mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400163 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DAHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, M. F B, représenté par Me Dahi, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 23 novembre 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour constituant un refus de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
M. E B n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 28 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Berre ;
- et les observations de Me Dahi, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant comorien, est entré en France en 2015 selon ses déclarations. Le 4 novembre 2020, il s'est marié avec l'une de ses compatriotes, Mme D C. Par suite, le requérant a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 23 novembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. E B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
3. En l'espèce, ainsi que le précise le préfet dans son mémoire en défense, M. E B justifie être arrivé en France en 2015. Le 4 novembre 2020, l'intéressé a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec Mme D C, l'une de ses compatriotes, puéricultrice, mère de quatre enfants scolarisés en France et titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2031. Plusieurs documents, produits à l'instance, attestent de la présence de M. E B en France, de sa relation avec Mme D C et de sa participation à l'éducation et à l'entretien de ses beaux-enfants : avis d'impôt sur le revenu et de taxe d'habitation, facture EDF, carte d'aide médicale d'État ou encore carte de transport en commun et attestations des directrices des écoles Jacques Prévert et Saint-Armel. L'ensemble de ces éléments indique que M. E B entretient une relation ancienne et stable avec Mme D C qui est en situation régulière sur le territoire français grâce à sa carte de résident valable jusqu'en 2031. En outre, M. A maîtrise la langue française et dispose d'une promesse d'embauche, datée du 10 septembre 2023, en tant qu'ouvrier qualifié en maçonnerie, spécifiquement en placo plâtre, dans le bâtiment qui est un secteur en tension. Eu égard à ces éléments, il apparaît que le préfet d'Ille-et-Vilaine a, en refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. E B, porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 23 novembre 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le motif d'annulation retenu par le présent jugement implique nécessairement que la demande de titre de séjour de M. E B fasse l'objet, ainsi qu'il le demande, d'un réexamen. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement - sans que celle-ci ne puisse toutefois être assortie d'une autorisation de travail au regard des dispositions de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'État, partie perdante, le versement à M. E B d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 23 novembre 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. E B une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à M. E B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Tronel, président,
M. Terras, premier conseiller,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A. Le Berre
Le président,
Signé
N. Tronel
La greffière,
Signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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