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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400413

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400413

lundi 29 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantLE BIHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'il renonce dans ce cas à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté de transfert :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- il n'est pas établi qu'il a été destinataire des informations prévues à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'un entretien individuel dans les conditions prévues par l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- les dispositions de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission européenne du 20 janvier 2014 ont été méconnues ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en raison de l'altération profonde de sa santé mentale avec idéations suicidaires en raison des persécutions vécues dans son pays d'origine ;

S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- l'arrêté est illégal en raison de l'illégalité de l'arrêté de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement européen (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié par le règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier,

- les observations de Me Le Bihan, représentant M. A, qui a repris et développé les éléments exposés dans les écritures. M. A a eu de nombreuses difficultés pour obtenir une prise en charge psychologique en Espagne, malgré ses demandes constantes. Il subit un stress post-traumatique sévère. Il a pu commencer une prise en charge médicale en France. Une hépatite C a également été détectée. La clause discrétionnaire aurait dû être mise en œuvre. L'arrêté de transfert n'est pas suffisamment motivé sur les conséquences d'un tel transfert sur l'état de santé de M. A. La préfecture n'a pas justifié de l'identité de la personne qui a relevé les empreintes de M. A en méconnaissance de l'article 27 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013. L'arrêté attaqué est également erroné en ce qu'il mentionne une reprise en charge et non une prise en charge. En cas de rejet de la requête, l'exécution du transfert devrait être subordonnée à l'avis préalable du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration,

- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui relève que les circonstances ne justifiaient pas la mise en œuvre de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le certificat médical produit par M. A a bien été pris en compte. Il pourra être pris en charge en Espagne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 7 septembre 1988, qui est entré irrégulièrement en France le 9 décembre 2023, a sollicité, le 20 décembre 2023, son admission au titre de l'asile. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été relevées par les autorités espagnoles. Le 20 décembre 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a remis une attestation de demande d'asile en procédure Dublin. Le préfet a sollicité sur le fondement de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 les autorités espagnoles, le 22 décembre 2023. Les autorités espagnoles ont fait connaître leur accord le 8 janvier 2024. À la suite de cet accord, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 24 janvier 2024, décidé de transférer M. A aux autorités espagnoles en vue de l'examen de sa demande d'asile. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et de l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Il est justifié du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités espagnoles :

3. En premier lieu, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 11 décembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de ce département, donné délégation à Mme D, cheffe du bureau de l'asile de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les arrêtés de transfert. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert () ; / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". La Commission européenne a publié un modèle de brochure d'information comportant une brochure " A " destinée à ce que le demandeur d'asile soit informé de la procédure de détermination de l'État responsable de sa demande et une brochure " B " destinée à ce que le demandeur soit informé de la procédure de transfert vers un autre État membre de l'Union. Ces deux brochures constituent, à elles-seules, la " brochure commune " prévue par les dispositions précitées de 1'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 devant être remise au demandeur d'asile avant la détermination du pays responsable de l'instruction de sa demande.

5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de l'instruction de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a reçu, le 20 décembre 2023, communication, dans leur version en français, langue qu'il a déclaré comprendre, de l'information sur les règlements communautaires constitués de la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande ' " et de la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". En outre, il ressort du formulaire du résumé de son entretien individuel réalisé le 20 décembre 2023, que M. A s'est vu communiquer l'information sur les règlements communautaires et qu'il a compris les éléments de la procédure d'asile qu'il a engagée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile garanti par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

8. Il ressort des mentions figurant sur le formulaire signé par M. A qu'il a bénéficié le 20 décembre 2023, soit avant l'édiction de l'arrêté contesté, d'un entretien individuel en application des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, réalisé en français, langue que l'intéressé a déclaré comprendre. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'aurait pas été en capacité de comprendre les informations qui lui ont été données et de faire valoir toutes observations utiles au cours de l'entretien, notamment sur les mauvais traitements qu'il aurait pu subir dans les différents pays traversés, y compris au sein de l'Union européenne, alors qu'il a été interrogé sur son parcours migratoire. En outre, alors que le compte-rendu d'entretien mentionne qu'il a été conduit par un agent qualifié de la préfecture, aucun élément du dossier ne permet d'établir que cet entretien individuel n'aurait pas été mené dans le respect du principe de confidentialité ou par une personne " qualifiée en vertu du droit national " au sens et pour l'application de l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. (). ". L'article 2 du règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 précise qu'" une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs des requêtes et les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquelles elle se fonde. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la requête aux fins de prise en charge, adressée par les autorités françaises aux autorités espagnoles le 20 décembre 2023 précise que cette demande de prise en charge est faite en application du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Elle mentionne que la consultation du fichier Eurodac a révélé, qu'avant de rejoindre la France, M. A était entré sur le territoire de l'Union européenne en franchissant les frontières de l'Espagne, où ses empreintes ont été recueillies le 3 septembre 2023. Par suite, la demande de prise en charge comporte les motifs et la nature de cette demande. M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que l'arrêté de transfert méconnaît les dispositions citées au point précédent, relatives notamment à la nature, aux motifs et aux dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 sur lesquelles la requête adressée aux autorités espagnoles se fondait. En outre, la circonstance que l'arrêté attaqué mentionne que les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de reprise en charge et non d'une demande de prise en charge est sans incidence sur sa légalité, dès lors qu'il est précisé que cette demande est faite en application du paragraphe 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.

11. En cinquième lieu, la liste des autorités désignées qui ont accès aux données enregistrées dans le système central d'Eurodac conformément au paragraphe 2 de l'article 27 du règlement (UE) n° 603/2013, aux fins prévues au paragraphe 1 de l'article 1er de ce règlement, mentionne le service de l'asile, à la direction générale des étrangers en France (DGEF) du ministère de l'intérieur, comme l'unique unité chargée d'accomplir, pour le compte des autorités françaises, les fonctions liées à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013.

12. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que le relevé des empreintes digitales de M. A effectué le 20 décembre 2023 par un agent de la préfecture a été transmis le jour même à la direction de l'asile de la DGEF, au ministère de l'intérieur, service régulièrement désigné en application des dispositions précitées de l'article 27 du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013 pour procéder à l'enregistrement de ce relevé d'empreintes sur Eurodac et à sa comparaison avec les données dactyloscopiques transmises par d'autres États membres et déjà conservées dans le système central d'Eurodac. D'autre part, cette comparaison a produit un résultat positif, ainsi qu'en atteste la lettre de la directrice de l'asile de la DGEF du 20 décembre 2023 adressée au préfet d'Ille-et-Vilaine. Aucun élément ne permet d'établir que l'agent de la direction de l'asile de la DGEF qui a procédé aux opérations d'enregistrement et de consultation du fichier Eurodac mentionnées dans cette lettre n'était pas habilité pour le faire. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de transfert en litige est entachée d'un vice de procédure, faute de justification de cette habilitation.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Il ressort des pièces du dossier que, par un certificat du 17 janvier 2024, le médecin chargé du suivi de M. A atteste qu'il souffre de problèmes psychiatriques importants avec idéations suicidaires en raison des persécutions subies dans son pays d'origine, qu'il bénéficie d'une psychothérapie hebdomadaire facilitée par la communauté de langue et s'est vu prescrire des traitements psychotropes depuis le 11 janvier 2024, sans toutefois qu'il n'en soit justifié par des ordonnances. Ce certificat médical précise qu'un renvoi en Espagne l'exposerait à une absence ou à un retard de prise en charge pouvant conduire à une aggravation de son état de santé voire à son suicide, outre la déstabilisation et la perte de repères que son transfert entraînerait. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. A est arrivé en France le 9 décembre 2023 et que sa prise en charge présente un caractère particulièrement récent. En outre, le préfet, qui a lui-même produit le certificat médical du 17 janvier 2024 et en a tenu compte, relève, dans l'arrêté attaqué, qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui a, au demeurant, refusé la transmission de tout élément médical aux autorités espagnoles, ne pourrait pas bénéficier d'un suivi médical approprié dans cet État membre de l'Union européenne, en raison de la seule différence de langue. Seul son refus de transmettre les informations médicales relatives à sa situation aux autorités espagnoles l'expose à un tel risque. Par ailleurs, la déstabilisation et la perte de repères alléguées en cas de transfert en Espagne ne sont pas suffisamment étayées, alors, qu'ainsi qu'il a été dit, l'arrivée en France de M. A est trop récente pour qu'il ait été en mesure d'y construire des repères stables. Enfin, il ressort du résumé de l'entretien individuel mené par un agent de la préfecture le 20 décembre 2023 que M. A a alors déclaré être en bonne santé. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de M. A ferait obstacle à son transfert en Espagne. Par suite, M. A n'établit pas qu'en refusant d'appliquer les dispositions de l'article 17 du règlement européen du 26 juin 2013, le préfet d'Ille-et-Vilaine a méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :

16. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté portant assignation à résidence de M. A doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3.

17. En second lieu, ainsi qu'il est exposé au point 15, l'arrêté prononçant le transfert de M. A aux autorités espagnoles n'est pas entaché d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cet arrêté, soulevé, par voie d'exception, au soutien des conclusions tendant à l'annulation de l'assignation à résidence doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Ainsi qu'il a été dit, le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris en compte, dans son arrêté, le certificat médical du 17 janvier 2024 que lui a adressé M. A. Par suite, ses conclusions, soulevées à l'audience, tendant à ce que l'exécution de l'arrêté de transfert ne puisse pas intervenir avant que le préfet n'ait vérifié, préalablement, que l'état de santé de M. A était compatible avec son transfert en Espagne, doivent être rejetées. Il en va de même de ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de jugement à intervenir.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au profit de son conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Lu en audience publique le 29 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. GrenierLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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