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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306741

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306741

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantVERVENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 décembre 2023 et le 9 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 17 mai 2023 du préfet du Finistère portant refus de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que la décision née du rejet implicite de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour de plus de trois mois avec autorisation de travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article

L. 423- 22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- les observations de Me Jeanmougin, substituant Me Vervenne, représentant M. A,

- et les explications de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant Guinéen né en 2003, est arrivé irrégulièrement sur le territoire français en 2018. Confié à l'aide sociale à l'enfance, il est successivement scolarisé au collège Brizeux à Quimper puis au lycée professionnel de Pleyben. Le 7 janvier 2021, il a demandé au préfet du Finistère la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 mai 2023, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. A a formé un recours gracieux contre cette décision, implicitement rejetée par le préfet du Finistère. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " sur leur fondement, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié avant 16 ans au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. A, le préfet du Finistère a considéré que, faute de justifier du caractère réel et sérieux de la formation qu'il suivait, il ne remplissait pas l'une des conditions prévues par ces dispositions. En outre, bien que le préfet souligne dans sa décision que M. A est défavorablement connu des services de police pour justifier son absence d'insertion dans la société française, il ne démontre pas avoir pris en compte l'avis de la structure d'accueil sur ce point. Il n'apparaît donc pas que le préfet du Finistère, en procédant ainsi, se serait livré, comme il devait légalement le faire, à une appréciation globale de la situation de l'intéressé au regard des trois critères prévus par ces dispositions. Par suite, le refus de titre de séjour contesté est entaché d'erreur de droit.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 17 mai 2023 du préfet du Finistère ainsi que la décision implicite de refus du recours gracieux doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. D'une part, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour () autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n'autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ". Aux termes de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise () ". Aux termes de l'article R.431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Est autorisé à exercer une activité professionnelle le titulaire du récépissé de demande de première délivrance des titres de séjour suivants : () 3° La carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue à l'article () L. 423-22 () ".

8. L'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Finistère procède à un réexamen de la demande de titre de séjour de M. A déposée sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir M. A, dont la demande de titre de séjour entre dans les prévisions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Vervenne, avocat de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Vervenne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du préfet du Finistère du 17 mai 2023 ainsi que la décision implicite du rejet du recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : Sous réserve que Me Vervenne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Vervenne, avocat de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Vervenne et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, où siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le président rapporteur,

signé

N. Tronel L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras La greffière d'audience,

signé

I. Loury

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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