mercredi 20 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2306671 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoire, enregistrés les 11 décembre 2023, 2 février et 15 février 2024, Mme B A, représentée par Me Vervenne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vervenne d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
s'agissant de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- la compétence de son signataire n'est pas établie ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière puisque sur proposition du secrétaire général de la préfecture ;
- cette décision ne comporte pas de motivation relative à l'absence d'atteinte à la vie privée et familiale ;
- elle lève le secret médical et sollicite la communication de l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le 22 juin 2023 de nouveaux examens ont révélé une récidive du carcinome adénoïde kystique trachéal dont elle souffre ; il ne peut pas être soutenu qu'elle peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Albanie ; aucun élément du dossier ne permet d'établir une évolution du système de santé albanais, depuis le précédent avis du collège de médecins de l'OFII, permettant désormais sa prise en charge médicale ;
- cette décision méconnaît la directive n° 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres ;
- cette décision méconnaît l'article 5 de la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membre au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- elle méconnaît également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle dispose en France du centre de ses intérêts personnels et familiaux ;
s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle invoque par la voie de l'exception l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ; elle ne comporte aucun examen du risque de violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
s'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle invoque par la voie de l'exception l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.
Par une décision du 26 octobre 2023, la présidente du bureau d'aide juridictionnelle a accordé à Mme A l'aide juridictionnelle totale ;
Vu les autres pièces du dossier et notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'OFII.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Albouy,
- les observations de Me Douard, substituant Me Vervenne, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante albanaise, née en 1952, est entrée en France le 19 mars 2018. Des autorisations provisoires de séjour lui ont été délivrées les 28 juin 2018, 12 mai 2020, 24 février 2021 et 10 août 2021 en qualité d'accompagnant de son époux malade. Elle a ensuite sollicité un titre de séjour en invoquant son propre état de santé et s'est vu délivrer, le 14 septembre 2022, une carte de séjour valable jusqu'au 10 février 2023, pour ce motif. Le 21 mars 2023, elle a sollicité le renouvellement de cette carte de séjour. Par l'arrêté attaqué, du 18 août 2023, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Albanie comme pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité de la décision relative au droit au séjour :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".
3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, ainsi que l'effectivité de l'accès à ce traitement. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège de médecins de l'OFII, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme A, le préfet du Finistère a estimé, d'une part, que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier d'un traitement approprié, d'autre part, que son état de santé lui permet de voyager sans risque à destination de celui-ci. Le préfet se prévaut uniquement de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 11 mai 2023 comportant une appréciation de la situation médicale de la requérante identique à la sienne.
5. Mme A établit toutefois que des biopsies réalisées en juillet 2023, postérieurement à l'avis du collège de médecins de l'OFII, ont révélé une récidive du carcinome adénoïde kystique de la trachée qui avait justifié la délivrance en septembre 2022 d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'elle faisait, à cette époque, l'objet d'une surveillance médicale rapprochée après une désobstruction au bronchoscope rigide et une radiothérapie thoracique. Il ressort des pièces du dossier que cette récidive nécessite un suivi régulier à la fois endoscopique et scanographique ainsi que de très probables désobstructions itératives. Or, le dossier médical au vu duquel le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis du 11 mai 2023, faisait état d'une situation de rémission, d'un suivi semestriel et de l'absence de signe de récidive. C'est par suite au regard de cette situation que le collège de médecins a estimé que Mme A, pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le préfet du Finistère ne peut, dès lors, valablement se prévaloir de cet avis pour justifier l'appréciation qu'il a portée le 18 août 2023. À défaut de faire état d'autres éléments relatifs à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé albanais, le préfet du Finistère ne combat pas valablement l'argumentation de la requérante reposant sur le constat qu'elle était, à la date de la décision attaquée, dans une situation comparable à celle ayant justifié, en septembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que rien ne permet d'affirmer que le système de santé albanais pouvait en août 2023 la faire bénéficier d'un traitement adapté alors que celui-ci n'était pas disponible en septembre 2022, soit quelques mois auparavant. Mme A est, par suite, fondée à invoquer la méconnaissance des dispositions de cet article et, pour ce motif, à obtenir l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'arrêté attaqué, dans son ensemble, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. La situation médicale de Mme A étant, par nature, évolutive et aucune pièce du dossier ne permettant au tribunal d'apprécier la durée des soins que son état de santé actuel nécessiterait, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa demande de titre de séjour et de saisir, pour ce faire, le collège de médecins de l'OFII d'une nouvelle demande d'avis au regard de la situation médicale actuelle de la requérante. Le préfet délivrera à Mme A, dans l'attente de sa nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l'instance :
7. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Vervenne, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Vervenne de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté attaqué du 18 août 2023 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A et de saisir, pour ce faire, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'une nouvelle demande d'avis au regard de la situation médicale actuelle de la requérante. Le préfet délivrera à Mme A, dans l'attente de sa nouvelle décision, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'État versera à Me Vervenne une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Vervenne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Finistère et à Me Vervenne.
Délibéré après l'audience du 21 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jouno, président,
M. Albouy, premier conseiller,
M. Ambert, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.
Le rapporteur,
signé
E. AlbouyLe président,
signé
T. Jouno
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026