lundi 11 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | BUORS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. A D, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Buors, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui accorder une autorisation provisoire de séjour, d'instruire sa demande de titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 à L. 911-3 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'auteur de l'arrêté litigieux doit justifier de sa compétence ;
- les décisions contenues dans l'arrêté sont insuffisamment motivées ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il a déposé une demande de titre de séjour parent d'enfant français ;
- l'arrêté porte atteinte à son droit au respect de sa vie familiale et personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français a été prise de façon mécanique ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Vu :
- l'ordonnance du 8 décembre 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. D pour un délai maximum de vingt-huit jours ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Terras,
- les explications de M. D, assisté d'un interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien né le 12 mars 1997, connu sous d'autres identités et dates de naissance, déclare être entré en France en 2017 et vivre en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il a eu un enfant. Le 6 décembre 2023, il a été placé en garde à vue pour violences conjugales, ce qui a amené le préfet du Finistère à prendre l'arrêté contesté du 6 décembre 2023 par lequel il a obligé M. D à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions en annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux est signé par Mme B C, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, qui avait reçu délégation de signature par arrêté du préfet du Finistère en date du 19 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 20 octobre 2023, à l'effet de signer, notamment, tout document relevant de la compétence du service de l'immigration et de l'intégration de la préfecture à l'exception d'un certain nombre dont ne font pas partie les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Le préfet a examiné l'ensemble des éléments de droit et de fait se rapportant à la situation de M. D dont il avait connaissance et en particulier concernant sa situation administrative, personnelle, familiale de nature à fonder l'obligation de quitter le territoire français, de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire, de fixer le pays d'éloignement et de décider une interdiction de retour sur le territoire. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation du requérant, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. En conséquence, les moyens tirés du défaut d'examen particulier et de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doivent être écartés.
5. En troisième lieu, si M. D se prévaut d'avoir déposé une demande de titre de séjour le 2 décembre dernier, il s'agit d'une pré-demande et le préfet soutient sans être contredit qu'aucun dossier en bonne et due forme n'est en cours d'instruction dans ses services. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ". Si M. D soutient qu'il est en France depuis 2017, qu'il travaille, et qu'il subvient aux besoins de sa famille, sa compagne française et son fils, il ne verse au dossier que des documents déclaratifs, dont la plupart ne portent pas son nom, qui n'attestent pas d'une réelle communauté de vie et alors que sa compagne a porté plainte contre lui pour violences conjugales le 21 novembre 2023 et qu'il a été placé en garde à vue pour ce motif le 6 décembre 2023. Il ne justifie pas d'une insertion professionnelle et s'est maintenu sur le territoire français alors qu'il a déjà fait l'objet de trois précédentes meures d'éloignement et deux arrêtés portant placement en rétention administrative. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de séjour de M. D, la décision du préfet du Finistère ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite ces moyens doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. M. D soutient d'abord que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été adoptée mécaniquement, sans examen particulier. Il ressort toutefois des termes de la décision litigieuse qu'elle mentionne les articles L. 612-6 à L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique les raisons pour lesquelles M. D peut faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français en tenant compte de la durée de sa présence sur le territoire mais également de l'illégalité de sa situation sur le territoire depuis son entrée alléguée en 2017, de ce qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et qu'il a été placé en garde à vue pour violences à l'égard de sa compagne. Le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère n'aurait pas fait une exacte appréciation de sa situation doit ainsi être écarté, comme doit l'être au regard de ce qui a déjà été dit du caractère disproportionné de sa situation.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. M. D n'établit pas résider avec son enfant né en 2021 ni contribuer à son entretien et son éducation alors qu'il est dépourvu de ressources. Par suite il n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère aurait méconnu l'intérêt supérieur de son enfant en prenant l'arrêté litigieux. Le moyen tiré de la méconnaissance de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit donc être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2023 pris à son encontre par le préfet du Finistère. Ses conclusions à fin d'injonction doivent en conséquence également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. D d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Finistère.
Lu en audience publique le 11 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
signé
F. TerrasLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026