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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306653

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306653

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, Mme F, représentée par Me Fakih, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le Congo comme pays de destination.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la même convention.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de M. D, représentant du préfet d'Ille-et-Vilaine.

Mme E n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Mme E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Mme E, née en 1986, ressortissante du Congo, déclare être entrée en France le 29 avril 2022 et y a sollicité, le 13 juin suivant, le bénéfice du statut de réfugiée mais par des décisions des 29 novembre 2022 et 23 juin 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ont rejeté cette demande. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a alors, par un arrêté du 17 novembre 2023, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le Congo comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 9 octobre 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme B A, directrice des étrangers en France et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer notamment les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, alors qu'après le rejet définitif de la demande d'asile de la requérante, cette dernière ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine tirait des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la faculté de décider à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français par l'arrêté attaqué. En l'absence d'autre précision apportée à l'appui du moyen tiré d'une erreur de droit invoqué par Mme E, ce moyen ne peut donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme E ne présente aucun argumentaire ni aucun élément permettant d'établir que, comme elle le soutient, l'arrêté attaqué méconnaîtrait le droit au respect de sa vie privée et familiale qu'elle tient des stipulations citées au point précédent.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Mme E ne fournit pas davantage d'éléments de nature à établir qu'elle se trouverait exposée à des risques de traitements contraires aux stipulations et dispositions précitées.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français à destination du Congo.

D É C I D E :

Article 1er : Mme E est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024

Le président,

signé

E. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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