêmes services une fois par semaine ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer sous sept jours une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cabioch d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; son dossier n'a pas été sérieusement examiné ; alors qu'il avait sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du même code ; le préfet, qui n'a pas tenu compte de son état de santé, a commis une erreur manifeste d'appréciation ; le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège médical en sorte que l'article L. 425-9 précité a été méconnu ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été violé ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle repose sur une décision de refus de séjour illégale ; elle viole le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle repose sur des décisions illégales ;
- la décision portant obligation de présentation aux services de gendarmerie est entachée d'incompétence ; elle est insuffisamment motivée ; elle repose sur des décisions illégales ; elle viole l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par une ordonnance du 23 novembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2024.
Le préfet du Finistère a produit un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Jouno a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour :
1. En premier lieu, le signataire de l'arrêté litigieux, secrétaire général de la préfecture, avait reçu délégation, régulièrement publiée, à l'effet de signer, notamment, tout acte relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
2. En deuxième lieu, les décisions comprises dans l'arrêté litigieux comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet ne s'est pas estimé lié par l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), mais a porté sa propre appréciation sur l'état de santé du requérant. Le moyen tiré d'une incompétence négative doit donc être écarté.
4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté l'arrêté litigieux après un examen complet de la situation du requérant, notamment de ses conditions de séjour sur le territoire et de son état de santé. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.
5. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
6. Il ressort des termes de l'avis émis par le collège médical de l'OFII le 29 juin 2023 que l'état de santé du requérant n'est pas tel qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Aucune des pièces médicales produites par le requérant ne permet de remettre en cause cette appréciation. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni erreur de droit que le préfet a estimé que le requérant n'entrait pas dans les prévisions de l'article précité.
7. En sixième lieu, à supposer que le requérant, qui ne justifie pas souffrir de graves troubles de santé, vive sous le même toit qu'une ressortissante française depuis mars 2023 et entretienne avec elle une relation sentimentale, une telle relation était récente à la date de la décision attaquée. Si certains de ses oncles, tantes ou cousins séjournent en France et si, surtout, il est entré en France en 2011, il s'est déclaré divorcé et sans enfant et a vécu la majeure partie de son existence en Tunisie, où il est né en 1986. Dans ces conditions, et dès lors qu'il a fait l'objet de huit condamnations pénales définitives entre 2012 et 2021, notamment pour des faits de vol, vol en réunion, usage de stupéfiants et violences, en particulier à l'égard de son ancienne conjointe ou concubine, l'arrêté attaqué, spécialement en ce qu'il lui refuse le séjour, ne saurait être regardé comme ayant porté aux droits qu'il tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée.
8. En septième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".
9. Dès lors que le requérant, qui avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'entrait pas dans les prévisions de cet article, la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie de son cas.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français :
10. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écartée.
11. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et d'une insuffisance de motivation doivent être écartés par les motifs retenus aux points 1 et 2.
12. Le moyen tiré d'une violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté par les motifs retenus au point 6.
13. Le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté par les motifs retenus aux points 6 et 7.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :
14. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
15. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et d'une insuffisance de motivation doivent être écartés par les motifs retenus aux points 1 et 2.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de présentation aux services de gendarmerie :
16. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.
17. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et d'une insuffisance de motivation doivent être écartés par les motifs retenus aux points 1 et 2.
18. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Si le requérant soutient que, en méconnaissance de ces dispositions, l'arrêté attaqué ne mentionne pas le terme de la période durant laquelle il est astreint à se présenter aux services de gendarmerie une fois par semaine, ce moyen manque en fait dès lors qu'il ressort de l'arrêté attaqué que le terme de l'obligation de présentation aux services de gendarmerie est défini, implicitement, comme correspondant à l'expiration du délai de départ volontaire.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 7 février 2024 à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le président-rapporteur,
signé
T. JounoL'assesseur le plus ancien,
signé
E. Albouy
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026