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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306478

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306478

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 30 novembre et 12 décembre 2023, Mme E D, épouse C, représentée par Me Maral, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 novembre 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, lui imposant de remettre son passeport et de se présenter régulièrement devant les services de la direction zonale de la police de la frontière et fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille et Vilaine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de cette même date dans l'attente d'un réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;

- la décision ne satisfait pas aux exigences de motivation et souffre d'un défaut d'examen ;

- elle a été prise en violation de son droit à être entendue ;

- compte-tenu de son état de santé, elle ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- elle encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'obligation de remettre son passeport et de se présenter régulièrement devant les services de la direction zonale de la police aux frontières :

- les décisions seront annulées par voie de conséquence.

Par un mémoire, enregistré le 4 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Maral, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D épouse C est une ressortissante géorgienne, née en 1956. Entrée en France le 23 octobre 2018, elle a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Le 15 juillet 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 novembre 2019. Le 5 octobre 2020, Mme C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger maladie. Un tel titre lui a été délivré. Mme C. Celle-ci en a demandé le renouvellement le 7 juillet 2021. Par arrêté du 27 avril 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français. Mme C en a demandé l'annulation. Par jugement du 13 avril 2023, le tribunal administratif de Rennes a rejeté ce recours. Par arrêté du 16 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a de nouveau obligé Mme C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a astreint Mme C à remettre l'original de son passeport et à se présenter régulièrement à la direction zonale de la police aux frontières. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par arrêté du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 35-2023-187 du 9 octobre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a accordé à Mme B A, directrice de la Direction des Étrangers, délégation à l'effet de signer l'arrêté attaqué.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions contestées.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée. Par ailleurs, les motifs de l'arrêté attaqué révèlent que le préfet ne s'est pas cru lié, s'agissant des risques encourus en cas de retour en Géorgie, par l'appréciation de l'OFPRA et de la CNDA mais a exercé sa propre appréciation.

5. En quatrième lieu, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. Par ailleurs, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu avoir une influence sur le contenu de la décision.

6. Si Mme C soutient que le préfet a méconnu le principe du respect des droits de la défense, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle a été entendue le 16 novembre 2023 avant que l'arrêté attaqué ne lui soit notifié et qu'elle a été invitée à cette occasion à présenter des observations sur une éventuelle prochaine mesure d'éloignement. Le moyen soulevé doit être dès lors écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

8. Mme C soutient qu'elle ne pouvait pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement compte-tenu de son état de santé et des soins que celui-ci requiert. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la violation des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être par suite écarté ainsi que celui tiré de ce que Mme C serait exposée à des traitements inhumains ou dégradants.

9. En sixième et dernier lieu, Mme C a déclaré lors de son audition, le 16 novembre 2023, être séparée de son époux et que son fils résidait en Géorgie. Dans ces conditions, et compte-tenu également du caractère récent de l'entrée en France de Mme C, le préfet n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Mme C n'est pas fondée, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'obligation faite à Mme C de remettre l'original de son passeport et de se présenter régulièrement devant les services de la direction zonale de la police aux frontières :

11. Mme C n'est pas davantage fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de Mme C ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement au conseil de Mme C d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D épouse C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 5 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Descombes, président,

M. Terras, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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