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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306783

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306783

mercredi 20 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306783
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS TESSIER HERVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. A C, représenté par Me Tessier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 l'assignant à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- la nécessité de recourir à un interprète par voie de télécommunication n'est pas établie ;

- l'arrêté attaqué ne mentionne pas les coordonnées de l'interprète ;

- il porte atteinte à son droit au respect de sa vie familiale et personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- les observations de Me Tessier, représentant M. C, qui a repris et développé les éléments exposés dans les écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 juin 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a édicté un arrêté portant obligation de quitter le territoire français avec un délai de trente jours à l'encontre de M. C, ressortissant roumain. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence à l'hôtel " Le Chêne vert " sur le territoire de la commune de La Guerche de Bretagne.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par Mme B, cheffe du bureau de lutte contre l'immigration irrégulière de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, qui avait reçu délégation de signature par arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 9 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".

6. Les conditions de notification d'une décision sont sans influence sur sa légalité. Par suite, alors au surplus qu'il ressort des pièces du dossier que la notification de l'arrêté attaqué a été effectuée par un interprète par téléphone, M. C ne peut utilement soutenir que les coordonnées de cet interprète ne sont pas mentionnées et que la nécessité d'utiliser des moyens de télécommunication pour l'assistance de l'interprète n'est pas établie.

7. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. ".

8. Si M. C fait valoir que sa compagne est au septième mois de sa grossesse et devrait prochainement accoucher, il ressort des pièces du dossier et en particulier du procès-verbal d'audition du 22 juin 2023, qu'il n'est pas autorisé à entrer en contact avec cette dernière en raison de violences conjugales. Le procès-verbal d'audition du 25 novembre 2023 précise, par ailleurs, qu'il a rompu avec sa compagne. M. C ne fait, en outre, état d'aucune adresse stable à Rennes en indiquant qu'il réside chez " la sœur de sa copine ", sans établir qu'il s'agit d'une adresse stable et permanente. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, son assignation à résidence sur le territoire de la commune de La Guerche-de-Bretagne, à une trentaine de kilomètres de Rennes, ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante, le versement au conseil de M. C d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 20 décembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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