jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400378 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, M. B E, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 30 novembre 2023 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a déclaré irrecevable sa demande de titre de séjour ;
3°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé la Moldavie comme pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pendant un an ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans les huit jours de la notification du jugement et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision déclarant irrecevable sa demande de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce que le préfet ne lui a pas demandé de compléter son dossier en apportant la preuve de circonstances nouvelles ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il n'est pas établi que l'administration l'ait informé de la nécessité de former, à peine d'irrecevabilité, une demande de titre de séjour dans les deux ou trois mois selon le cas ;
- son état de santé s'est dégradé ce qui constitue une circonstance nouvelle qui lui permettait légalement de former une demande de titre de séjour au-delà du délai réglementaire de trois mois ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ce qui révèle en outre l'absence d'examen particulier de sa situation en ce qui concerne en particulier son état de santé et la situation de son fils mineur ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que le préfet aurait dû saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, de la décision du 30 novembre 2023 déclarant irrecevable sa demande de titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard à son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par le refus d'asile pour prendre une mesure d'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ce qui révèle l'absence d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qu'elle désigne la Moldavie comme pays de renvoi ;
- la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. E, et celles de M. E.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. E justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. M. E, né le 5 décembre 1974, ressortissant de République démocratique du Congo, est entré en France de manière irrégulière le 3 janvier 2023, avec son épouse, Mme F et son fils d'une première union, M. A C, et tous trois y ont sollicité l'asile politique dès le 8 février 2023. Cette demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 juin 2023 et par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 7 novembre 2023. Le 17 novembre 2023 M. E a alors formé une demande de carte de séjour temporaire en invoquant son état de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a été déclarée irrecevable par décision du 30 novembre 2023 du préfet d'Ille-et-Vilaine qui a ensuite, par un arrêté du 8 janvier 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du même code, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé le pays de destination. Cette décision du 30 novembre 2023 et cet arrêté du 8 janvier 2024 sont les décisions attaquées.
En ce qui concerne la décision du 30 novembre 2023 :
3. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes de l'article R. 776-13-1 du même code, applicables notamment au recours dirigés contre les décisions d'obligation de quitter le territoire consécutives à un refus d'asile : "Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-5 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 du même code et les décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code notifiées simultanément, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence () ". Aux termes de l'article R .776-13-3 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné statue dans le délai de six semaines prévu à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".
4. Il ressort tant des visas que des motifs de l'arrêté du 8 janvier 2024 du préfet d'Ille-et-Vilaine qu'il repose sur les seules dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'il fait suite au refus opposé, par la Cour nationale du droit d'asile, à la demande d'asile présentée par M. E. Cet arrêté ne mentionne d'ailleurs pas la décision d'irrecevabilité opposée à ce dernier le 30 novembre 2023 à sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade et ne comporte lui-même aucune décision portant refus de séjour à ce titre. Dans ces conditions, dès lors qu'il est constant que la décision du 30 novembre 2023 n'a pas été notifiée simultanément à l'arrêté du 8 janvier 2024, il n'appartient pas au président du tribunal ou au magistrat désigné statuant dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative de se prononcer sur les conclusions dirigées par M. E contre la décision du 30 novembre 2023.
5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de renvoyer à la formation collégiale du tribunal les conclusions tendant à l'annulation de cette décision.
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris, en l'état des informations dont disposait le préfet à cette date. Il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre cette décision en l'état des seules informations dont il est établi qu'il disposait à cette date, et en particulier s'agissant de son état de santé allégué et de la situation de son fils mineur. Aucune des pièces du dossier ne permet d'établir enfin qu'il se serait estimé lié par le refus opposé, par l'OFPRA et la CNDA à sa demande d'asile, pour décider, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une mesure d'éloignement à son encontre. La décision attaquée n'est donc entachée d'aucune erreur de droit à ce double égard.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () " et aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
8. D'une part, contrairement à ce que soutient M. E, aucune pièce médicale ne permet d'établir qu'à la date d'édiction de la mesure d'éloignement en cause, le préfet disposait d'éléments suffisants relatifs à la nature et la gravité de l'état de santé de l'intéressé, le premier certificat mentionnant une pathologie chronique n'étant daté que du 10 janvier 2024. Dans ces conditions, c'est donc sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet s'est abstenu de recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'intervention de sa décision.
9. D'autre part, les dernières pièces médicales produites par le requérant, qui font état d'une pathologie chronique, dont l'intéressé a expliqué qu'il s'agit d'une hépatite B, ainsi que de troubles anxio-dépressifs, ne permettent cependant pas d'établir que son état de santé, serait susceptible, par sa gravité, la nature des traitements requis ou l'indisponibilité des soins dans son pays d'origine, de relever des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En troisième lieu, si l'arrêté attaqué comporte une appréciation directe par le préfet des conditions, énoncées au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lesquelles l'état de santé d'un étranger est susceptible de faire obstacle à une mesure d'éloignement, il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'il n'a, en revanche, pas été pris sur la base de la décision du 30 novembre 2023 déclarant irrecevable la demande de titre de séjour présentée le 7 novembre 2023 par M. E. Le moyen tiré de l'illégalité, invoquée par voie d'exception, d'une telle décision est donc inopérant.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. M. E, qui a vécu en République démocratique du Congo jusqu'à l'âge de 48 ans, n'établit pas que, comme il le soutient, son épouse aurait formé une demande de réexamen de sa demande d'asile. Il n'est pas davantage établi que son fils, mineur né en 2008, ne pourrait être scolarisé dans son pays d'origine. La décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut donc être regardée comme portant ainsi une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations citées au point précédent.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Ainsi qu'il vient d'être dit, la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer le requérant de son fils mineur ni de le priver, par elle-même, d'une scolarisation dans son pays d'origine. Par suite, elle ne peut être regardée comme ayant insuffisamment pris en compte l'intérêt supérieur de cet enfant ni, par suite, comme ayant méconnu les stipulations citées au point 13 ci-dessus.
15. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ;/ 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
17. L'article 2 de l'arrêté attaqué mentionne que M. E est susceptible d'être " reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité, la Moldavie, ou tout autre pays où il est légalement admissible ". L'erreur de fait, quant au pays d'origine du requérant qui est ressortissant de la République démocratique du Congo, ne peut, eu égard au caractère substantiel de toute précision relative au pays de renvoi, être regardée comme sans incidence sur sa légalité et justifie, par suite, à elle-seule, l'annulation de cette décision, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
18. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
19. En premier lieu, faute, pour le requérant, d'avoir démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité, invoquée, par voie d'exception, à l'appui de sa contestation de la décision lui interdisant de revenir sur ce territoire pendant un an, doit être écarté.
20. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui justifient la décision interdisant au requérant de revenir sur le territoire français pendant un an et il est ainsi suffisamment motivé. Cette motivation révèle en outre que le préfet a procédé à un examen suffisant de sa situation avant de prendre une telle décision qui n'est donc entachée d'aucune erreur de droit à cet égard.
21. En dernier lieu, alors même que la présence en France de M. E ne constituerait pas une menace pour l'ordre public et qu'il ne s'est pas déjà soustrait à une mesure d'éloignement, il n'établit pas, contrairement à ce qu'il soutient, avoir créé des liens personnels suffisants sur le territoire français pour démontrer que la décision lui faisant interdiction d'y revenir pendant un an serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée. Cette mesure ne méconnaît pas, pour les mêmes motifs que mentionnés au point 12 ci-dessus, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
22. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour.
Sur les demandes d'injonction :
23. Le présent jugement implique seulement le réexamen de la situation de M. E au regard de la détermination du pays de renvoi de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Les conclusions tendant ce qu'il soit enjoint au préfet de délivrer au requérant un titre de séjour ou une autorisation provisoire de séjour doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. E sur le fondement des dispositions l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'article 2 de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 8 janvier 2024 est annulé.
Article 3 : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 30 novembre 2023 sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal pour qu'il y soit statué.
Article 4 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la situation de M. E au regard du pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
Le président,
signé
E. DLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026