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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400375

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400375

mercredi 17 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400375
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2023 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Le Strat d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas motivées ; elles sont irrégulières dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporte pas l'ensemble des informations exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; les trois signataires de cet avis ne sont pas identifiés ; l'arrêté litigieux, qui vise l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'un défaut d'examen ; le préfet s'est estimé lié par l'avis du collège médical de l'OFII en sorte que la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence négative ; ces décisions violent l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ainsi que l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, le principe de bonne administration et le droit à un procès équitable dès lors que le raisonnement mené par le collège médical de l'OFII ne peut pas être contrôlé ; elles méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 611-3 du même code dès lors que les traitements dont il dispose en France ne sont pas accessibles en Géorgie ; il entend demander auprès de l'OFII son dossier médical ;

- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité des autres décisions attaquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que, eu égard à la date à laquelle a été notifiée, par courrier simple, la décision d'aide juridictionnelle, la requête est tardive et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Jouno et les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. B, ont été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à l'annulation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

1. En premier lieu, la décision portant refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

2. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que l'avis rendu par le collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne comporterait pas les mentions prévues à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 manque en fait.

3. En troisième lieu, il ressort, en tout état de cause, des pièces du dossier que l'avis émis par le collège médical précité a été signé par des personnes y étant habilitées, dont l'identité et la qualité sont clairement précisées.

4. En quatrième lieu, le principe de bonne administration consacré à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui ne s'impose qu'aux institutions, organes et organismes de l'Union, ne peut utilement être invoqué à l'appui d'un recours en annulation dirigé contre le refus de délivrance d'un titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français. Il en va de même du moyen tiré de la violation du droit à un procès équitable. Le moyen tiré de ce que des dispositions législatives seraient contraires à l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ne peut qu'être écarté dès lors qu'il est invoqué hors le cadre d'une question prioritaire de constitutionnalité.

5. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté compte tenu des conditions dans lesquelles le refus de séjour litigieux a été adopté, à la suite de la demande du requérant et après examen de son cas par le collège médical de l'OFII.

6. En sixième lieu, le préfet, qui a expressément pris position sur l'état de santé du requérant et la disponibilité des soins dans le pays d'origine, ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège médical précité. La décision de refus de séjour ne saurait ainsi être regardée comme étant entachée d'incompétence négative.

7. En septième lieu, si l'arrêté litigieux vise l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'omet pas d'examiner la situation particulière du requérant au regard de l'article L. 425-9 du même code. Ainsi, il ne saurait être regardé comme étant entaché d'un défaut d'examen particulier des circonstances de l'affaire.

8. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. Il ressort des termes de l'avis du collège médical de l'OFII daté du 25 mai 2023 que l'état de santé du requérant est tel qu'un défaut de prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que les soins appropriés sont effectivement disponibles en Géorgie, pays vers lequel il peut voyager sans risque. Or aucun des éléments invoqués par le requérant, qui ne révèle pas la nature des " graves pathologies " dont il souffre, ne permet de remettre en cause cette appréciation. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni erreur de droit que le préfet a estimé que le requérant n'entrait pas dans les prévisions de l'article précité.

10. En neuvième lieu, le moyen tiré d'une violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté par les motifs retenus au point précédent.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination :

11. Eu égard à ce qui a été dit, la décision fixant le pays de destination ne saurait être annulée par voie de conséquence d'une illégalité affectant les autres décisions attaquées.

12. Dès lors qu'à l'appui du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant n'invoque aucun risque de traitement inhumain ou dégradant autre que celui qui résulterait de son état de santé, ce moyen doit être écarté par les motifs énoncés au point 9.

13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et des conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,

M. Albouy, premier conseiller,

M. Ambert, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. JounoL'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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