jeudi 6 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi, en date du 30 janvier 2024, le président du tribunal administratif de Cergy- Pontoise a, en application des dispositions des articles R. 351-3, R. 221-3 et R. 312-7 du code de justice administrative, transmis au tribunal la requête de M. A B, enregistrée initialement le 10 octobre 2023.
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2024 au tribunal administratif de Rennes, et un mémoire complémentaire enregistré le 24 octobre 2024, M. A B, représenté par le Cabinet Teissonnière-Topaloff-Lafforgue-Andreu et Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros, en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison de son exposition à l'amiante ainsi que la somme de 15 000 euros, en réparation des troubles dans ses conditions d'existence, ces sommes étant assorties des intérêts à compter de la date du 16 janvier 2023 et de leur capitalisation annuelle.
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est de jurisprudence constante que la carence de l'Etat employeur est de nature à engager sa responsabilité en ce qu'il a failli à son obligation en ne mettant pas effectivement en œuvre les règles d'hygiène et de sécurité propres à soustraire, les ouvriers et agents, au risque d'exposition aux poussières d'amiante ; cette carence fautive est de nature à engager sa responsabilité ;
- le requérant en sa qualité d'intervenant au sein des navires de la marine nationale était particulièrement exposé aux risques de l'amiante ; il apporte des témoignages à l'appui de ses prétentions ;
- l'exposition, notamment sur une longue durée, aux poussières d'amiante réduit l'espérance de vie des personnes concernées et peut provoquer chez elles de graves pathologies ;
- il souffre d'un préjudice moral d'anxiété du fait du risque éventuel de développer une pathologie asbestosique ainsi que d'un trouble dans ses conditions d'existence en raison d'un suivi post-professionnel prévu pour les salariés ayant été exposés à des agents ou procédés cancérogènes.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 août 2024 et 14 janvier 2025, le ministre des armées, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. B ne peut pas se prévaloir d'une exposition " active " effective à l'amiante, faute d'apporter la preuve, qui lui incombe, de son intervention sur des matériaux amiantés dans l'exercice de ses fonctions ;
- il ne démontre pas une exposition environnementale significativement longue au titre de son exposition passive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 77-949 du 17 août 1977 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes ;
- et les conclusions de M. Moulinier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ancien météorologue-océanographe de la Marine nationale, estime l'Etat, en sa qualité d'employeur, responsable d'une carence fautive, faute d'avoir mis en œuvre une protection efficace contre son exposition à l'inhalation de poussières d'amiante durant sa carrière. Il a sollicité, par un courrier du 12 janvier 2023 adressé au ministre des armées reçu le 16 janvier 2023, la réparation de son préjudice moral (anxiété) et du trouble dans les conditions d'existence en résultant. Le silence gardé par le ministre a fait naître une décision implicite de rejet. M. B a alors saisi la commission de recours des militaires (CRM) le 12 avril 2023, reçu le 17 avril suivant, d'une même demande. Le 12 septembre 2023, après consultation de la CRM, le ministre des armées a décidé de rejeter sa demande. En conséquence, M. B a saisi le tribunal afin que soit prononcé la condamnation de l'Etat à l'indemniser de ses préjudices.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. La responsabilité de l'administration, notamment en sa qualité d'employeur, peut être engagée à raison de la faute qu'elle a commise, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. A le caractère d'une faute, le manquement à l'obligation de sécurité de résultat à laquelle l'employeur est tenu envers son agent, lorsqu'il a ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé ce dernier, et qu'il n'a pas pris les mesures nécessaires pour l'en préserver. Il n'est pas contesté que la nocivité de l'amiante et la gravité des maladies dues à son exposition étaient pour partie déjà connues avant 1977 et que le décret susvisé du 17 août 1977 relatif aux mesures d'hygiène particulières applicables dans les établissements où le personnel est exposé à l'action des poussières d'amiante, a imposé des mesures de protection de nature à réduire l'exposition des agents aux poussières d'amiante ainsi que des contrôles de la concentration en fibres d'amiante dans l'atmosphère des lieux de travail.
3. Il résulte de l'instruction que, sur les navires de la Marine nationale construits jusqu'à la fin des années quatre-vingt, l'amiante était utilisée de façon courante comme isolant pour calorifuger tant les tuyauteries que certaines parois et certains équipements de bord, de même que les réacteurs et moteurs des avions de l'aéronavale. Au demeurant, le ministre des armées reconnait sa responsabilité.
4. Il résulte de l'instruction et notamment de l'état général des services en date du
9 juin 1986, que M. B a été affecté en sa qualité de météorologue-océanographe, entre le
24 novembre 1969 et le 19 juin 1986 pour une durée cumulée de 1 an et 3 mois, notamment sur les bases aéronautiques navales (BAN) de Landivisiau, de Lann-Bihoué et sur les navires Henri Poincaré, Victor Schœlcher et Dupetit-Thouars. Ainsi, ce document qui récapitule précisément les différentes affectations de M. B permet de caractériser suffisamment l'existence du risque pour ce marin d'avoir été exposé à l'inhalation de poussières d'amiante, et contre lequel, ainsi que dit au point précédent, aucune mesure de protection particulière n'a effectivement été mise en œuvre. En tout état de cause, l'Etat reconnait que M. B a été exposé aux poussières d'amiante au cours de sa carrière au sein de la marine nationale, au cours de cette période.
5. Il résulte de ce qui précède que la carence de l'Etat employeur est de nature à engager sa responsabilité.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne le préjudice moral :
6. M. B, estimant que son espérance de vie a été diminuée notablement du fait de l'absorption par ses poumons de poussières d'amiante pendant ses années d'activité professionnelle, soutient vivre dans un état d'anxiété.
7. La personne qui recherche la responsabilité d'une personne publique en sa qualité d'employeur et qui fait état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir une exposition effective aux poussières d'amiante susceptible de l'exposer à un risque élevé de développer une pathologie grave et de voir, par là même, son espérance de vie diminuée, peut obtenir réparation du préjudice moral tenant à l'anxiété de voir ce risque se réaliser. Dès lors qu'elle établit que l'éventualité de la réalisation de ce risque est suffisamment élevée et que ses effets sont suffisamment graves, la personne a droit à l'indemnisation de ce préjudice, sans avoir à apporter la preuve de manifestations de troubles psychologiques engendrés par la conscience de ce risque élevé de développer une pathologie grave.
8. Doivent ainsi être regardées comme faisant état d'éléments personnels et circonstanciés de nature à établir qu'elles ont été exposées à un risque élevé de pathologie grave et de diminution de leur espérance de vie, dont la conscience suffit à justifier l'existence d'un préjudice d'anxiété indemnisable, les personnes qui justifient avoir été, dans l'exercice de leurs fonctions, conduites à intervenir sur des matériaux contenant de l'amiante et, par suite, directement exposées à respirer des quantités importantes de poussières issues de ces matériaux. Doivent également être regardés comme justifiant d'un préjudice d'anxiété indemnisable, eu égard à la spécificité de leur situation, les marins qui, sans intervenir directement sur des matériaux amiantés, établissent avoir, pendant une durée significativement longue, exercé leurs fonctions et vécu, de nuit comme de jour, dans un espace clos et confiné comportant des matériaux composés d'amiante, sans pouvoir, en raison de l'état de ces matériaux et des conditions de ventilation des locaux, échapper au risque de respirer une quantité importante de poussières d'amiante.
9. Si M. B n'a pas développé de pathologie asbestosique, il résulte de l'instruction qu'il est désormais admis, sur le plan scientifique, que l'inhalation de poussières d'amiante, sur une durée longue, peut, à plus ou moins long terme, et parfois vingt à trente ans après l'exposition, être la cause de cancers bronchiques mortels, les études versées au débat montrant que les poussières d'amiante inhalées sont définitivement absorbées par les poumons sans que l'organisme puisse les éliminer. Cependant, ces études générales ne suffisent pas, à elles seules, à établir le préjudice moral invoqué par l'intéressé. Il lui appartient donc d'apporter devant le juge des éléments complémentaires probants relatifs à sa situation personnelle.
10. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction que M. B ait été le destinataire d'une attestation d'exposition aux poussières d'amiante élaborée par son employeur. Les attestations personnelles fournies n'étant pour aucune au nom de M. B. Et qu'au surplus, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement, de l'état général des services, que M. B, ancien marin militaire, en sa qualité de météorologue-océanographe, n'a pas été directement exposé à des matériaux amiantés dans le cadre de ses fonctions. Néanmoins, les périodes cumulées de service embarqué sur les navires Victor Schoelcher et Dupetit-Thouars d'une durée de 20 mois et deux semaines permettent d'en déduire une exposition significativement longue et d'une certaine intensité. De fait, les marins embarqués étant nécessairement présent sur le navire de nuit comme de jour, dans l'enceinte du navire, espace clos et confiné lors des périodes en mer.
11. Dès lors le montant des années retenues au titre de l'indemnisation pour exposition aux risques d'amiante est de 20 mois et 2 semaines.
12. Par suite, il sera fait une juste appréciation des circonstances particulières de l'espèce en évaluant la réparation de ce préjudice à la somme de 2 000 euros.
En ce qui concerne les troubles dans les conditions de l'existence :
13. Il résulte de l'instruction que M. B ne verse au dossier aucun élément médical permettant d'établir qu'il est astreint à un suivi médical d'une fréquence et d'un inconfort particulier de nature à engendrer un trouble dans ses conditions d'existence. Par suite,
M. B n'est pas fondé à demander la réparation de ce préjudice.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
14. M. B a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros à compter du 16 janvier 2023, date de réception de sa demande initiale d'indemnisation formée devant
le ministère des armées, ainsi qu'il le sollicite. Les intérêts seront capitalisés à compter du
16 janvier 2024, date à laquelle une année d'intérêt était due, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice, avec intérêts au taux légal à compter du 16 janvier 2023 et de leur capitalisation à compter du 16 janvier 2024 puis à chaque échéance annuelle.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025 à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Le Roux, premier conseiller,
M. Le Bonniec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.
Le président-rapporteur,
Signé
G. DescombesL'assesseur le plus ancien,
Signé
P. Le Roux
Le greffier,
Signé
J-M. Riaud
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2-6
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026