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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306584

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306584

jeudi 12 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCHEVALIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté du 25 septembre 2023 du ministre des armées refusant sa titularisation et prononçant sa radiation des cadres. Le tribunal a jugé que la décision ne constituait pas une sanction disciplinaire et n'était donc pas soumise à une obligation de motivation formelle. Il a rappelé que le refus de titularisation repose sur l'appréciation de l'insuffisance professionnelle du stagiaire, laquelle n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ni de faits matériellement inexacts en l'espèce. La décision a été prise après avis de la commission administrative paritaire, et les moyens soulevés par le requérant ont été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 décembre 2023, 22 janvier 2024 et 14 mars 2025, M. A B, représenté par Me Chevalier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2023 par lequel le ministre des armées a refusé de le titulariser et l'a radié des cadres de la fonction publique ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées, à titre principal, de le réintégrer à son poste, de procéder à sa titularisation à compter du 1er octobre 2023 et de lui verser les sommes afférentes à la reconstitution de sa carrière depuis cette date, et à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à l'exposant d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le ministère des armées s'est fondé sur des faits matériellement inexacts pour évaluer son insuffisance professionnelle ;

- la décision est entachée d'erreur de droit ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la commission administrative paritaire était irrégulièrement composée ;

- l'arrêté du 25 septembre 2023 est insuffisamment motivé en droit et en fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2025, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 82-451 du 28 mai 1982 ;

- le décret n° 89-750 du 18 octobre 1989 ;

- le décret n° 2011-964 du 16 août 2011 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public,

- et les observations de Me Chevalier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. A compter du 1er septembre 2018, M. B a occupé au sein de l'établissement du service d'infrastructure de la défense (ESID) de Rennes, en qualité d'agent contractuel, le poste de chargé de projet technique infra maîtrise d'ouvrage. A la suite de sa réussite au concours externe de recrutement de technicien supérieur d'études et de fabrication stagiaire du ministère de la défense (TSEF) de 2ème classe au titre de l'année 2021, l'intéressé a été nommé dans ce corps en qualité de fonctionnaire stagiaire par un arrêté du 21 juillet 2021. Par un arrêté du 30 août 2021, M. B a été affecté sur un poste de chargé de projet technique infra maîtrise d'ouvrage au sein du " pôle conduite " des opérations de la division investissements de l'ESID de Rennes à compter du 1er octobre 2021. A l'issue d'une première période probatoire, le stage de M. B a été prorogé d'un an à compter du 1er octobre 2022. Après avis du 14 septembre 2023 de la commission administrative paritaire, par arrêté du 25 septembre 2023, la directrice du centre expert pour les ressources humaines civiles a refusé de titulariser M. B et l'a radié des cadres à compter du 1er octobre 2023. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Cependant, la circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait été alors mis à même de faire valoir ses observations.

3. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté du 25 septembre 2023 aurait le caractère d'une sanction disciplinaire. Ainsi, M. B n'est pas fondé à se plaindre de l'insuffisance de motivation de cette décision. Par suite le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du décret n° 82-451 du 28 mai 1982 relatif aux commissions administratives paritaires : " Les commissions administratives paritaires comprennent en nombre égal des représentants de /'administration et des représentants du personnel. Elles ont des membres titulaires et un nombre égal de membres suppléants. " Aux termes de l'article 6 du même décret : " Selon /'effectif des fonctionnaires relevant de la commission administrative paritaire, le nombre de représentants titulaires du personnel à cette commission est fixé comme suit : / () 4° Lorsque ce nombre est égal ou supérieur à cinq mille, le nombre de représentants du personnel est de huit membres titulaires et de huit membres suppléants. ".

6. Le procès-verbal de la commission administrative paritaire du 14 septembre 2023 mentionne qu'elle était composée de huit représentants de l'administration et huit représentants du personnel conformément aux dispositions rappelées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de composition de la commission manque en fait et doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret n° 2011-964 du 16 août 2011 portant statut particulier du corps des techniciens supérieurs d'études et de fabrications du ministère de la défense, dans sa version applicable en l'espèce : " Les techniciens supérieurs d'études et de fabrications exercent des fonctions d'études et accomplissent des travaux d'application dans des domaines techniques, sous l'autorité d'un officier ou d'un agent de catégorie A ou de niveau équivalent. / Les techniciens supérieurs d'études et de fabrications de 2e classe et de 1re classe sont chargés, sous l'autorité d'un officier ou d'un agent de catégorie A ou de niveau équivalent, de travaux d'études, de la conduite et de la réalisation de travaux ainsi que du contrôle des fabrications et des essais, dans les établissements et services du ministère de la défense. Ils peuvent encadrer une équipe. ". Aux termes de l'article 2-1 du décret n° 89-750 du 18 octobre 1989 portant statut particulier du corps des ingénieurs civils de la défense : " /. - Les membres du corps des ingénieurs civils de la défense sont chargés de fonctions d'encadrement, de direction, d'expertise et d'étude dans les domaines scientifiques, technique ou industriel. () ".

8. En l'espèce il ressort de la fiche de poste de M. B intitulée " Conducteur d'opérations d'infrastructure " et datée du 27 janvier 2022 qu'" Au sein de la division investissement de l'ESID de Rennes et sous la direction de son chef de pôle, le conducteur d'opération (CO) a pour mission de représenter la maîtrise d'ouvrage sur les aspects administratifs, techniques et financiers, et de s'assurer de l'avancement des projets d'infrastructure qui lui ont confiés. A ce titre, le titulaire du poste est chargé : - de participer à la conception des projets d'infrastructure, de l'expression des besoins jusqu'au terme des garanties applicables aux ouvrages livrés / - d'assurer la définition puis la conduite de projets dans le domaine des infrastructures, des réseaux, d'installations techniques ; - de contribuer aux projets confiés à des maîtres d'œuvre délégués, en définissant les programmes d'opérations budgets, ainsi qu'en veillant au bon déroulement de l'opération ; - d'assurer l'ensemble des tâches concourant à la maîtrise technique et budgétaire des opérations d'investissement ; - d'exercer des fonctions de conseil, de participer à la planification en fonction du plan de charge et sur demande , d'encadrement d'équipes de projet. ".

9. Cette description des tâches susceptibles d'être confiées à M. B, contrairement à ce qu'il soutient, sont compatibles avec celles mentionnées à l'article du 3 du décret n° 2011-964 du 16 août 2011, et ne relèvent pas des missions confiées à un ingénieur civil de la défense mentionnées à l'article 2-1 du décret n° 89-750 du 18 octobre 1989.

10. De même, il n'apparaît pas que les objectifs annuels fixés par le " contrat d'objectifs du chef du PCO de Rennes à monsieur A B dans le cadre de sa titularisation (stagiaire TSEF2 / 2022-2023) " en date du 28 novembre 2022 à savoir : " 1 - Conduire les opérations conformément aux procédures décrites à l'ESID de Rennes. Plus particulièrement, tenir à jour les calendriers d'opération grâce au logiciel "Microsoft Project" (actualisation quotidienne), archiver les dossiers d'opérations sur le serveur de l'ESID (dès réception de documents et selon le format type donné par le chef du PCO de Rennes), et renseigner le logiciel COSI (actualisation hebdomadaire a minima - suivi calendaire et financier des opérations, renseignement des mémos dévolus à la conduite d'opération). / 2 - Assurer la bonne conduite de l'opération 444220. En particulier, aboutir à la notification des marchés d'AMO (SPS, CT et relevé topographique) pour le début du mois d'avril 2023 et fournir au chef du PCO de Rennes le livrable " Dossier de site et ses annexes " pour le 23/06/2023 au plus tard. / 3 - Assurer la bonne conduite de l'opération 453134. En particulier, aboutir à la notification des diagnostics pour le début du mois de mars 2023 et fournir au chef du PCO de Rennes le livrable " Programme " pour le 07/07/2023 au plus tard. / 4 - Assurer la bonne conduite de l'opération 459986. En particulier, aboutir à la notification du marché d'AMO programmiste pour la mi-mars 2023 et fournir au chef du PCO de Rennes le livrable "Etude de faisabilité " rédigée par l'AMO pour le 31/05/2023 au plus tard. " ne relèveraient pas des missions d'un TSEF dès lors qu'elles ne comprennent pas des fonctions d'encadrement, de direction, d'expertise et d'étude dans les domaines scientifique, technique ou industriel dévolues au ICD mais consistent pour l'essentiel aux suivi et à la conduite d'opérations ainsi qu'à la production de quelques éléments de réflexion.

11. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le ministère des armées aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en lui confiant des missions qui ne relevaient pas de ses compétences, mais de celles d'un fonctionnaire de catégorie A.

12. En quatrième lieu, s'agissant de l'atteinte de l'objectif 1 rappelé au point 10, M. B soutient que le retard de vingt-six jours qui lui est reproché dans l'actualisation de la gestion des opérations dans le logiciel COSI n'est pas établi dès lors qu'il s'est efforcé d'actualiser la gestion des opérations de façon hebdomadaire et que la fréquence moyenne des mises à jour sur le logiciel par ses soins est de cinq jours sur l'ensemble des opérations en cours (n°s 444220, 453134 et 459986) au 19 juillet 2022. Il ressort toutefois des pièces que le rapport de fin de stage du 17 juillet 2023 évaluant cet objectif mentionne qu'il : " est loin d'être atteint : à la date de rédaction de cet avis par exemple,26 jours de retard en moyenne sont constatés sur la mises à jour des gestions prévisionnelles dans COSI, alors qu'une actualisation hebdomadaire est demandée. De même, la consigne de mise à jour quotidienne des calendriers d'opération "Microsoft Project n'est pas tenue, puisqu'un retard moyen de 4 jours est observé. ". Par ailleurs, l'administration fait valoir que cet objectif supposait un travail continu et permanent de M. B jusqu'à la fin de son stage et que la circonstance qu'il aurait été considéré comme rempli lors de son bilan intermédiaire du 3 mars 2023 n'établit donc qu'il puisse être effectivement tenu le 17 juillet 2023. L'administration fait également valoir, sans être utilement contredite, que les extractions COSI des opérations 444220, 453134 et 459986 effectuées le 22 juin 2023 avant la rédaction du rapport du 17 juillet 2023 font apparaître une moyenne de vingt-six jours de retard, que les tableaux produits par le requérant illustrent que dix évènements ont fait l'objet d'un retard d'enregistrement dans le logiciel COSI de plus de sept jours, dont un accuse un écart de plus de cent-quarante jours et que les mises à jour réalisées par le requérant souffraient d'erreurs. S'agissant du deuxième objectif, M. B soutient que les retards constatés dans la notification de marchés ne sont pas de sa responsabilité, dès lors qu'il avait transmis le projet de marché de contrôle technique à son supérieur hiérarchique dès le 15 décembre 2022 en prévision d'éventuelles corrections, alors qu'il devait lui présenter le 13 janvier 2023, et que ce marché a fait l'objet d'un premier tour de consultation des candidatures réalisé le 13 mars 2023. Le requérant soutient également que les allégations selon lesquelles il y aurait eu " 38 jours en moyenne de retard pris fin 2022 pour rendre au SAI des projets de marché " est infondée et inexacte, dès lors qu'il n'aurait pris connaissance de son contrat d'objectifs que le 30 novembre 2022. Il ajoute que la comparaison de l'échéancier prévu par le contrat d'objectifs pour la réalisation de l'objectif n°2 et le planning " Microsoft Project " permet de constater qu'au 18 juillet 2023, la poursuite de l'opération n°444220 est réalisée " Sans retard ". Toutefois, il ressort du rapport du 17 juillet 2023 que cet objectif " est partiellement atteint : les 38 jours en moyenne de retard pris fin 2022 pour rendre au SA/ des projets de marché SPS, CT et relevé topographique ont grandement participé à la non atteinte à temps de l'objectif de notification de ces marchés pour le début du mois d'avril 2023 (en moyenne un mois de retard). De plus, le dossier de site de ce projet, bien que rendu au chef de pole avec 9 jours d'avance, nécessite de très nombreuses corrections, tant sur le fond que sur la forme ". Il ressort en outre d'un courrier électronique du 15 décembre 2022 de son responsable à M. B qu'il a rendu les éléments attendus de manière précoce étant jonché " de nombreuses erreurs [sur] l'ensemble du document ". Par ailleurs, l'administration fait valoir sans être précisément contredite que le retard de trente-huit jours s'étend également sur le début de l'année 2023. Enfin, il n'est pas sérieusement contesté que les objectifs n°s3 et 4 n'ont pas été atteints ou au prix d'un retard important. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que l'administration se serait fondée sur des faits entachés d'inexactitudes matérielles.

13. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la période de stage de M. B a été prolongée d'une année ayant été considéré qu'" au regard des résultats obtenus, [on pouvait] douter de ses capacités d'organisation et de concentration, de son efficacité à "produire ", voire de compréhension des enjeux. En effet, une grande partie des objectifs qui lui avaient été assignés en début de titularisation n'ont pas été atteints. D'autre part, les rendez-vous majeurs en termes de conduite d'opération sont le plus souvent occultés. Son évaluation à mi-parcours laissait déjà présager des difficultés dans la prise en compte des affaires dont il a la charge () ". Alors que l'administration, dans le cadre de cette prolongation de stage a fixé les quatre nouveaux objectifs rappelés plus haut, et ainsi qu'il vient d'être dit ceux-ci n'ont pas été atteints dans les délais fixés, il n'apparaît pas que le ministre des armées aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la manière de servir de M. B ne permettait pas de le titulariser en qualité de TSEF, quand bien même l'intéressé aurait perçu le complément indemnitaire annuel versé au titre de l'année 2023 d'un montant de 500 euros, au demeurant inférieur au montant de référence fixé à 900 euros pour les TSEF.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2025.

Le rapporteur,

Signé

P. Le Roux

Le président,

Signé

G. Descombes

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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