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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2306902

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2306902

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2306902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDOUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2023 et 9 février 2024, M. C A, représenté par Me Douard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Douard sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un vice d'incompétence de son auteur;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour d'un an :

- le préfet du Finistère a commis une erreur d'appréciation au regard de l'ancienneté de sa présence sur le territoire, de l'absence de menace à l'ordre public et de l'intensité de ses liens avec le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du président du bureau d'aide juridictionnelle du 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Roux,

- et les observations orales de Me Douard, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui est ressortissant albanais, né en 1989, est entré régulièrement en France le 4 janvier 2019. Après que sa demande d'asile formée a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), M. A a demandé le réexamen de sa demande qui a été déclarée irrecevable par l'OFPRA le 28 février 2020. Le 1er juin 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 24 novembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Finistère a décidé de rejeter sa demande, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an prononcée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur les moyens communs dirigés contre le refus de séjour et l'obligation de quitter le terrritoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté 30 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. François Drapé, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. M. A se prévaut de ce qu'il justifie de vingt-cinq mois d'activité dont 8 sur les douze derniers mois à savoir d'octobre 2020 jusqu'à sa détention le 25 octobre 2021, soit durant 13 mois puis à compter de sa sortie de mai 2022 jusqu'à la notification de la décision litigieuse le 24 novembre 2023 soit durant dix-neuf mois.

6. Toutefois, outre qu'il ressort des pièces du dossier que l'essentiel du séjour de M. A s'est effectué dans des conditions irrégulières alors qu'il n'avait pas déféré à une précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre le 1er octobre 2019, il ressort du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. A qu'il a été condamné le 8 juin 2020 par le tribunal correctionnel de Brest (Finistère) à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour des faits d'arrestation, d'enlèvement, de séquestration ou de détention arbitraire, de menace de crime contre les personnes avec ordre de remplir une condition, de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours commis le 3 juin 2020 à l'encontre de l'ex-conjoint de sa compagne. Contrairement à ce que soutient M. A, ces faits et cette condamnation étaient encore récents à la date de l'arrêté attaqué, et alors même qu'il n'aurait pas été poursuivi pour d'autres faits depuis ceux du 3 juin 2020, eu égard à leur gravité, et nonobstant la circonstance qu'il a bénéficié d'un aménagement de peine, le préfet du Finistère pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions et principes rappelés aux point 3 et 4 a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ni les méconnaître, estimer que le requérant constituait une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le préfet n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. A se prévaut de sa maîtrise de la langue française, de sa présence continue sur le territoire français de près de quatre années, de sa vie en concubinage avec Mme B depuis sa sortie de détention en avril 2022 qui se caractérise par son sérieux et sa stabilité. Toutefois la relation que M. A entretient avec sa compagne a débuté récemment, de plus, il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans dans son pays d'origine, enfin comme il a été dit plus haut son parcours sur le territoire français a été émaillé d'une condamnation pénale en juin 2022 pour des faits graves, aussi, dans ces conditions, alors même que l'intéressé entretient de bonnes relations avec les enfants de sa compagne et ses collègues de travail, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué lui refusant la délivrance de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français porterait atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale et méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il y a lieu d'écarter le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le dernier moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit des points 2 à 8 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé.

Sur l'interdiction de retour d'un an :

10. M. A soutient le préfet du Finistère a commis une erreur d'appréciation au regard de l'ancienneté de sa présence sur le territoire, de l'absence de menace à l'ordre public et de l'intensité de ses liens avec le territoire français pour prendre l'interdiction de retour d'un an litigieuse. Toutefois, il résulte des motifs exposés aux points 6 et 8 que le moyen invoqué doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toute ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 20 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

P. Le Roux

Le président

signé

G. Descombes

La greffière,

signé

L. Garval

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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