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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306762

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306762

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 14 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 26 juillet 2023 portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte d'un montant de 50 euros par jour de retard, au préfet de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation [0]dans le même délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de justifier de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de justifier de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

- il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour ;

- son état de santé s'oppose à ce qu'il soit éloigné ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- il est fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire, enregistré le 2 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M.Bg a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- les observations de Me Zaegel, représentant M.Bg,

- et les observations de Mme Baron, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

Considérant ce qui suit :

1. M.Bg est un ressortissant camerounais né en 1988. Entré en France le 19 août 2010 sous couvert d'un visa D " étudiant ", délivré le 29 juillet 2010 par les autorités consulaires françaises à Douala, valable du 29 juillet 2010 au 29 juillet 2011, il a obtenu le renouvellement de son titre de séjour jusqu'au 30 septembre 2012. Le 16 mars 2023, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 26 juillet 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté cette demande et assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M.Bg demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet a produit à l'instance l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre. ".

4. Pour rejeter la demande de M.Bg, le préfet a estimé que le défaut de prise en charge médicale de son état de santé ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Le préfet justifie de ce que le collège de médecins de l'OFII a été d'avis, le 31 mai 2023, que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de M.Bg ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

7. Si M.Bg conteste cet avis, il se borne à indiquer qu'il est atteint d'une neuropathie des jambes et bénéficie d'un suivi par un neurologue, les documents médicaux produits, et notamment le certificat établi le 26 janvier 2024, qui se borne à faire simplement état d'un risque de complications (majoration des douleurs) en cas d'interruption de son suivi médical, ne permettent pas de remettre en cause le bien-fondé de l'appréciation du préfet.

8. En troisième lieu, M.Bg était célibataire et sans enfants à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, et compte-tenu des conditions dans lesquelles il a séjourné en France depuis son entrée, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale alors même que M.Bg réside en France depuis 2010.

9. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les moyens précédemment exposés seront écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

11. En deuxième lieu, M.Bg n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

12. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, M.Bn n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise en violation des dispositions précitées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. M.Bg n'est pas fondé à exciper, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement de rejet, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M.Bg ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance le versement au conseil de M.Bg d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M.Bg doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M.Bg est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. ABg et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 19 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. TerrasLa greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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