mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306363 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 24 et 28 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Semino, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, ne lui a pas accordé de délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence du signataire n'est pas établie ;
- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- elle souffre d'un défaut d'examen ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation, une erreur de fait et une erreur de droit ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- elle sera annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;
- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'il existait un risque de fuite ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision sera annulée par voie de conséquence ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- le préfet n'a pas pris en compte tous les critères ;
- il a commis une erreur manifeste en estimant qu'il ne faisait pas état de circonstances humanitaires ;
- la décision sera annulée par voie de conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu :
- l'ordonnance du 25 novembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. C pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code des procédures pénales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Etienvre,
- et les observations de Me Semino, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
1. En premier lieu, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation de signature, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B E, à Mme A F, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement.
2. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour obliger l'intéressé à quitter le territoire français. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation.
3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, ressortissant algérien né en 1985.
4. En quatrième lieu, le préfet a produit au dossier la copie d'un procès-verbal de l'audition de M. C du 22 novembre 2023 par un officier de police judiciaire. Il est constant que ce document a été contresigné par M. C. Dans ces conditions, celui-ci ne saurait remettre en cause la valeur probante de ce procès-verbal au motif qu'ayant été signé électroniquement, il n'est pas accompagné de l'attestation unique prévue à l'article A 53-8 du code de procédure pénale. Ce procès-verbal révèle qu'au cours de son audition, l'officier de police judiciaire a demandé à M. C s'il avait des observations à formuler sur une éventuelle mesure d'éloignement à destination de l'Algérie. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en violation de son droit à être entendu.
5. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a décidé d'obliger M. C à quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès que l'intéressé, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.
6. M. C soutient que le préfet reconnait lui-même qu'il est entré régulièrement en France dès lors qu'il a produit un précédent arrêté portant obligation de quitter le territoire français en date du 4 mars 2022 lequel mentionne que les recherches effectuées avaient révélé que M. C s'est vu accorder un visa de long séjour en date du 10 avril 2013 par les autorités françaises.
7. Toutefois, M. C a déclaré, au cours de son audition, être entré en France en 2011 et non en 2013. Par ailleurs, le préfet a également relevé dans son arrêté du 4 mars 2022 que M. C n'avait pas produit de passeport revêtu du visa en cause. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans commettre d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation, estimer que M. C ne justifiait pas d'une entrée régulière en France.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
9. En premier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Les pièces du dossier révèlent par ailleurs que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
10. En deuxième lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ou demander l'annulation de la décision contestée par voie de conséquence.
11. En troisième lieu, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation est insuffisamment articulé.
12. En quatrième et dernier lieu, comme indiqué au point 7, M. C n'a pu justifier être entré régulièrement sur le territoire français et il est constant qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour.
En ce qui concerne la décison fixant le pays de renvoi :
13. En premier lieu, en indiquant que M. C ne prouvait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le préfet a satisfait aux exigences de motivation.
14. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
15. En troisième et dernier lieu, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de cette décision par voie de conséquence.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
17. En premier lieu, en se bornant à indiquer que la décision attaquée est illégale dès lors que sa motivation n'atteste pas de la prise en compte de tous les critères d'appréciation sans préciser le ou les critères qui n'auraient ainsi pas été pris en considération par le préfet, le requérant n'assortit pas son moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
18. En deuxième lieu, M. C se prévaut de ce qu'il serait entré en France muni d'un visa long séjour le 15 septembre 2011 pour suivre des études supérieures et qu'il a séjourné sous couvert de titres de séjour mention " Etudiant " de 2011 à 2014, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressé ne justifiait pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il n'édicte pas d'interdiction de retour.
19. En troisième et dernier lieu, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée par voie de conséquence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
20. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. C ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. C d'une somme titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Seine-Maritime.
Lu en audience publique le 29 novembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. EtienvreLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026