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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306763

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306763

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE VERGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2023, Mme B C, représentée par Me Le Verger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de

trente jours et a déterminé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la procédure est irrégulière faute pour le préfet de produire l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux à ses conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité du refus de séjour entache cette décision d'illégalité ;

- la décision viole l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences de sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 janvier et 25 mars 2024, le préfet

d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

La décision du 29 mai 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été enregistrée le 29 août 2024 pour Mme C.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- et les observations de Me Zaegel, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de nationalité rwandaise, née en 1960, est entrée régulièrement en France le 15 mars 2020 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa C délivré le 11 février 2020. Sa demande d'asile, a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 juin 2023. Elle a déposé le 10 mai 2022 une demande de titre de séjour pour raison de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui a été rejetée par le préfet d'Ille-et-Vilaine par décision du 26 juillet 2023 qui a été assortie d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une autre fixant le pays de destination. Mme C demande l'annulation de l'arrêt du 26 juillet 2023 contenant ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a produit en cours d'instance l'avis rendu le 5 septembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par suite, le moyen tiré de ce qu'à défaut d'une telle production, la décision refusant à Mme C un titre de séjour serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à " l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

4. Pour l'application de ces dispositions, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. Il ressort des pièces du dossier que, dans son avis du 5 septembre 2022, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cet avis précise également qu'au vu des éléments du dossier son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si Mme C produit, d'une part, un certificat médical en date du 10 janvier 2022 émanant de M. A, médecin traitant de l'intéressée, faisant état de ce que " L'état de santé de Madame C B présente en général un caractère de vulnérabilité, elle nécessite un suivi médical régulier " et, d'autre part, un certificat paramédical rédigé par un infirmier de l'établissement public de santé mentale Guillaume Régnier de Rennes mentionnant " un risque d'effondrement de l'humeur dans la perspective [de] retourner [au Rwanda] " et constatant que " l'évolution de son état de santé psychiatrique reste actuellement préoccupant dans ces circonstances ", toutefois, ces constatations sur son état de santé ne permettent pas de considérer que les médecins du collège de l'OFII auraient méconnu les dispositions rappelées au point 3 ou auraient commis une erreur manifeste d'appréciation en ne prenant pas en compte la gravité de son état pour estimer que le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme C soutient que le centre de ses attaches familiales se situe en France, où résident ses deux enfants et ses deux petits enfants qui ont tous la nationalité française, qu'elle est bénévole au sein de la communauté Emmaüs et de l'association Benenova Rennes et qu'afin de faciliter son insertion professionnelle, elle a suivi un stage en informatique de

trente-six heures organisé par la fondation Orange. Néanmoins, il ressort des pièces du dossier que la requérante a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-neuf ans dans son pays d'origine et vivait séparée de ses enfants entrés en France respectivement en 1999 et 2001. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C entretiendrait avec ses deux enfants des liens d'une particulière intensité. Par ailleurs, la preuve d'apprentissage du français ou le stage informatique ou les quelques engagements bénévoles de la requérante, pour louables qu'ils soient, ne sont toutefois, pas suffisants pour justifier d'une insertion personnelle, professionnelle et sociale ancienne et stable sur le territoire. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 2 à 7 que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 5 Mme C n'étant pas fondée à soutenir que la gravité de son état aurait pour conséquence que le défaut de prise en charge médicale pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée ne conteste donc pas utilement la décision attaquée en se prévalant de la violation des dispositions rappelées au point précédent.

11. En dernier lieu, si Mme C se prévaut de ce la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences de sur sa situation personnelle et familiale, il y a lieu d'écarter ce moyen pour les motifs que ceux exposés au point 7.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, contrairement à ce que soutient Mme C cette décision qui fait état de ce que " ses craintes () en cas de retour dans son pays d'origine, le Rwanda, ont été jugées infondées tant par l'OFPRA que par la CNDA ; que; compte tenu de ces éléments et de ceux portés à la connaissance, de l'administration préfectorale, [elle] n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la CESDH en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où elle est légalement admissible " est insuffisamment motivée en fait et en droit.

13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 8 à 11 que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposé.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui invoque la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de justifier de la réalité, de la nature et de la gravité des risques qu'il encourt personnellement dans le pays de renvoi. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Mme C ne produit aucun élément permettant de démontrer comme elle le soutient, l'existence de risques actuels et personnels de mauvais traitements en cas de retour au Rwanda alors que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande d'asile comme il a été dit au point 1. En outre, par décision du 25 mai 2024, intervenue en cours d'instance, l'OFPRA a rejeté le réexamen de la demande d'asile de la requérante. Par ailleurs, l'intéressée ne produit aucun élément nouveau de nature à démontrer qu'elle a fait l'objet de persécutions ou d'atteintes graves ou de menaces directes de telles persécutions ou atteintes au sens des dispositions et stipulations rappelées au point précédent. Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants.

Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'hommes et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet

d'Ille-et-Vilaine.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Le Bonniec, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Le Roux

Le président,

signé

G. Descombes

Le greffier,

signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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