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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400459

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400459

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDOLLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Dollé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision souffre d'un défaut d'examen ;

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée faute de présentation par le requérant d'un visa de long séjour, pour refuser d'examiner son admissibilité au séjour en qualité de salarié ;

- c'est à tort que le préfet a refusé de l'admettre exceptionnellement au séjour ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- il est fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour ;

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

- le préfet s'est borné à indiquer dans le dispositif de l'arrêté litigieux, qu'il est obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision, sans motiver le choix d'un tel délai ; il a ainsi méconnu l'étendue de sa compétence, et par suite, entaché l'obligation de quitter le territoire français d'une erreur de droit ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un nouveau mémoire a été enregistré le 22 mars 2024 pour M. B soit après la clôture de l'instruction fixée le 15 mars 2024 par ordonnance du 30 janvier 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Dollé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est un ressortissant turc né en 1999. Entré régulièrement en France le 21 juillet 2022, sous couvert d'un visa court séjour, il a demandé le 3 août 2023 la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par arrêté du 28 décembre 2023, le préfet du Finistère a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de son pays d'origine. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas invoqué, à l'appui de sa demande de titre de séjour, les stipulations de l'accord d'association entre l'Union européenne et la Turquie du 12 septembre 1963. Il ne peut dès lors utilement reprocher au préfet de ne pas avoir examiné s'il pouvait être admis au séjour sur leur fondement.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce même code : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de travailleur salarié est subordonnée à la production d'une autorisation de travail ou d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative

4. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 3, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit en s'estimant tenu de rejeter sa demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " salarié " en l'absence de visa de long séjour dès lors qu'il s'agit là d'une condition impérative à la délivrance de ce titre de séjour.

5. Quant au refus d'admettre le requérant exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet n'a pas rejeté cette demande en l'absence d'un visa de long séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité caractérisée par des difficultés de recrutement et figurant sur la liste établie au plan national par l'autorité administrative, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il lui appartient d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément sur la situation personnelle de l'étranger, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

8. Si M.B soutient que c'est à tort que le préfet a refusé de l'admettre exceptionnellement au séjour, il se borne, à l'appui de son moyen, à faire valoir que " Le bon sens, au sens de la Cour des comptes, recommande donc de dénouer les mailles de l'admission au séjour du travail peu ou pas qualifié, notoirement en tension en termes de recrutement et qu'il doit en aller ainsi au cas d'espèce " sans autres précisions. Le moyen ainsi soulevé doit être écarté comme dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé est également dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. M. B n'est pas fondé, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours :

11. M. B ne peut utilement se plaindre de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa compétence dès lors qu'il lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours qui est le délai le plus favorable.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En indiquant que l'intéressé n'apportait aucun élément permettant de considérer qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la décision attaquée satisfait aux exigences de motivation.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière d'audience,

signé

I. Loury

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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