lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400153 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 11 janvier 2024, sous le n° 2400153, Mme D B, épouse C, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui accorder un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Le Strat, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas établi qu'elle a été mise à même de présenter utilement des observations préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire en méconnaissance du principe du contradictoire protégé par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- en exigeant qu'elle établisse ne plus avoir de liens familiaux dans son pays d'origine, le préfet a fait peser sur elle une preuve impossible et commis une erreur de droit ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- cette décision méconnaît les articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour pour une durée d'un an doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'assignation à résidence méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que la fréquence de l'obligation de pointage présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
II - Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, sous le n° 2400177, M. E C, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui accorder un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de lui enjoindre de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Me Le Strat, au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi qu'il a été mis à même de présenter utilement des observations préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire en méconnaissance du principe du contradictoire protégé par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- en exigeant qu'il établisse ne plus avoir de liens familiaux dans son pays d'origine, le préfet a fait peser sur lui une preuve impossible et commis une erreur de droit ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- cette décision méconnaît les articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour pour une durée de deux ans doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision d'assignation à résidence méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- les modalités de l'assignation à résidence sont entachées d'une erreur d'appréciation dès lors que la fréquence de l'obligation de pointage présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Tourre,
- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. et Mme C, absents ;
- et les observations de M. A, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants géorgiens respectivement nés en 1986 et en 1987, déclarent être entrés en France en avril 2017, avec leurs premiers enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par décisions des 24 février 2022 et 2 janvier 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le recours formé contre cette décision par Mme C a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 juin 2018. Par arrêtés des 3 août 2018, 9 juillet 2020 et 17 juin 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a obligé Mme C à quitter le territoire français. Par arrêté du 30 janvier 2020, le préfet d'Ille-et-Vilaine a rejeté la demande de titre de séjour pour raisons de santé de M. C et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 17 juillet 2022, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour d'un an. Le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par des arrêtés des 9 et 10 janvier 2024, décidé d'obliger M. et Mme C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, leur a interdit de retourner sur le territoire français et les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Les requérants demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes de M. et Mme C sont dirigées contre des arrêtés pris à l'égard des membres d'un même couple et elles présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. M. et Mme C justifiant avoir introduit des demandes devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que ces articles s'adressent non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il découle toutefois de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. D'une part, il ressort du procès-verbal des services de gendarmerie du 10 janvier 2024, qui a précédé l'édiction de la mesure d'éloignement du 10 janvier 2024, que M. C a été entendu au sujet de la circonstance qu'il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement ainsi que sur sa situation familiale et médicale. D'autre part, il ressort du procès-verbal d'audition produit que Mme C a été entendue, le 9 janvier 2024, par les services de la police des frontières sur la mesure envisagée à son encontre. M. et Mme C ont ainsi été à même de faire valoir leurs observations. Les requérants ne font valoir aucun élément précis qu'ils n'auraient pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises les décisions attaquées et qui aurait été susceptible d'en affecter le contenu. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de leur droit à être entendus doivent être écartés comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Les requérants se prévalent de leur présence en France depuis sept ans, de celle du frère de M. C, en cours de régularisation par le travail, de leur volonté d'intégration, de la scolarisation de leurs enfants sur le territoire depuis plusieurs années et de la circonstance que leurs jumeaux souffrent d'asthme et sont vulnérables. Il ressort toutefois de l'audition de M. C que celui-ci a déclaré ne pas avoir de famille en France. Par ailleurs, aucune pièce n'est versée aux dossiers s'agissant de l'état de santé et de la vulnérabilité allégués des jumeaux. En outre, la durée de présence en France des requérants, à supposer qu'elle soit ininterrompue, s'explique, d'une part, par l'examen de leurs demandes d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, d'autre part, par le délai d'instruction du dossier de M. C par le préfet d'Ille-et-Vilaine et, enfin, par le non-respect de plusieurs mesures d'éloignement prises à leur encontre. De surcroît, faisant l'un et l'autre l'objet d'une mesure d'éloignement, M. et Mme C n'établissent pas être dans l'impossibilité de poursuivre leur vie privée et familiale avec leurs enfants en dehors du territoire français ni que ces derniers ne pourraient poursuivre une scolarité normale en Géorgie. Enfin, les intéressés ne démontrent pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France et ne produisent aucun élément de nature à établir qu'ils sont dépourvus de toute attache familiale ou personnelle en Géorgie. Si M. et Mme C soutiennent qu'en affirmant qu'ils ne démontraient pas être " dépourvu[s] de liens familiaux dans [leur] pays d'origine ", le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait peser sur eux une preuve impossible, commettant ainsi une erreur de droit, ils ne démontrent pas que les obligations de quitter le territoire français prises à leur encontre ont porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de droit doivent être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. Il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'en obligeant M. et Mme C à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de leurs enfants, âgés à la date des arrêtés attaqués de 3, 4, 8 et 19 ans. En outre, les décisions contestées n'ont pas, en elles-mêmes, pour effet de séparer les enfants mineurs de leurs parents. Par ailleurs, si certains des enfants des requérants sont scolarisés en France et parlent le français, il n'est pas établi que toute scolarité serait impossible en cas de retour en Géorgie. Il suit de là que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du préfet d'Ille-et-Vilaine portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne les décisions refusant à M. et Mme C un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
12. En premier lieu, M. et Mme C n'établissant pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont illégales, ils ne peuvent valablement invoquer leur illégalité à l'appui de leurs conclusions en annulation des décisions leur refusant un délai de départ volontaire.
13. En second lieu, il ressort des pièces des dossiers, ainsi qu'ils l'ont indiqué lors des auditions des 9 et 10 janvier 2024, que M. et Mme C ont expressément déclaré ne pas vouloir quitter la France. Par suite, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il existait un risque qu'ils se soustraient aux décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre et, pour ce seul motif, leur refuser un délai de départ volontaire. La seule remise de documents d'identité n'est pas de nature à écarter le risque de soustraction dès lors que le critère du 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est rempli. Les moyens invoqués doivent donc être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du préfet d'Ille-et-Vilaine leur refusant un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, faute, pour les requérants, d'avoir démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, les moyens tirés de cette illégalité, invoquée, par voie d'exception, à l'appui de leur contestation des décisions fixant le pays de renvoi, doivent être écartés.
16. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumaines ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui invoque la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de justifier de la réalité, de la nature et de la gravité des risques qu'il encourt personnellement dans le pays de renvoi.
17. Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.
18. M. et Mme C soutiennent que les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé la Géorgie comme pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office sont contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la famille a été menacée et expulsée de son terrain par un homme politique local qui souhaitait construire un hôtel en face de leur propriété, qu'ils ont été menacés par cette personne qui agissait de connivence avec des forces de l'ordre corrompues et des criminels et que, s'ils étaient amenés à retourner dans leur pays d'origine, ils risqueraient d'être soumis à des mauvais traitements. Cependant, ils n'apportent, au soutien de ces allégations, aucune précision sur la nature des risques auxquels ils seraient exposés, ni aucun élément probant permettant de tenir pour établi qu'ils seraient l'objet de menaces. Dans ces conditions, alors au demeurant que l'OFPRA a jugé que leurs craintes étaient infondées, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent être qu'écartés.
19. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du préfet d'Ille-et-Vilaine fixant leur pays de renvoi.
En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :
20. M. et Mme C n'établissant pas que les décisions portant obligation de quitter le territoire sont illégales, ils ne peuvent valablement invoquer leur illégalité à l'appui de leurs conclusions en annulation des décisions leur interdisant le retour sur le territoire français.
21. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du préfet d'Ille-et-Vilaine portant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne les assignations à résidence :
22. En premier lieu, faute, pour les requérants, d'avoir démontré l'illégalité des décisions les obligeant à quitter le territoire français, les moyens tirés de cette illégalité, invoquée, par voie d'exception, à l'appui de leur contestation des décisions les assignant à résidence, doivent être écartés.
23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ".
24. Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
25. M. et Mme C ne font état d'aucune circonstance qui aurait dû conduire le préfet à estimer que l'exécution des obligations de quitter le territoire ne demeurait pas une perspective raisonnable. Ils ne peuvent, par ailleurs, faire valablement état d'impératifs familiaux, dès lors qu'ils sont tenus de quitter le territoire français sans délai. Par suite, les moyens tirés de ce que les mesures d'assignation à résidence seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaissent l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
26. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Aux termes de l'article L. 733-4 du même code : " L'autorité administrative peut prescrire à l'étranger assigné à résidence la remise de son passeport ou de tout document justificatif de son identité, dans les conditions prévues à l'article L. 814-1 ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
27. Par ailleurs, si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, elles doivent être, dans leur principe comme dans leurs modalités, adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.
28. Par les arrêtés attaqués, le préfet d'Ille-et-Vilaine a contraint M. et Mme C à se présenter les mardis et jeudis non fériés et chômés à 17 heures à la direction zonale de la police aux frontières à Saint-Jacques-de-la-Lande et leur a interdit de quitter la commune de Rennes sauf pour satisfaire leurs obligations de pointage, pour consulter un avocat et pour se rendre à toute convocation de justice ou des services de police.
29. M. et Mme C soutiennent que ces modalités d'assignation à résidence sont disproportionnées au regard de leur situation personnelle, alors qu'ils s'occupent quotidiennement de leurs cinq enfants scolarisés dès lors que l'heure de présentation, qui correspond aux sorties d'école, est incompatible avec leurs obligations de parents. Cependant, les obligations de pointage n'imposent qu'une présentation deux fois par semaine et il n'est pas établi qu'aucune garderie du soir ne permettrait la prise en charge des enfants scolarisés de M. et Mme C pendant que leurs parents réalisent les trajets pour exécuter leur obligation de pointage ou que leur fils aîné, âgé de 19 ans, ne pourrait s'en charger. Dans ces conditions, eu égard à leur durée et aux obligations imposées à M. et Mme C, les arrêtés préfectoraux les assignant à résidence, qui constituent une mesure alternative au placement en rétention, ne peuvent être regardés comme disproportionnés par rapport au but poursuivi au regard de leur situation personnelle et familiale. Les requérants ne sont pas davantage fondés à soutenir que ces décisions seraient entachées d'une erreur d'appréciation.
30. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet d'Ille-et-Vilaine portant assignation à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
31. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
32. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante, les sommes que M. et Mme C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des requêtes de M. et Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C, à M. E C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.
La magistrate désignée,
signé
L. Tourre La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400153, 2400177
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026