jeudi 15 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400197 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LE BOURHIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2024, Mme D A, représentée par Me Le Bourhis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'en suspendre l'exécution dans l'attente du jugement de la Cour nationale du droit d'asile ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C, magistrat honoraire, pour exercer ses fonctions en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Vaillant substituant Me Le Bourhis, représentant Mme A, présente et assistée d'une interprète, qui reprend ses écritures et indique se désister de la demande de suspension de l'exécution de la décision ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté :
2. Mme A, de nationalité kosovare, venant d'un pays d'origine sûr ainsi qu'il résulte de la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides adoptée le 9 octobre 2015 dans les conditions prévues par l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dont la légalité a été validée par le Conseil d'État, est entrée irrégulièrement en France en août 2022 selon sa déclaration et a demandé l'asile. Par décision du 19 septembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Constatant que la demande d'asile de l'intéressée avait été rejetée, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, et qu'elle n'était pas titulaire d'un titre de séjour, le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait légalement prendre, par décision du 20 décembre 2023 et sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de Mme A.
3. L'arrêté vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-1, et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressée, notamment les circonstances que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qu'elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, et qu'elle ne dispose pas d'un premier titre de séjour. Le préfet indique également que l'intéressée n'établit pas encourir de risque personnel en cas de retour dans son pays d'origine, qu'elle ne fait état d'aucune circonstance justifiant l'octroi d'un délai supérieur à trente jours. L'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sans avoir à mentionner, à peine d'illégalité externe, la présence de la sœur de l'intéressée. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation et de l'erreur de fait doit donc être écarté.
4. Par ailleurs, si le préfet ne mentionne pas, par erreur, le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle devant la Cour nationale du droit d'asile, cette circonstance qui n'est pas au nombre des motifs justifiant la décision et qui reste sans influence sur l'arrêté, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation et le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut être invoqué utilement à l'encontre de l'arrêté attaqué.
5. Par ailleurs, si le préfet vise les articles L. 612-8, L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'ancienneté du séjour de l'intéressée, il n'indique ni la nature de ses liens avec la France ni, le cas échéant, les précédentes mesures d'éloignement dont elle a fait l'objet. La décision fixant l'interdiction ne comporte donc pas l'ensemble des motifs de fait la justifiant. Mme A est ainsi fondée à soutenir que l'arrêté en tant qu'il fixe la durée de l'interdiction de retour est insuffisamment motivé.
6. Une telle motivation et l'ensemble des considérants de l'obligation de quitter le territoire français permettent de vérifier que le préfet, qui a notamment pris en compte la situation de l'intéressée au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme A, même s'il n'a pas mentionné la présence en France de la sœur de l'intéressée.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée très récemment en France. Elle est célibataire et n'établit pas l'ancienneté et l'intensité des relations qu'elle indique avoir avec sa sœur alors qu'elles étaient précédemment l'une en France et l'autre au Kosovo ou en Finlande. Elle ne fait valoir aucune autre attache en France et n'établit pas ne plus en avoir dans son pays d'origine où réside sa famille et où elle a toujours résidé. Dans ces conditions, même si elle indique faire des efforts d'intégration, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors que Mme A n'établit pas ne pas pouvoir trouver du réconfort auprès de sa famille au Kosovo, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
10. Mme A soutient que le viol qu'elle a subi fait obstacle à son retour dans son pays d'origine. Toutefois, si les sévices qu'elle a subis ont paru établis aux instances de l'asile, elle n'apporte, pas plus que devant la Cour nationale du droit d'asile, qui a au demeurant relevé le caractère peu concret de ses déclarations sur ses craintes actuelles alors qu'elle n'a plus de contact avec son ancien fiancé, d'éléments pertinents de nature à établir tant les craintes qu'elle encourrait personnellement et actuellement en cas de retour au Kosovo et qui auraient entraîné son départ de ce pays, que l'impossibilité d'obtenir la protection des autorités de son pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Enfin, il ressort de la lecture même de la décision que le préfet a procédé à l'examen des déclarations de l'intéressée sur ce point et n'a donc pas méconnu son obligation procédurale d'examen de ces risques.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de l'interdiction de retour, que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour contenue dans l'arrêté du 20 décembre 2023.
Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué :
13. Il ressort des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté par une ordonnance du 27 décembre 2023 le recours de Mme A. Il n'y a plus lieu dès lors de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme A à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
15. Mme A a été admise de façon provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Le Bourhis, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Bourhis de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision du 20 décembre 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine faisant interdiction de retour à Mme A est annulée.
Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de la décision.
Article 4 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : L'État versera à Me Le Bourhis la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cette avocate à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Le Bourhis et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
O. CLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026