vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400449 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 30 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, et l'a assorti d'une interdiction de retour de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle ou bien sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour de trois ans est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît en outre les dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté d'assignation à résidence est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'illégalité par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Pottier, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pottier,
- les observations de Me Le Bihan, représentant M. A, qui soutient que :
* la mention dans les écritures de conclusions contre un refus de titre de séjour constitue une erreur matérielle ;
* le préfet ne pouvait prendre une interdiction de retour sur le territoire de trois ans à l'encontre de M. A et devait seulement prolonger de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire prise en 2022 ;
* la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation car M. A démontre son intégration professionnelle ;
- et les observations de M. B, représentant le préfet des Côtes-d'Armor, qui fait valoir que la première obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'intéressé date de 2022 et qui demande en tout état de cause, si le tribunal venait à retenir le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'y substituer l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile..
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 27 avril 2001 à Mareth, entré irrégulièrement en France selon ses déclarations en 2022, a été interpellé lors d'un contrôle routier et placé en garde à vue le 24 janvier 2024 par la gendarmerie de Tréguier pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et l'a assorti d'une interdiction de retour sur le territoire national de trois ans. Par un arrêté du 24 janvier 2024, le préfet des Côtes-d'Armor a assigné M. A à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Le préfet des Côtes-d'Armor a donné délégation, selon arrêté du 12 juin 2023, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à M. David Cochu, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.
3. M. A est entré en France en 2022 selon ses déclarations, a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 décembre 2022 et déclare être célibataire et sans enfant à charge. S'il se prévaut de son insertion professionnelle en produisant la copie d'un contrat à durée indéterminée à l'audience ainsi que des bulletins de paye, et fait en outre valoir qu'il vit dans un logement fourni par la société NK Com qui l'emploie, toutefois compte tenu de la brève durée de son séjour en France, de sa situation irrégulière, et de l'absence d'attaches familiales sur le territoire, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent par suite être écartés.
En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :
4. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 décembre 2022, dont il a déclaré avoir eu connaissance lors de son audition par les services de gendarmerie le 24 janvier 2024, et qu'il n'a pas exécutée. Il se trouvait donc dans la situation de l'étranger qui s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et pouvait ainsi être regardé comme présentant un risque de soustraction à la mesure d'éloignement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ".
7. S'il se prévaut de son intégration professionnelle en qualité d'installateur de fibre optique, M. A, qui est entré récemment en France en 2022 et ne peut se prévaloir de liens avec la France, a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en décembre 2022 et se maintient depuis en situation irrégulière. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour ni méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit donc être écarté.
8. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 612-11 n'obligeaient pas le préfet à prolonger l'interdiction de retour sur le territoire d'un an notifiée en 2022. Par conséquent, la décision attaquée, en ce qu'elle comporte une interdiction de retour sur le territoire de trois ans, n'est pas contraire aux dispositions de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, par suite, être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris une interdiction de retour sur le territoire doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
10. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 2 du présent jugement, l'auteur de la décision attaquée, secrétaire général de la préfecture des Côtes-d'Armor, avait compétence pour prendre la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.
11. Par ailleurs, aucun des moyens présentés à l'appui des conclusions de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant de nature à justifier l'annulation de cette décision, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
La magistrate désignée,
signé
F. Pottier La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2400449
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026