lundi 5 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400437 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et lui a interdit tout retour sur le territoire national pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, ou à titre subsidiaire d'annuler le même arrêté en tant qu'il lui interdit de sortir de la commune de Rennes ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
La décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'a pas été entendu préalablement à son édiction, en méconnaissance des stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
La décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national :
- est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision d'assignation à résidence :
- est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
Les modalités de l'assignation à résidence sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pottier, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pottier,
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. C, qui soutient qu'il séjourne en France depuis trois ans, ayant quitté la Géorgie en raison de menaces dirigées contre lui du fait que son père y mène une carrière politique ;
- son droit à être entendu a été méconnu même s'il a été auditionné le 3 février 2023, car sa situation a évolué depuis le rejet de sa demande d'asile ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen car il vit désormais en couple, cette relation étant postérieure à son audition du 3 février 2023 ;
- les observations orales de M. C, assisté d'une interprète en langue géorgienne, qui déclare qu'il a respecté sa seconde assignation à résidence à Saint-Jacques-de-La-Lande, que lors de la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, son espace personnel sur l'application de l'OFPRA comportait d'autres noms et qu'il a cru à un problème informatique ; qu'il est aidé par des associations ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine qui fait valoir que M. C n'a pas déposé de demande depuis le rejet de sa demande d'asile en mars 2023 et n'a entrepris aucune démarche, alors qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2022 et d'une assignation à résidence en 2023 ; qu'il a été auditionné le 3 février 2023.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 17 février 2001, est entré en France en novembre 2021 selon ses déclarations. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 avril 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 22 mars 2023. Le 22 juillet 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a notifié une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il n'a pas exécutée. Le 25 mai 2023, il a de nouveau fait l'objet d'une assignation à résidence de quarante-cinq jours. Le 24 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine a de nouveau pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'un an, et un arrêté portant assignation à résidence. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. C justifiant avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle le 25 janvier 2024 sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire national vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Par ailleurs, cet arrêté décrit la situation administrative de M. C, ses modalités et date d'entrée en France, le rejet de sa demande d'asile, la précédente obligation de quitter le territoire français et les assignations à résidence décidées en 2023. Il précise en quoi la situation de M. C justifie qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, en quoi il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et en quoi il peut faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire national. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. C mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, aurait entaché ses décisions litigieuses d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Si le requérant fait valoir notamment qu'il vit en couple avec une ressortissante française, et que cette circonstance n'a pas été prise en compte par le préfet, toutefois compte tenu du caractère récent de cette relation, l'absence de prise en compte n'est pas de nature à entacher la décision attaquée d'un défaut d'examen.
5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " et aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement
6. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas allégué par M. C qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par ailleurs, en indiquant que depuis l'audition du 3 février 2023, il a noué une relation amoureuse sur le territoire et qu'il est, en outre, devenu coach sportif bénévole, M. C n'établit pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient été communiquées à l'administration, auraient été de nature à influer sur le sens et le contenu des décisions litigieuses. Il n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu. Le moyen doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'est entré qu'en novembre 2021 en France où il ne travaille pas, sauf à titre bénévole en qualité de coach sportif, et où il ne justifie d'aucune intégration particulière, indiquant que des associations subviennent à ses besoins. La circonstance qu'il a suivi des cours de français et doit passer un test de français le 2 février 2024 n'est pas de nature à elle seule à démontrer son insertion dans la société française. En outre, s'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante française, toutefois cette relation date de moins d'un an alors que, par ailleurs, ses parents résident toujours dans son pays d'origine, et ne caractérise pas ainsi une vie privée et familiale au respect de laquelle la décision porterait une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles elle est prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".
13. En l'espèce, il ne ressort pas de la motivation de la décision portant refus de délai de départ volontaire que le préfet qui a mentionné que " l'intéressé entre dès lors dans les prévisions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui autorisent le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire " et " qu'il ne fait par ailleurs valoir aucune circonstance particulière qui justifierait qu'un délai de départ lui soit accordé " se serait cru en situation de compétence liée pour refuser un délai de départ volontaire. En outre, le requérant, qui ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire national, s'est maintenu sur le territoire malgré une obligation de quitter le territoire français notifiée le 22 juillet 2022, et deux assignations à résidence des 3 février 2023 et 25 mai 2023, ne présente pas les garanties de représentation suffisantes puisqu'il ne justifie d'aucune résidence stable et qu'il n'a pas remis l'original de son passeport, et entre ainsi dans le champ d'application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de ne pas octroyer un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
14. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation familiale alors que M. C se borne à faire valoir qu'il a une relation de couple récente avec une ressortissante française, qu'il va passer un test de français, et qu'il vit en France depuis novembre 2021.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale, par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
16. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
17. En troisième lieu, le préfet a visé le rejet de la demande d'asile de M. C et a estimé que ce dernier ne démontrait pas être, personnellement et directement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisée en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par conséquent être écarté.
18. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
19. S'il allègue qu'en raison de l'activité politique de son père, il est menacé en cas de retour dans son pays, toutefois le requérant ne produit aucun élément de preuve permettant d'établir que, comme il le soutient, il serait exposé, en cas de retour en Géorgie, à des risques de traitements inhumains ou dégradants. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation et aurait été prise en violation des dispositions et stipulations précitées doivent être écartés.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
22. Il ressort des pièces du dossier, que l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an a été prise aux motifs que l'intéressé ne bénéficie pas d'un délai de départ volontaire, est entré en France en novembre 2021, ne justifie pas de circonstances humanitaires, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Ces éléments, qui sont établis, justifient une interdiction de retour sur le territoire national pour une durée d'un an alors même que M. C aurait une relation sentimentale, au demeurant récente, avec une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
23. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 9 du présent jugement.
24. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C, alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Le moyen doit par suite être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision d'assignation à résidence :
25. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence serait illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
26. En second lieu, l'arrêté portant assignation à résidence vise les dispositions dont il fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Par ailleurs, cet arrêté précise en quoi la situation de M. C justifie qu'il fasse l'objet d'une assignation à résidence, du fait qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement dont la perspective est raisonnable, qu'il est sans domicile fixe, et qu'il n'a pas remis son passeport. Dans ces conditions, les considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre au requérant de saisir les motifs de l'arrêté et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
27. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. C mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre son arrêté, aurait entaché ses décisions litigieuses d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
28. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
29. En l'espèce, il est constant que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, en se bornant à soutenir que la perspective raisonnable d'éloignement indispensable au prononcé de la mesure d'assignation n'est pas démontrée, M. C n'établit pas que le préfet aurait entaché sa décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur les modalités de contrôle de l'assignation à résidence :
30. M. C fait valoir sans l'établir, alors qu'il n'a pas déféré à la précédente obligation de quitter le territoire français, qu'il ne présente aucun risque de fuite. En outre, en l'obligeant à remettre son passeport et à se présenter les mardi et jeudi hors jours fériés et chômés à 17h00 à la direction zonale de la police aux frontières de Saint-Jacques-de-La-Lande, et en l'obligeant à demeurer à l'adresse où il est assigné à résidence entre 18h et 21h chaque jour y compris les week-ends et jours fériés, le préfet n'a pas prescrit de modalités de pointage disproportionnées aux finalités qu'elles poursuivent, alors même que M. C est coach bénévole au sein du football club de Mélesse et qu'il se prévaut d'une relation sentimentale avec une ressortissante française. Le moyen doit par suite être écarté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'injonction :
32. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par M. C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions d'injonction.
Sur les frais liés à l'instance :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. C demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. PottierLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026