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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306633

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306633

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal d'annuler la décision de classement sans suite du 5 janvier 2023 de sa demande de titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de renvoyer ses conclusions devant une formation collégiale ;

3°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitte le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

4°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

5°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui accorder un titre de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut de procéder à un nouvel examen et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

6°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de classement sans suite de sa demande de titre de séjour :

- l'auteur de l'acte est incompétent ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu ;

- le préfet aurait dû saisir le collège des médecins de l'OFII avant de prendre sa décision ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision classant sans suite sa demande de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- il est illégal par exception d'illégalité ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité des autres décisions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle sera annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Terras, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Terras,

- et les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, pour le requérant, absent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant géorgien né le 9 août 1981, déclare être entré en France le 13 octobre 2021, ne pouvant se faire soigner dans son pays d'origine. Le 30 novembre 2021, il a sollicité l'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a rejeté sa demande le 31 août 2022, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 janvier 2023. Constatant que M. A se maintenait irrégulièrement sur le territoire alors qu'il avait déjà pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français avec délai le 25 novembre 2022, le préfet a pris à son encontre l'arrêté du 6 décembre 2023 par lequel il oblige M. A à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et assortit ses décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision de classement sans suite du 5 janvier 2023 :

3. Il ressort des pièces du dossier que, alors que la Cour nationale du droit d'asile avait confirmé la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant la demande d'asile du requérant, ce dernier n'a pas déposé de demande de titre de séjour dans les délais qui lui étaient impartis. En l'absence de production de toute nouvelle demande de titre de séjour, la décision de rejet du 5 janvier 2023 n'est qu'une décision confirmative d'un précédent rejet. Les conclusions présentées à ce titre doivent ainsi être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9o L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 du code précité : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle envisage de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger en situation irrégulière, l'autorité préfectorale n'est tenue de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que si elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressé, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement.

6. M. A entré en France en octobre 2021, fait valoir qu'il est atteint d'un cancer de l'estomac et de la prostate et qu'il n'est pas en mesure de se faire soigner dans son pays d'origine, la Géorgie. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision de la Cour nationale du droit d'asile que ces éléments étaient connus de l'administration. M. A produit en outre des certificats médicaux qui précisent les traitements prescrits et envisagent une opération chirurgicale en janvier 2024. Dans ces conditions, et compte tenu de la nature de sa pathologie, M. A est fondé à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine ne pouvait procéder à son renvoi sans recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'OFII. Le moyen tiré du défaut d'examen doit être accueilli, et, par voie de conséquence, l'arrêté contesté, annulé.

En ce qui concerne les autres décisions :

7. L'annulation de l'obligation de quitter le territoire français entraine par voie de conséquence l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire, interdiction de retour sur le territoire français et de l'arrêté portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le moyen d'annulation retenu implique qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros hors taxes au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive du requérant à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 6 décembre 2023 sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 30 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera une somme de 1 200 (mille deux cents) euros hors taxes à Me Le Strat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Le Strat et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu publique par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. TerrasLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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