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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306550

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306550

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306550
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête n° 2306550, enregistrée le 4 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Gaëlle Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine refuse de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont insuffisamment motivées et ne comportent pas un examen complet de sa situation, particulièrement s'agissant de la partie de sa demande portant sur sa volonté d'insertion professionnelle ;

- le préfet d'Ille-et-Vilaine a méconnu les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et a commis une erreur manifeste d'appréciation compte tenu qu'il réside en France depuis plus de quatre ans avec son épouse et ses deux filles de 14 et 4 ans, lesquelles sont scolarisées et parfaitement adaptées au système éducatif français, que son père réside sur le territoire français sous couvert d'une carte de résident, qu'il n'a plus de famille proche en Algérie, sa mère étant décédée, qu'il justifie de sa bonne intégration, car il a effectué des missions de bénévolat, a été arbitre et entraîneur et a encadré des jeunes personnes, justifie de nombreuses attestations de soutien et bénéficie de plusieurs promesses d'embauches et verse une demande d'autorisation de travail alors que le préfet n'a aucunement examiné le volet travail de la demande;

- le préfet a commis une erreur de droit en appliquant les critères et le régime de l'admission exceptionnelle au séjour alors que l'accord franco-algérien règle de manière exclusive la situation des ressortissants algériens ;

- il a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office se trouve en conséquence privée de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.

II - Par une requête n° 2306551, enregistrée le 4 décembre 2023, Mme A D épouse B, représentée par Me Gaëlle Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine refuse de lui délivrer un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle se prévaut de moyens identiques à ceux présentés par M. B, son époux, dans la requête n° 2306550.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes, président-rapporteur,

- et les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants algériens nés en octobre 1984 et décembre 1982, sont entrés régulièrement en France avec leurs deux enfants mineurs le 29 mars 2019, à l'aide d'un visa C les autorisant à séjourner sur le territoire jusqu'au 21 mars 2020. Les intéressés se sont maintenus en situation irrégulière pendant 1 an et 3 mois avant de déposer le 6 octobre 2020 auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, une première demande de titre de séjour sur le fondement principal des dispositions de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles. A cette occasion, ils ont également demandé à bénéficier, à titre subsidiaire, des dispositions relatives à l'admission exceptionnelle au séjour. Par les requêtes, enregistrées sous les nos 2306550 et 2306551, qu'il convient de joindre pour statuer par un seul jugement, ils demandent l'annulation des arrêtés du 18 juillet 2023 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine leur refuse la délivrance d'un titre de séjour, les oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté les demandes de titre de séjour de M. et Mme B et les a obligés à quitter le territoire français, qui citent les textes applicables dont l'accord franco-algérien et font état, contrairement à ce que soutiennent les requérants, d'éléments de fait propres à leur situation, notamment à leur situation personnelle, familiale et professionnelle, y compris sur la dimension du travail, M. B ayant produit plusieurs promesses d'embauche et ayant sollicité une autorisation de travail qui lui a été cependant refusée pour incomplétude de dossier, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Elles précisent notamment que leurs demandes ont été examinées sous l'angle de l'article 6 de l'accord franco-algérien, rappellent que le mécanisme de l'admission exceptionnelle au séjour ne s'applique pas aux ressortissants algériens, lesquels peuvent en revanche se prévaloir des dispositions de l'accord franco-algérien en matière de demande de titre de séjour, mais que, néanmoins, dans le cadre de son pouvoir de régularisation, l'autorité préfectorale a décidé d'examiner l'ensemble de la situation des intéressés en constatant que celle-ci ne relevait pas de circonstances exceptionnelles ou humanitaires. Dès lors, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. et Mme B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier, au regard de l'ensemble des éléments qu'ils ont fait valoir, relatifs à leur situation personnelle et professionnelle, à l'appui de leurs demandes et des justificatifs qu'ils ont produits.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ".

6. M. et Mme B font valoir qu'ils résident en France depuis 2019, où leurs enfants sont scolarisés et où se situent désormais le centre de leurs intérêts privés. Toutefois, la seule circonstance que leurs enfants obtiennent de bons résultats à l'école et seraient bien intégrés ne saurait suffire à justifier l'intensité de la vie privée et familiale sur le territoire français dont les requérants entendent se prévaloir. De même, les circonstances qu'ils prennent des cours de français, qu'ils effectuent du bénévolat dans des associations caritatives et que M. B justifierait de trois promesses d'embauche dans des domaines de qualification totalement différents et alors qu'aucun bulletin de salaire n'est fourni et qu'il ne ressort pas des pièces des dossiers que les emplois correspondant relèveraient des catégories d'emploi en tension en Bretagne, sont insuffisantes pour établir une insertion professionnelle notable. En outre, il ne ressort pas plus des pièces des dossiers que leurs enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine en cas d'éloignement. Enfin, les attestations produites ne suffisent pas plus à démontrer l'intensité particulière des liens sociaux ou amicaux qu'ils auraient développés depuis leur arrivée en France. Au regard de ces éléments, et alors même que les requérants font valoir que le père de M. B réside en France et soutiennent être désormais dépourvus de toute attache familiale dans leur pays d'origine où ils ont pourtant vécu jusqu'à l'âge de 35 et 37 ans et où il n'est pas justifié que Mme B n'aurait plus de famille proche, les décisions par lesquelles le préfet a refusé de leur délivrer des titres de séjour et les a obligés à quitter le territoire français n'ont pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage méconnu les dispositions du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Enfin, il n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ses décisions sur la situation personnelle et familiale des requérants.

7. En dernier lieu, l'accord du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète et exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de la validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il s'ensuit que les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord du 27 décembre 1968. Cependant, le préfet d'Ille-et-Vilaine, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer aux requérants un titre de séjour dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B à fin d'annulation des décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de leur délivrer un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les décisions obligeant M. et Mme B à quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, les décisions fixant le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office n'ont pas été prises sur le fondement de décisions illégales. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B à fin d'annulation des décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux contestés, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. et Mme B ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés aux litiges :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, la somme que les requérants demandent au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. et Mme B doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A D épouse B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Villebesseix, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2306550,2306551

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