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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306752

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306752

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 14 décembre 2023, M. D A B, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Finistère du 1er décembre 2023 portant rejet de la demande de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet non seulement de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, d'instruire sa demande de titre de séjour mais aussi de se prononcer sur son droit à un titre de séjour, le tout sous un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 € par jour de retard passé ce délai, conformément aux dispositions des articles L. 911-1 à L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la consultation du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles contreviennent aux dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire, enregistré le 7 février 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A B est un ressortissant brésilien né en 1986. Entré en France le 1er février 2022 et a sollicité le 22 juin 2023 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Le 1er décembre 2023, le préfet du Finistère a rejeté sa demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français et d'une décision fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 30 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 8 septembre 2023, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer les décisions attaquées.

3. En deuxième lieu, le préfet a produit à l'instance l'avis émis le 26 octobre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et cet avis révèle que ce collège a estimé que si l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge médicale pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche, l'intéressé pouvait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié et pouvait voyager sans risque vers celui-ci. Les critiques manquent dont en fait.

4. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé, de manière suffisamment précise et non stéréotypée, des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Il mentionne en particulier que la décision opposée ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que l'intéressé n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il serait exposé à des peines ou des traitements contraires à cette convention en cas de retour au Brésil. Il satisfait dès lors aux exigences de motivation.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

7. Le préfet du Finistère a estimé, pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A B, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge médicale pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche, il pouvait bénéficier effectivement dans son pays d'origine d'un traitement approprié et pouvait voyager sans risque vers celui-ci. Le préfet se prévaut sur ce point de l'avis émis en ce sens par le collège de médecins de l'OFII.

8. Pour justifier du contraire, M. A B, porteur du VIH, soutient que le suivi dont il doit bénéficier ne pourrait être assuré au Brésil. Toutefois, aucun des documents qu'il produit ne vient établir que, contrairement à ce qu'ont estimé l'OFII et le préfet, il ne pourrait pas bénéficier au Brésil d'un suivi médical approprié à son état de santé.

9. En cinquième lieu, M. A B est arrivé très récemment en France. S'il se prévaut de la présence en France de son épouse, Mme C, ressortissante brésilienne, ainsi que de leur fille, née en 2018 et scolarisée en France, il ne conteste pas que, comme le préfet l'a relevé dans son arrêté, son épouse se maintient également irrégulièrement en France. M. A B n'invoquant aucune circonstance faisant obstacle à ce que l'ensemble des membres de la famille puissent séjourner au Brésil, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors même que le couple attend un second enfant, qu'il serait parfaitement inséré dans la société française et qu'il subvient à ses besoins.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte-tenu notamment de l'âge de la fille de M. A B, le préfet n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de cet enfant en prenant les décisions contestées.

12. En septième et dernier lieu, M. A B n'est pas fondé à soutenir qu'en raison de son état de santé, il serait exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Brésil au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. A B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement au conseil de M. A B d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. TerrasLa greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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