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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400141

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400141

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées respectivement les 11, 31 janvier et 5 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de renouvellement du titre de séjour :

- il ne résulte pas des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a effectivement rendu un avis qui daterait du 21 octobre 2022 ;

- l'avis du collège des médecins litigieux ne mentionne pas le nom du médecin qui a établi le rapport médical au vu duquel il a été émis, en ce sens que le médecin rapporteur a pu faire partie du collège des médecins qui a rendu l'avis ;

- la décision litigieuse a été rendue plus d'un an après l'avis prétendument rendu, et les rendez-vous médicaux fixés à l'exposante, en raison de son état de santé à la date

de la décision litigieuse, laissent augurer une évolution du traitement si ce n'est une récidive de cancer ;

- contrairement à ce qu'ont cru devoir considérer les médecins du collège de l'OFII, le traitement dont le défaut est de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité n'est pas effectivement disponible dans son pays de nationalité ;

- le préfet n'a pas respecté les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration pour lui permettre de compléter son dossier, et par suite, l'a privée de la garantie d'un examen préalable et particulier complet de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision attaquée souffre d'un défaut d'examen ;

- la décision a été prise en violation de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il appartenait dès lors au préfet de mettre en œuvre la procédure prévue aux articles R. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; faute pour lui de l'avoir fait, il a entaché sa décision d'un vice d'instruction dès lors que la décision litigieuse a été rendue plus d'un an après l'avis précédemment rendu par l'OFII ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- pour fixer le délai de départ volontaire dont est assortie l'obligation qui a été faite à la requérante de quitter le territoire français, le préfet s'est borné, après avoir visé l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à indiquer, dans le dispositif de l'arrêté litigieux, qu'elle était obligée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision, sans motiver le choix d'un tel délai ; il a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence, et par suite, entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'effondrement du système sanitaire géorgien, spécialement depuis l'arrivée aux affaires du parti pro-russe " Rêve géorgien ", l'empêchera d'accéder au traitement que requiert son état, de sorte que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Dollé, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est une ressortissante géorgienne née en 1982. Entrée en France le 19 février 2021, en compagnie de son époux, M. C, ressortissant géorgien, et de leur fille mineure, née en 2017, elle a sollicité l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 mai 2021. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 novembre 2021. L'intéressée a alors demandé un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Ce titre lui a été délivré. Mme B en a demandé le renouvellement. Le 10 novembre 2023, le préfet des Côtes-d'Armor a rejeté cette demande et a assorti son refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et d'une décision fixant le pays de renvoi. Mme B en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le non-renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, le préfet a produit à l'instance une copie de l'avis émis le 21 octobre 2022 par le collège des médecins de l'OFII. Ce document mentionne le nom du médecin qui a établi le rapport au vu duquel ce collège a émis son avis et révèle que ce praticien n'a pas siégé au sein de ce collège. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de prendre sa décision dans un délai déterminé après l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ".

4. Si la requérante se prévaut de ce que le préfet a pris sa décision en violation des dispositions précitées, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la procédure de dépôt, d'instruction et de délivrance des différents titres autorisant les étrangers à séjourner en France, constituent des dispositions spéciales régissant le traitement par l'administration des demandes de titres de séjour. Dans ces conditions, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la procédure prévue à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui n'est pas applicable à sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ". De plus, aux termes de l'article R. 425-11 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".

7. Ainsi, la partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. Pour refuser le renouvellement à la requérante de son titre de séjour étranger malade, le préfet a estimé que celle-ci pouvait bénéficier effectivement du traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Le préfet se prévaut à cet égard de l'avis de l'OFII du 21 octobre 2022.

9. Si Mme B soutient le contraire, aucun des documents qu'elle produit, notamment d'ordre médical, n'a cette portée.

10. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante, entrée récemment en France, dont l'époux fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire national, une atteinte disproportionnée.

11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'ait pas, eu égard notamment à l'âge de l'enfant de la requérante, accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de cet enfant en prenant la décision attaquée.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant peuvent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 13.

15. En second lieu, le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'un vice d'instruction dès lors que la décision attaquée est intervenue plus d'un an après l'avis émis par l'OFII doit être écarté en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires imposant que le préfet ne prenne sa décision dans un délai déterminé après un tel avis.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

16. Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence en lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours dès lors que ce délai est le plus favorable qui peut lui être accordé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, contrairement à ce que la requérante soutient, la décision attaquée satisfait aux exigences de motivation.

18. En second lieu, comme indiqué précédemment, la requérante ne produit aucun document établissant qu'elle ne pourrait pas bénéficier en Géorgie d'un traitement approprié à son état de santé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

21. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Côtes-d'Armor.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière d'audience,

signé

I. Loury

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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