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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306563

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306563

mardi 12 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306563
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBERTHAUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2023, Mme D C, représentée par Me Berthaut, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assignée à résidence à Gévezé (Ille-et-Vilaine), lui a interdit de quitter son lieu d'hébergement situé 1, hôtel Morel, à Gévezé, entre 18 heures et 21 heures et l'a astreinte à remettre l'original de son passeport ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Berthaut d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ; les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues ;

- la décision refusant un délai de départ volontaire repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- il en va de même de la décision fixant le pays de renvoi ; cette dernière décision viole par ailleurs l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale ; son auteur est incompétent ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen ; elle souffre d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Jouno, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jouno,

- les observations de Me Berthaut représentant Mme C ;

- et les explications de Mme C, assistée d'une interprète en géorgien.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français

1. En premier lieu, le signataire du premier arrêté attaqué, secrétaire général de la préfecture, avait reçu délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, tout acte relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

2. En deuxième lieu, les décisions comprises dans le premier arrêté attaqué comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté cet arrêté après un examen complet de la situation de la requérante. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

4. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante est entrée en France, pour la dernière fois, en mai 2023, selon ses propres déclarations, où elle vit, à ce jour, aux côtés de son époux et de ses enfants mineures, dont l'aînée est actuellement scolarisée en classe de cour préparatoire (CP). Or, d'une part, ceux-ci ne séjournent pas régulièrement sur le territoire et ont vocation à l'accompagner en cas de retour en Géorgie. D'autre part, la requérante a vécu la majeure partie de son existence dans ce dernier pays, où elle n'est pas dépourvue d'attaches. Enfin, si elle soutient que l'aînée de ses enfants, la jeune A, est atteinte de " problèmes d'anémie " et que la vision de celle-ci a baissé récemment, aucun élément ne suggère qu'elle ne pourrait obtenir des soins adéquats en Géorgie. Dès lors, l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit que la requérante tient de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, et dès lors qu'il n'est pas établi que la plus âgée de ses enfants mineures ne pourrait être scolarisée en Géorgie, cette décision ne viole pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire

5. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi

6. Eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante, dont la demande de réexamen de sa demande d'asile a d'ailleurs fait l'objet d'une décision définitive de clôture d'examen, et qui a effectué des allers-retours entre la France et la Géorgie, courrait le risque de subir de quelconques traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français

8. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

9. En deuxième lieu, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté par les motifs énoncés au point 2 ci-dessus.

10. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les motifs retenus au point 4 ci-dessus.

11. En quatrième lieu, dès lors que la requérante, qui a légalement été obligée de quitter le territoire, est revenue plusieurs fois en France, y a séjourné illégalement et n'y mène légalement aucune activité professionnelle, l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an dont elle fait l'objet est justifiée tant dans son principe que dans sa durée. Ainsi, les moyens tirés d'une violation de l'article L 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence

12. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit, l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écartée.

13. En deuxième lieu, le signataire de l'arrêté d'assignation à résidence, secrétaire général de la préfecture, avait reçu délégation du préfet à l'effet de signer, notamment, tout acte relevant de la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

14. En troisième lieu, l'arrêté d'assignation à résidence comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, ainsi que l'exigent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a adopté cet arrêté après un examen complet de la situation du requérant. Par suite le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été mené doit être écarté.

16. En cinquième lieu, eu égard à la distance de 8,7 kilomètres entre le lieu d'hébergement de la requérante et la gendarmerie d'Hédé-Bazouges, l'obligation de présentation quotidienne devant cette gendarmerie ne saurait être regardée comme disproportionnée.

17. Mais, dès lors qu'ainsi qu'en atteste une lettre circonstanciée de son enseignante, l'aînée des enfants mineures de la requérante, la jeune A, est scolarisée en classe de CP à Rennes et que la requérante soutient, lors de l'audience, sans être contredite, qu'elle doit seule la conduire à Rennes, à l'école élémentaire Jules Isaac, chaque jour, le matin, et l'y récupérer, à la sortie des classes, c'est au prix d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet n'a pas autorisé de tels déplacements.

18. Il résulte de tout ce qui précède que l'assignation à résidence doit être annulée en tant qu'elle n'autorise pas la requérante à effectuer, du lundi au vendredi, un déplacement, aller-retour, avec sa fille, A B, entre son lieu d'hébergement, à Gévezé et l'école primaire Jules Isaac située rue du Morbihan, à Rennes. Le surplus des conclusions à fin d'annulation doit être rejeté. Il en va de même, par voie de conséquence, d'une part, des conclusions à fin d'injonction, dès lors que l'annulation prononcée n'implique aucune mesure d'exécution, et d'autre part, des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens présentées par la requérante, partie perdante pour l'essentiel, qu'il convient néanmoins d'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 3 décembre 2023 portant assignation à résidence de Mme C est annulé en tant qu'il n'autorise pas celle-ci à effectuer chaque jour, du lundi au vendredi, un déplacement, aller-retour, avec sa fille, A B, entre son lieu d'hébergement, à Gévezé, et l'école primaire Jules Isaac située rue du Morbihan, à Rennes.

Article 3 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Berthaut et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. JounoLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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