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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306597

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306597

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantMARAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. E A B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a assorti ses décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de la décision doit justifier de sa compétence ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- le préfet n'a pas vérifié qu'il était demandeur d'asile en Italie ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- il bénéficie de garanties de représentation suffisantes ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité ;

- la décision n'examine pas tous les critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation relative aux circonstances humanitaires ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A B n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 7 décembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. A B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- les observations de Me Maral, avocate commise d'office, représentant M. A B qui a indiqué se désister du moyen tiré de la méconnaissance de la convention de Genève ;

- les explications de M. A B, assisté d'un interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A B, ressortissant tunisien né le 4 février 1998, déclare être entrée en France le 28 juillet 2021 et avoir déposé une demande d'asile le 1er août 2021. Le 4 décembre 2023, il a été interpellé par les services de police et placé en garde à vue pour détention de produits stupéfiants. Par un arrêté du 5 décembre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a assorti ses décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision litigieuse est signée par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui avait reçu délégation de signature par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi ou portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Le préfet a examiné l'ensemble des éléments de droit et de fait se rapportant à la situation de M. A B dont il avait connaissance et en particulier concernant sa situation administrative, personnelle, familiale de nature à fonder l'obligation de quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, de fixer le pays d'éloignement et de décider une interdiction de retour sur le territoire. Ainsi, la décision, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.

4. En troisième lieu, si M. A B se prévaut d'une demande d'asile déposée en Italie, il n'en justifie pas alors que le préfet soutient, sans être contredit, que la cellule Eurodac a indiqué que ses empreintes ne ressortent pas de la base de données.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 décembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre le refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

8. En deuxième lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A B, le préfet de la Loire-Atlantique a précisément exposé en quoi l'intéressé entrait dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B ne fait valoir aucune circonstance particulière, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, qu'il n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il a manifesté son intention de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement et qu'il ne justifie pas de garanties de représentation. Il suit de là que le préfet pouvait, pour un seul de ces motifs, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A B n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ou sa " vie privée et familiale ".

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays d'éloignement doit être écarté.

12. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le requérant n'établit pas que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée serait entachée d'illégalité. Par suite, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant une interdiction de retour sur le territoire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

16. La décision attaquée qui mentionne les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les raisons pour lesquelles M. A B peut faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français en tenant compte de la durée de sa présence sur le territoire mais également de l'illégalité de sa situation sur le territoire depuis juillet 2022, de son comportement dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol et détention non autorisée de stupéfiants, de l'absence d'attaches sur le territoire alors qu'il a vécu la plus grande partie de sa vie dans son pays d'origine et enfin de ce qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté du 11 octobre 2022. Cette motivation révèle qu'il a été procédé à un examen particulier de la situation de M. A B.

17. En troisième lieu, si M. A B indique qu'il justifie de circonstances humanitaires, il n'en justifie pas. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique pouvait légalement prononcer à l'encontre du requérant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait méconnu les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

18. En quatrième lieu, si M. A B soutient que la décision présente un caractère disproportionné, cela ne ressort pas du dossier au regard de ce qui a été dit précédemment.

19. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Lu en audience publique le 11 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. TerrasLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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