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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306416

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306416

lundi 4 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantROBINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 novembre 2023, enregistrée le 28 novembre 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'État a attribué au tribunal administratif de Rennes le jugement de la requête de M. A.

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 octobre et 29 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Robine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'annuler la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour ;

4°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence sur la commune de Concarneau pour une durée de quarante-cinq jours, l'a obligé à se présenter tous les jours entre 10 heures et 12 heures aux services de la police nationale de Concarneau, d'indiquer les démarches entreprises aux fins de quitter le territoire ou de collaboration et la décision portant interdiction de sortie du département ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ne sont pas motivées ;

- le préfet a commis une erreur de droit, une erreur de fait et une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions sur sa situation personnelle ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires aux dispositions de la directive " retour " ;

- les faits allégués par le préfet ne sont pas établis ;

- le préfet n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- la décision sera annulée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- elle souffre d'un défaut de motivation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

- la décision émane d'une autorité incompétente ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du parlement et conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Etienvre, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

1. Par arrêté du 30 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture à l'effet de prendre l'ensemble des décisions attaquées.

En ce qui concerne les autres moyens :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué comporte de manière suffisamment précise l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé et satisfait dès lors aux exigences de motivation.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Finistère a décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français dès lors que, d'une part, celui-ci avait déclaré être entré irrégulièrement en France le 5 juin 2022 et que, d'autre part, l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité.

5. Si M. A produit divers documents pour justifier de sa présence sur le territoire national, ceux-ci n'établissent aucunement qu'il serait entré régulièrement en France ni qu'il était titulaire, à la date de l'arrêté attaqué, d'un titre de séjour en cours de validité. La circonstance par ailleurs qu'il a souhaité s'intégrer en France, qu'il a travaillé, qu'il a réussi un examen et créé sa société demeurent totalement sans incidence sur le fait que M. A pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation doit en conséquence être écarté.

6. En troisième et dernier lieu, M. A était célibataire et sans enfants à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions et, compte-tenu du caractère très récent de l'entrée en France de l'intéressé le 5 juin 2022, selon ses déclarations, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale nonobstant les éléments mentionnés au point précédent.

S'agissant du refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

8. En premier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté énonce précisément les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour décider de n'accorder à M. A aucun délai de départ volontaire.

9. En deuxième lieu, M. A soutient que les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraires à la directive " retour " dès lors qu'elles créent une présomption de risque de fuite alors que selon la directive, ce risque doit s'apprécier au cas par cas.

10. Toutefois, le point 4 de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du parlement et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dispose que : " S'il existe un risque de fuite, () les États membres peuvent s'abstenir d'accorder un délai de départ volontaire () ". Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 612-3 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient contraires aux dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

11. En troisième lieu, M. A soutient que l'infraction de vente à la sauvette et de rébellion, le refus de soumission aux tests PCR et le défaut de passeport invoqués par le préfet ne sont pas établis.

12. Toutefois, il est constant que M. A n'est pas entré régulièrement en France et n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le préfet a pu légalement, pour ces seuls motifs, estimer que le risque de fuite était établi en application du 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la réalité des faits mentionnés au point précédent et décider, par suite, sans commettre d'erreur de droit, de ne pas accorder en conséquence à M. A un délai de départ volontaire. Il ne ressort, par ailleurs, pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A.

S'agissant de la décison fixant le pays de renvoi :

13. M. A n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. En premier lieu, contrairement à ce que le requérant soutient, l'arrêté attaqué énonce de manière suffisamment précise les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour édicter une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans.

16. Pour prendre cette interdiction, le préfet s'est notamment fondé sur le caractère très récent de l'entrée en France de M. A, son maintien en situation irrégulière, sur le fait qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, sur le fait qu'il était célibataire et sans enfants. Au vu de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision contestée.

S'agissant de l'assignation à résidence :

17. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

18. Si M. A soutient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence sur la commune de Concarneau alors que son adresse est au Andelys, il ne produit cependant aucun document justifiant d'un tel domicile. Au demeurant, au cours de son audition le 23 octobre 2023, celui-ci a déclaré, sans davantage en justifier, être domicilié à Pontivy. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement à M. A d'une somme titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. EtienvreLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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