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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306641

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306641

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LANNUZEL MUNOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 8 décembre 2023 et 21 mars 2024, M. A C, représenté par Me Munos, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 août 2023 n° CPR 22-01559 valant certificat de suspension de sa pension militaire de retraite ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une personne n'ayant pas compétence ;

- la décision de suspension attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- qu'elle ne prend pas en compte le fait qu'il a été rémunéré à demi-traitement au cours de l'année 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les conclusions de M. Desbourdes, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, premier maitre de l'armée, a été admis à la retraite par arrêté du 30 décembre 2019 à compter du 1er novembre 2019 après avoir effectué vingt-cinq années de services. Dès le 1er novembre 2019, M. C a souscrit un contrat d'engagement auprès des armées en tant que technicien supérieur en études et fabrication des armées. Le ministre chargé du budget a suspendu la pension militaire de retraite de M. C au titre des années 2020 et 2021 par décision du 8 août 2023 au motif que ses revenus d'activité (30 409 euros en 2020 et 33 965 euros en 2021) ont excédé la limite de traitement autorisée de 14 168 euros pour 2020 et 14 224,68 euros pour 2021. M. C demande l'annulation du certificat de suspension du 8 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le signataire de la décision, M. D B, avait reçu, par arrêté du 10 juillet 2023, régulièrement publié, délégation de signature de la part du directeur général des finances publiques à l'effet de signer, au nom du ministre chargé du budget, tous actes, à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions du bureau " mission relation usagers, offre de service et réseaux ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 79 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " () Les militaires autorisés à contracter un engagement voient suspendre pendant la durée de ce dernier la pension dont ils pourraient être titulaires. Elle est éventuellement révisée au moment de la radiation définitive des contrôles, compte tenu des nouveaux services accomplis () ". Aux termes de l'article L. 80 du même code : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 79, le versement de la pension des retraités militaires présents sous les drapeaux en temps de paix pour une durée continue, égale ou supérieure à un mois, est suspendu pendant toute la durée de cette présence () ". Aux termes de l'article L. 84 du même code : " () Si, à compter de la mise en paiement d'une pension civile ou militaire, son titulaire perçoit des revenus d'activité de l'un des employeurs mentionnés à l'article L. 86-1, ou de tout autre employeur pour les fonctionnaires civils, il peut cumuler sa pension dans les conditions fixées aux articles L. 85, L. 86 et L. 86-1 () ". Aux termes du II de l'article L. 86 du même code dans sa rédaction alors applicable et par dérogation au premier alinéa de l'article L. 161-22 du code de la sécurité sociale, ainsi qu'aux dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 84 et de l'article L. 85 : " () peuvent cumuler intégralement le montant de leur pension avec des revenus d'activité : () / 2° Les titulaires de pensions militaires non officiers rémunérant moins de vingt-cinq ans de services et les titulaires de pensions militaires atteignant la limite d'âge du grade qu'ils détenaient en activité ou la limite de durée de services qui leur était applicable en activité, même dans le cas où ces pensions se trouveraient modifiées à la suite de services nouveaux effectués pendant un rappel à l'activité donnant lieu à promotion de grade () ". Aux termes de l'article L. 86-1 du même code : " Les employeurs mentionnés au deuxième alinéa de l'article L. 84 sont les suivants : / 1° Les administrations de l'État et leurs établissements publics ne présentant pas un caractère industriel ou commercial ; / 2° Les collectivités territoriales et les établissements publics ne présentant pas un caractère industriel ou commercial qui leur sont rattachés ; / 3° Les établissements énumérés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, pour cumuler intégralement une pension de retraite servie par l'État avec une rémunération d'activité, le fonctionnaire doit avoir atteint la limite d'âge de son ancien grade ou être titulaire d'une pension de non officier rémunérant moins de 25 ans de services. Si l'une de ces conditions n'est pas remplie, le fonctionnaire peut toutefois percevoir intégralement sa pension, si ses revenus bruts d'activité sont inférieurs par année civile à un plafond légal fixé par décret augmenté du tiers de sa pension brute. Si ces revenus bruts d'activité sont supérieurs à ce plafond, seul l'excédent est déduit de sa pension. Si toutefois cet excédent est supérieur au montant de la pension, son paiement est alors suspendu en totalité.

4. M. C fait valoir que les dispositions précitées du 2° du II de l'article L. 86 du code des pensions civiles et militaires de retraite autorisent le cumul du montant de sa pension avec des revenus d'activité dès lors qu'il totalise seulement vingt-quatre ans, onze mois et vingt-et-un jours de services n'ayant été incorporé non pas le 1er novembre 1994 mais le 10 novembre 1994.

5. Toutefois, dès lors que le titre de pension de M. C concédé par arrêté du 30 décembre 2019 fait état d'une durée de service de vingt-cinq ans, qu'il n'en a pas contesté le bien-fondé dans le délai de recours contentieux et qu'il n'est pas recevable à exciper de son illégalité, les moyens tirés de ce que le ministre chargé du budget aurait commis uneerreur de fait en estimant que sa pension rémunère vingt-cinq années de service et une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions du 2° du II de l'article L. 86 du code des pensions civiles et militaires de retraite doivent être écartés. En tout état de cause, l'état général des services produit le 29 mars 2024 par le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et le ministre des armées et communiqué au requérant le même jour, révèle que l'intéressé a bien commencé sa carrière de militaire le 1er novembre 1994, ce document ayant été signé le 2 juin 2019 par M. C.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 92 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Pour l'application des règles prévues à l'article L. 84, sont considérées comme revenus d'activité par année civile : / 1° S'agissant des activités salariées : les sommes allouées pour leur montant brut, sous quelque dénomination que ce soit, à raison de services rémunérés à la journée, au mois ou à l'année ou forfaitairement, sous la forme d'une indemnité ou d'une allocation quelconque, à l'exception de l'indemnité de résidence, des prestations à caractère familial, des indemnités représentatives de frais correspondant à des dépenses réelles et des indemnités perçues en qualité d'élu, quelle que soit la nature du mandat électif ; / () ".

7. S'agissant des montants bruts des revenus d'activité retenus par le ministre chargé du budget, si M. C relève une incohérence avec les montants des revenus nets imposables figurant sur ses avis d'imposition et la déclaration fiscale des traitements et salaires, cette incohérence demeure toutefois sans influence dès lors qu'en vertu de l'article R. 92 du code des pensions civiles et militaires de retraites, ce sont " les sommes allouées pour leur montant brut " qui doivent être prises en compte au titre des revenus d'activité pour l'application des règles de cumul prévues à l'article L. 86 du même code.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au ministre des armées et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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