lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2307027 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | BON-JULIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 décembre 2023 et le 16 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Bon-Julien, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 6 novembre 2023 par laquelle la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Rennes l'a révoqué à compter du 1er décembre 2023 ;
2°) d'enjoindre à la directrice du centre hospitalier universitaire de Rennes de le réintégrer provisoirement dans ses fonctions dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rennes le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite : il est privé, du fait de la décision litigieuse, de sa rémunération alors qu'il doit faire face à des charges mensuelles fixes d'un montant de 1 385 euros environ, auxquels s'ajoutent les frais d'inscription à l'école de design de sa fille ; une décision de révocation entraîne nécessairement de graves répercussions sociales, financières et morales ; l'intérêt du service ne fait pas obstacle à la suspension demandée dès lors qu'un retour dans les effectifs du centre hospitalier est envisageable, y compris sur un autre poste ou en prenant d'autres mesures que la révocation ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'article 9 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière a été méconnu dès lors que le président de la commission administrative paritaire locale n'a pas mis aux voix l'ensemble des sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée et cette irrégularité procédurale a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise et l'a privé d'une garantie ;
- la composition du conseil de discipline n'était pas régulière au regard des dispositions des articles L. 263-4, L. 264-3 du code général de la fonction publique et des articles 8, 10, 46 et 66 du décret n°2003-655 du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière ;
* la présidence de la séance a été assurée par un représentant de l'administration alors même que la directrice des ressources humaines adjointe, qui devait assurer cette présidence était présente et non empêchée et qu'un membre du conseil de surveillance, plus expérimenté, était également présent et non empêché, ce qui l'a privé d'une garantie ;
* il incombe également au centre hospitalier universitaire de Rennes de justifier de la composition régulière de la commission administrative paritaire en produisant la délibération désignant les membres titulaires et suppléants représentant l'administration, ainsi que la décision arrêtant la composition finale, représentants du personnel titulaires et suppléants inclus ;
* à la suite de la récusation d'un membre représentant du personnel par l'administration, un membre représentant de l'administration s'est retiré de la séance sans qu'aucun de ces deux membres de la commission ne soit remplacé par leurs suppléants ;
- son droit fondamental constitutionnellement garanti à garder le silence et à ne pas s'auto-incriminer ne lui a pas été notifié en amont des entretiens qu'il a eus avec l'administration les 19 et 21 juin 2023 pour s'expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, ni le 21 septembre 2023 en amont des débats devant le conseil de discipline ;
- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas constitutifs de fautes disciplinaires mais relèvent de l'insuffisance professionnelle : le 13 juin 2023, il n'a pas adopté une conduite inadaptée et n'a pas mis en danger autrui ; le 17 juin 2023, il n'a pas pu répondre pendant treize minutes au service de dispatching car il était en train de conduire pour la réalisation des courses déjà programmées ; l'absence de ventilation des prélèvements, le 28 juin 2023, entre le service de biochimie et le service de microbiologie ne peut lui être reprochée dès lors que cette ventilation ne relève pas de sa compétence mais de celle des personnels de laboratoire ; la non-réalisation de deux courses le samedi 17 juin 2023 est due au fait, pour la première, au retard pris sur le début de sa tournée, pour la seconde, au fait qu'elle n'était pas programmée et qu'il n'a pas été appelé par le dispatching ; la troisième course qu'il lui est reproché de n'avoir pas faite le 17 juin 2023 a été en réalité effectuée ; il n'a pas pu s'expliquer sur le fait relatif au véhicule endommagé lors de son service le 28 juillet 2023 et il n'est pas établi que les dommages qui lui sont imputés surviennent à une fréquence supérieure à ceux imputés à ses collègues ; les faits de défaut d'émargement relève de l'incompétence professionnelle et non de fautes disciplinaires ; il présente les capacités de répondre aux exigences attendues d'un autre poste au sein du centre hospitalier universitaire ;
- la sanction est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2024, le centre hospitalier universitaire de Rennes, représentée par la Selarl Minier Maugendre et associées, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- l'urgence n'est pas caractérisée : la décision contestée ne met pas en péril les ressources du foyer de M. B dès lors d'une part qu'il bénéficie de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pendant presque deux ans et perçoit mensuellement une somme qui lui permet de faire face à ses charges fixes, d'autre part que sa compagne prend en charge une partie des dépenses du foyer, enfin qu'il dispose d'autres sources de revenus en tant qu'auteur et illustrateur pour la littérature jeunesse ; il existe une urgence à exécuter la sanction disciplinaire dans l'intérêt du service et de la nécessité de préserver la sécurité et la santé des patients ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- l'article 46 du décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière ne permet pas de désigner un représentant du personnel comme président de séance et en l'espèce, si effectivement un représentant de l'administration membre du conseil de surveillance aurait pu être désigné comme président de séance, ce vice n'a privé M. B d'aucune garantie et n'a pas été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision ;
- ni les dispositions régissant les commissions administratives paritaires (CAP), ni aucune autre règle, ni enfin aucun principe ne subordonnent la régularité des délibérations des CAP à la présence en nombre égal de représentants de l'administration et de représentants du personnel et, en l'espèce, il est allé au-delà des dispositions légales et réglementaires afin de s'assurer de l'impartialité des débats et si l'article 66 du décret°2003-655 du 18 juillet 2003 précise que lorsqu'un membre de la CAP quitte la séance, il peut être remplacé de plein droit par son suppléant, ces dispositions ne s'appliquent pas lors d'une récusation ;
- l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 juillet 1789, duquel découle le droit de se taire, a seulement vocation à s'appliquer dans le cadre d'une procédure pénale et le moyen est inopérant ;
- la matérialité des faits reprochés à M. B est établie : le 13 juin 2023, le requérant a adopté une conduite dangereuse obligeant un piéton à faire un écart et d'ailleurs M. B a été responsable de nombreux accidents ; le 17 juin 2023, le requérant n'a pas émargé sur les registres à plusieurs reprises lors de ses courses, a été injoignable et son refus de respecter la fiche de poste, les directives de son encadrement et les procédures mises en place ont entrainé un retard d'administration d'un traitement pour un patient en protocole et un coût financier pour l'établissement qui a été contraint de relancer la fabrication d'un médicament ; M. B, qui doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, ne démontre pas que la consigne imposant aux coursiers de ventiler les prélèvements afin de les répartir dans le service de biochimie ou de microchimie est illégale et compromet gravement l'intérêt public ; M. B n'a pas réalisé plusieurs courses programmées et non programmées et la fluctuation dans ses justifications révèle non pas des difficultés à exercer les missions de coursiers mais bien une attitude d'opposition et de défiance envers l'encadrement et des négligences fautives ; le requérant a également dissimulé la dégradation d'un véhicule ; l'abstention récurrente de M. B à signer les registres, qui lui a valu déjà des remarques, caractérise soit un refus intentionnel de l'agent qui ne supporte pas que son activité soit tracée, soit une négligence fautive aggravée par l'absence de prise en considération systématique des règles internes d'organisation ;
- les faits reprochés à M. B constituent des fautes disciplinaires en ce qu'ils caractérisent une mise en danger d'autrui en adoptant une conduite inadaptée et une atteinte à l'image du CHU, des refus répétés d'obéissance et d'exécuter les tâches confiées, un manquement au devoir de loyauté et une rupture du lien de confiance avec l'employeur, une manière de servir dégradée ;
- la sanction est proportionnée : M. B a déjà été sanctionné à trois reprises pour des faits similaires, manifeste une volonté délibérée de ne pas respecter les instructions de sa hiérarchie en dépit de plusieurs rappels à l'ordre et ses manquements particulièrement graves, ont une incidence sur la prise en charge des patients et le bon fonctionnement des services.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond n° 2307026.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 2003-655 du 18 juillet 2003 relatif aux commissions administratives paritaires locales et départementales de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 janvier 2024 :
- le rapport de Mme Plumerault, juge des référés,
- les observations de Me Semino, substituant Me Bon-Julien, représentant M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, soutient que l'urgence est caractérisée dès lors que la décision relative à l'allocation d'aide au retour à l'emploi n'a pas encore été notifiée à M. B et qu'en tout état de cause, le montant annoncé par le centre hospitalier ne permet pas de couvrir les charges fixes auxquels le requérant doit faire face, lequel ne tire aucun revenu de ses activités artistiques, souligne que la compagne de M. B a des revenus faibles et que l'intérêt du service ne s'oppose pas à la suspension de l'exécution de la décision dès lors que le centre hospitalier peut lui proposer un autre poste, insiste sur l'irrégularité de la composition de la commission administrative paritaire locale notamment au regard de sa présidence, sur le fait que le droit au silence s'applique en matière disciplinaire ainsi qu'il résulte d'une décision du conseil constitutionnel du 8 décembre 2023, sur le fait que seules deux sanctions dans l'échelle des sanctions ont été soumises au vote lors du conseil de discipline sans recueillir de majorité, souligne, en reprenant les faits reprochés à M. B, que les reproches qui sont formulés à son encontre relèvent davantage de l'insuffisance professionnelle, que le centre hospitalier a attendu une accumulation de difficultés pour le sanctionner, ce qui est contraire à la loyauté, que la sanction est disproportionnée ;
- les observations de Me Neven, représentant le centre hospitalier universitaire de Rennes, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, souligne que les revenus perçus par le foyer de M. B, eu égard au montant de l'allocation d'aide au retour à l'emploi et aux revenus de sa compagne, va lui permettre de faire face à ses charges, insiste sur le fait que la circonstance que la présidence de la commission administrative paritaire locale n'ait pas été assurée conformément aux textes applicables n'a pas privé M. B d'une garantie, fait valoir que toutes les sanctions sur l'échelle des sanctions ont été évoquées lors de la séance de la commission administrative paritaire locale et que les votes pour chaque sanction n'ont pas à figurer dans le procès-verbal, que la décision du conseil constitutionnel du 8 décembre 2023 ne permet pas d'extrapoler le fait que le droit au silence serait applicable en dehors d'une procédure pénale, expose, s'agissant de la légalité interne de la décision en litige, que depuis 2016, M. B refuse systématiquement de se conformer aux consignes de sa hiérarchie, qu'il a déjà fait l'objet de plusieurs sanctions, reprend les faits reprochés à M. B et fait valoir qu'une manière de servir médiocre peut caractériser une faute, souligne que les missions de M. B sont importantes et que sa manière de servir peut avoir des conséquences graves pour les patients, fait enfin valoir qu'il n'existe aucun poste au sein du centre hospitalier que M. B serait apte à exercer ;
- et les explications de M. B ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté le 3 janvier 1992 par le centre hospitalier universitaire de Rennes en tant qu'agent de service intérieur. Il a été titularisé le 1er novembre 1994 en qualité d'ouvrier principal et occupe le poste de coursier intersites à temps plein depuis le 1er février 1997. Le 28 mai 2021, il a fait l'objet d'un blâme pour des manquements tenant à l'oubli d'un passage au drive Covid le 18 août 2020, un défaut d'émargement à la réception centrale des laboratoires du dépôt de prélèvements le 13 novembre 2020 et au non-respect du protocole de délivrance des colis contenant des produits sanguins labiles le 2 février 2021. Le 8 octobre 2021, une sanction d'exclusion de fonctions de trois jours lui a été infligée pour ne pas avoir signé le registre permettant de tracer son passage les 10 et 11 juin 2021. À la suite de plusieurs incidents intervenus les 13, 17, 28 juin et le 28 juillet 2023 dans l'exercice de ses fonctions, une nouvelle procédure disciplinaire a été engagée à son encontre. Par une décision du 6 novembre 2023, et après un avis du conseil de discipline du 21 septembre 2023, la directrice générale du centre hospitalier universitaire de Rennes l'a révoqué à compter du 1er décembre 2023. M. B a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".
3. Aux termes de l'article 9 du décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière: " Le conseil de discipline, compte tenu des observations écrites et des déclarations orales produites devant lui, ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. / À cette fin, le président du conseil de discipline met aux voix la proposition de sanction la plus sévère parmi celles qui ont été exprimées lors du délibéré. Si cette proposition ne recueille pas l'accord de la majorité des membres présents, le président met aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires en commençant par la plus sévère après la sanction proposée jusqu'à ce que l'une d'elles recueille un tel accord. / Si aucune proposition de sanction n'est adoptée, le président propose qu'aucune sanction ne soit prononcée. / La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents est transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer les membres du conseil des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition. / Si aucune des propositions soumises au conseil de discipline n'obtient l'accord de la majorité des membres présents, son président en informe l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Si cette autorité prononce une sanction, elle doit informer le conseil des motifs qui l'ont conduite à prononcer celle-ci ".
4. Il ressort du procès-verbal de la commission administrative paritaire locale réunie en conseil de discipline le 21 septembre 2023 pour examiner la situation de M. B ainsi que d'une attestation d'un des membres que le président de ce conseil a mis aux voix deux sanctions seulement, en premier lieu la révocation, sanction du quatrième groupe et la plus sévère dans l'échelle des sanctions, puis, en second lieu, l'exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de seize jours à deux ans, sanction du troisième groupe dans l'échelle des sanctions. En l'absence d'une majorité sur l'une de ces sanctions, chacune d'elle ayant recueilli trois voix pour et trois voix contre, le conseil de discipline a proposé un accompagnement pour une mobilité. Par suite, l'avis émis par le conseil de discipline ayant été adopté sans que le président mette aux voix les autres sanctions figurant dans l'échelle des sanctions disciplinaires, privant ainsi M. B d'une garantie et cette irrégularité étant de nature à exercer une influence sur le sens de la décision prise à al suite de cet avis, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 9 du décret du 7 novembre 1989 est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
5. Toutefois, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
6. Pour justifier la situation d'urgence dont il se prévaut, M. B soutient que la décision attaquée a pour effet de le priver de sa rémunération alors qu'il doit faire face à des charges mensuelles fixes de l'ordre de 1 400 euros. Si l'exécution de la décision en litige porte atteinte à la situation financière et matérielle de l'intéressé, il résulte de l'instruction que ce dernier bénéficie de l'allocation d'aide au retour à l'emploi à compter du 12 décembre 2023 pour une durée de 685 jours à hauteur de 43,46 euros brut par jour et que sa compagne perçoit également un revenu net d'environ 750 euros mensuels, leur permettant ainsi de subvenir à leurs besoins. Par ailleurs, le centre hospitalier universitaire de Rennes fait valoir que le refus réitéré de M. B d'obéir aux consignes de sa hiérarchie, son manque de rigueur quant à la signature des registres permettant de garantir la traçabilité des passages ou son absence de respect des différentes séquences de la journée désorganisent le service, ce qui est de nature à entraîner des conséquences importantes sur le parcours de soins des patients. La matérialité des faits qui lui sont reprochés, leur persistante et leur réitération ne sont pas contestés par M. B. Ainsi un retour du requérant au sein de l'établissement où il était affecté, et alors que celui-ci indique qu'il est dans l'impossibilité de l'affecter à d'autres fonctions, serait de nature à perturber le bon fonctionnement du service. Il résulte de ce qui précède qu'en dépit de la portée de la décision en litige, la condition d'urgence qui s'apprécie objectivement, n'est, en l'espèce, pas caractérisée.
7. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance, qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction de l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, dès lors, être rejetées.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Rennes tendant à l'application de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Rennes présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Rennes.
Fait à Rennes, le 22 janvier 2024
Le juge des référés,
signé
F. Plumerault La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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