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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306339

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306339

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Maral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de cette même date, dans l'attente d'un réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet devra justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulière ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen ;

- la décision a été prise en violation de son droit à être entendu ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- elle a été prise en violation de son droit à être entendu ;

- il bénéficie de garanties de représentations effectives, d'une adresse stable, d'un passeport et ne présente pas de risque de se soustraire à la mesure d'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle sera annulée en raison de l'illégalité des décisions susmentionnés ;

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

- cette décision sera annulée en raison de l'illégalité des décisions susmentionnées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Maral, représentant M. D, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine avait donné délégation, par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme C B, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière à l'effet de prendre l'arrêté attaqué.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour obliger l'intéressé à quitter le territoire français. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a été auditionné le 22 novembre 2023, avant que ne lui soit notifiée la mesure d'éloignement litigieuse, par les services de la gendarmerie nationale lesquels lui ont demandé s'il acceptait de regagner son pays et dans la négative d'en préciser les raisons. Ces mêmes services l'ont également informé que le préfet était susceptible de prendre à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français et ont demandé à M. D s'il avait des observations à formuler. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en violation de son droit à être entendu.

6. En cinquième et dernier lieu, M. D se prévaut de ce qu'il vit en France depuis sept années et qu'il y a mené des études puis une activité professionnelle.

7. Toutefois, M. D est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions et compte-tenu par ailleurs des conditions dans lesquelles celui-ci a séjourné en France depuis son arrivée, le préfet n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même que le requérant a un oncle et une tante vivant en France, qu'il y a mené des études et a parfois travaillé soit dans le secteur du bâtiment soit dans le secteur de la restauration.

En ce qui concerne la décision du préfet de ne pas accorder un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

9. Si le droit d'être entendu, procédant des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne, il n'impose, en revanche, pas à la même autorité préfectorale d'inviter spécifiquement l'intéressé à présenter des observations sur la possibilité, par dérogation à l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ne pas lui accorder un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français en date du 22 juillet 2022. Il s'ensuit que le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvait être dès lors regardé par le préfet comme établi alors même que l'intéressé bénéficiait de garanties de représentations effectives, d'une adresse stable, et d'un passeport.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. En premier lieu, pour décider d'édicter à l'encontre de M. D une interdiction de retour d'une durée d'un an, le préfet a relevé que celui-ci ne justifiait pas de l'ancienneté de ses liens avec la France ni de liens familiaux et personnels en France. Le préfet a également relevé que M. D avait conservé des liens dans son pays d'origine où se trouvaient ses parents et que ce dernier, si sa présence ne constituait pas une menace pour l'ordre public, avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. L'arrêté attaqué satisfait dès lors aux exigences de motivation alors même que le préfet n'a pas rappelé une nouvelle fois que M. D était entré en France, selon ses déclarations, le 12 septembre 2016.

15. En deuxième lieu, M. D a été entendu le 22 novembre 2023 et, à cette occasion, il a pu rappeler qu'il était entré en France pour y poursuivre des études, qu'il a obtenu en 2022 son certificat d'aptitude professionnelle plomberie-sanitaire et qu'il a travaillé soit dans le secteur du bâtiment soit dans le secteur de la restauration. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour litigieuse a été prise en violation de son droit à être entendu.

16. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant une interdiction de retour d'une durée d'un an alors même que M. D a un oncle qui réside en France.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

17. M. D n'est pas davantage fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper des autres décisions attaquées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. D d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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