lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306622 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, Mme D B, représentée par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a limité à trente jours le délai de départ volontaire et a fixé le Gabon comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou subsidiairement, de réexaminer sa situation, le cas échéant sous astreinte ;
3°) subsidiairement, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire jusqu'à lecture de la décision à intervenir de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle mentionne avoir été prise sur proposition du secrétaire général de la préfecture alors qu'aucun texte et en particulier l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit l'intervention de ce dernier ;
- elle est insuffisamment motivée en particulier s'agissant de sa situation familiale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 3 de la directive du 29 avril 2004 préservant le principe d'unité familiale des citoyens de l'Union européenne, dès lors qu'elle est en couple avec un ressortissant français dont elle attend un enfant ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation, en particulier familiale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision limitant à trente jours le délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à la présence d'enfants scolarisés dont il doit être tenu compte en application de la directive 2008/115/CE ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence pour le même motif que la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de cette décision, invoquée par voie d'exception.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 décembre 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux du droit de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire
1. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation
2. Mme B, née en 1988 et ressortissante du Gabon, déclare être entrée en France le 28 juillet 2022 avec ses trois enfants mineurs, nés en 2006, 2015 et 2021. Elle a présenté, le 2 janvier 2023, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 8 mars 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 octobre 2023. Le préfet du Finistère a alors, par un arrêté du 21 novembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le Gabon comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français
3. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 7 septembre 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Il s'ensuit que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'incompétence. À cet égard, la circonstance qu'il comporte la mention " sur proposition du secrétaire général " ne révèle aucun vice de procédure et ne peut davantage être regardée, s'agissant de l'exercice de ses compétences par le préfet, comme une méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En deuxième lieu, il ressort de l'examen de l'arrêté du 21 novembre 2023 qu'il comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, et en particulier s'agissant de la situation de ses trois enfants mineurs, en l'état des seules informations dont il est établi qu'elles auraient été portées à la connaissance du préfet avant l'intervention de la décision attaquée alors qu'il ressort des pièces produites en défense que conformément aux dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile l'intéressée avait été dûment informée, lors du dépôt de sa demande d'asile, par un document portant sa signature le 8 décembre 2022, de ce qu'elle disposait d'un délai de deux mois pour déposer une demande de titre de séjour sur un autre fondement, délai porté à trois mois dans l'hypothèse d'une demande motivée par son état de santé. Dans ces conditions, cette décision qui est suffisamment motivée, ne peut davantage être regardée comme entachée, s'agissant de l'examen préalable de la situation de la requérante, d'aucune erreur de droit.
5. En troisième lieu, si Mme B se prévaut de ce qu'elle aurait noué une relation de concubinage avec un ressortissant français dont elle serait enceinte, elle n'apporte au soutien de telles allégations aucun élément de justification ou de preuve. Les moyens tirés, à cet égard, de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la directive du 29 avril 2004 ou de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales protégeant le principe d'unité familiale et son droit au respect de sa vie privée et familiale doivent donc être écartés.
6. En quatrième lieu, il n'est pas démontré que les deux enfants scolarisés C Mme B ne puissent poursuivre leur scolarité dans un autre pays que la France et dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait insuffisamment pris en compte leur intérêt supérieur au sens de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ou le droit à la protection et au bien-être qu'ils tirent de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.
7. En dernier lieu, pour les motifs mentionnés aux points 5 et 6 ci-dessus, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante ou de ses enfants.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision limitant à trente jours le délai de départ volontaire
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".
10. La requérante n'établit pas, ainsi qu'il a été dit plus haut, que sa situation personnelle et familiale était susceptible de justifier que lui soit accordé, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, elle ne peut valablement soutenir que la décision limitant à cette durée ce délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Ne démontrant pas, en outre, avoir appelé l'attention de l'autorité préfectorale sur de tels motifs, le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère aurait commis une erreur de droit en n'envisageant pas d'user de cette prérogative, doit, de même, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le Gabon comme pays de destination
11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, l'arrêté attaqué n'est entaché d'aucune incompétence ni d'aucun vice de procédure.
12. En deuxième lieu, il précise en outre les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
13. En dernier lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégal, le moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le Gabon comme pays de destination.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil C B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête C B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.
Le président,
signé
E. ALa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026