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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306368

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306368

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEXCAP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 novembre et le 12 décembre 2023, M. et Mme A et C B, représentés par la Selarl Lexcap, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté PA 056 096 22 T 0001 du 10 août 2022 par lequel le préfet du Morbihan a accordé un permis d'aménager à la direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) du Morbihan pour des aménagements légers en espace remarquable du littoral pour la mise en place de la servitude de passage des piétons le long du littoral sur la commune de Landaul ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête a été introduite avant le délai de cristallisation des moyens prévu par l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : elle est présumée en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ; les travaux d'aménagement du sentier projeté sur leur propriété sont de nature à porter des atteintes graves et irréversibles au site et à la biodiversité présente, notamment la loutre et l'avifaune, tant en phase travaux qu'en phase d'exploitation ; les travaux ont débuté et ne se limitent pas à de simples travaux de débroussaillage mais entraînent la suppression de la végétation existante sur l'assiette du sentier ainsi que l'abattage d'arbres en bon état ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au titre de l'article R. 111-26 du code de l'environnement dès lors que l'arrêté n'est pas assorti de prescriptions permettant de remédier aux atteintes portées à la végétation et aux espèces d'intérêt communautaires identifiées sur le terrain d'assiette du projet, tant en phase travaux, qu'en phase d'exploitation : les travaux prévus et autorisés par le permis d'aménager ne sont pas conformes aux préconisations émises par la commissaire-enquêtrice, ni à la notice explicative du dossier de SPPL approuvé par l'arrêté du 6 mai 2019, laquelle prévoyait un passage en retrait de la haie talutée ; le projet ne prévoit aucune mesure de protection de la zone humide identifiée par le règlement graphique, au Sud des parcelles cadastrées section ZA n° 51 et n° 52 ; compte-tenu de la distance de fuite des oiseaux présents sur le site, la distance du sentier prévu sur la Pointe du Gouhel vis-à-vis des oiseaux est insuffisante, alors qu'il existe un cumul d'impact lié à l'aménagement de sentiers et à la présence de promeneurs sur les rives opposées des communes limitrophes ; la simple pose de panneaux signalétiques visant à sensibiliser le public ne garantit pas l'absence de dérangement des espèces alors que l'aménagement projeté va nécessairement entraîner une augmentation importante de la fréquentation du sentier par les promeneurs ; le Tadorne du Belon ne pourra pas se maintenir sur le site durant la période de nidification, les mesures envisagées étant insuffisantes ; alors que leurs parcelles sont labellisées " havre de paix pour la loutre d'Europe ", le projet prévoit des coupes d'arbres pour permettre l'aménagement du sentier sur la digue-talus au droit de la mare située sur la parcelle ZA n° 50 identifiée par l'étude comme zone d'activité de la loutre en méconnaissance directe des prescriptions du DOCOB, lequel prévoit le maintien des zones refuge et d'une végétation dense; la prescription relative à la période des travaux est insuffisante pour assurer la préservation des milieux et de la faune environnante lors de la phase travaux, les espèces protégées étant présentes toute l'année sur le site et rien n'étant prévu s'agissant des horaires des travaux ou des travaux d'entretien du sentier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : les travaux projetés sur leur terrain sont de nature à porter atteinte aux objectifs de conservation du site Natura 2000, et aux orientations définies par le DOCOB, notamment relatives à la protection de la loutre d'Europe.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : les travaux autorisés n'ont aucune conséquence irréversible et consistent essentiellement en des travaux de débroussaillage ; les coupes d'arbres sont limitées au strict nécessaire pour assurer le passage des piétons en toute sécurité ; les incidences du tracé relèvent davantage du contentieux relatif au tracé de la servitude de passage que du contentieux relatif au permis d'aménager ; la SPPL répond à un intérêt public, reconnu par la loi littoral, de permettre le libre accès du public au rivage ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- les dispositions de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ne sont pas méconnues : dans la mesure où les aménagements prévus sont légers, ils ne sauraient avoir de conséquences dommageables pour l'environnement ; aucune atteinte à la végétation n'est à déplorer et aucun abattage d'arbre n'est intervenu sur la propriété des requérants et les aménagements réalisés seront conformes à la recommandation de la commissaire-enquêtrice ; le tracé de la servitude évite la zone humide au Sud des parcelles cadastrées section ZA n° 51 et n° 52 ; les dérangements, en phase travaux ou en phase exploitation, pour les espèces migratrices ou hivernantes, qui s'alimentent ou se reposent sur la ria restent temporaires, dans la mesure où les oiseaux peuvent se déplacer à proximité, le site offrant de vastes surfaces disponibles et les travaux d'aménagement de la SPPL sont réalisés en prenant l'ensemble des précautions relatives aux périodes de nidification et de présence d'espaces et d'espèces sensibles ; les mesures prises de sensibilisation du public sont suffisantes ; les études produites ne sont pas probantes quant aux conséquences du passage répété de randonneurs sur l'avifaune, compte tenu de la distance moyenne de fuite ; les perturbations liées au passage des piétons sur le sentier ont bien été prises en compte ; il est prévu que le passage au niveau de la pointe du Gouhel se fasse sur la sente existante la plus éloignée de la pointe, limitant le risque de dérangement du Tadorne de Belon en période de nidification ; la labellisation "havre de paix de la loutre" est postérieure au projet et se fait à la demande des propriétaires et, en tout état de cause, la loutre s'accommode de la présence humaine, est une espèce aux mœurs plutôt nocturnes et l'itinéraire du sentier a été défini de manière à respecter au mieux la tranquillité de cette espèce en prenant en compte les contraintes réglementaires, foncières et techniques ; une prescription permettant d'encadrer le déroulement des travaux a bien été fixée dans l'arrêté de permis d'aménager ;

- elle n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 414-4 du code de l'environnement : l'incidence du cheminement sur les oiseaux a été bien étudiée ; les mesures de suppression, de limitation des incidences et d'accompagnement du projet sont étudiées.

Vu :

- la requête au fond n° 2302483 enregistrée le 5 mai 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 décembre 2023 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Rouhaud, représentant M. et Mme B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que les aménagements prévus pour la mise en œuvre de la SPPL ne sont pas légers, qu'ils vont entraîner la suppression d'un hectare de végétation dans un site remarquable et préservé, que le syndicat mixte de la ria d'Etel n'a pas été consulté en amont sur le tracé de cette SPPL, insiste sur le fait que l'étude d'incidences Natura 2000 n'a pas correctement appréhendé les caractéristiques environnementales du site et s'est fondée sur des données obsolètes, fait valoir que le passage aménagé sur la propriété des époux B ne respecte pas la recommandation faite par la commissaire-enquêtrice ;

- et les explications de M. B, qui indique qu'il n'existe aucune urbanisation à la pointe du Gouhel.

Le préfet du Morbihan n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Aucun des moyens invoqués et analysés ci-dessus n'est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse. En particulier, il ressort des pièces du dossier que l'aménagement de la servitude de passage des piétons le long du littoral consiste principalement en des travaux de nivellement du sol, de débroussaillage, sur une largeur moyenne de deux mètres, la mise en place de platelage ou de ponceaux pour les parties humides, de clôtures, de barrières de quelques chicanes et passe-talus. Si certaines coupes d'arbres sont nécessaires en particulier s'agissant de la parcelle cadastrée section ZA n° 50, elles sont limitées. Par ailleurs, il est prévu que la période de travaux évite les périodes de reproduction et d'élevage de la loutre et des oiseaux. En outre, la matérialisation du sentier s'accompagne de la pose de panneaux signalétiques sensibilisant le public à la protection de la faune et de la flore. Enfin, dès lors que le tracé évite les secteurs les plus sensibles et les habitats d'intérêt communautaire, sa mise en œuvre n'est pas susceptible d'avoir des incidences significatives sur la préservation de la biodiversité ni n'apparaît de nature à porter atteinte à la conservation du site.

3. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. et Mme B.

Sur les frais liés au litige :

4. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Morbihan.

Fait à Rennes, le 19 décembre 2023.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2306368

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