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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400540

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400540

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL VALADOU - JOSSELIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2024, Mme D A E, représentée par Me Chevalier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel la maire de la commune de Rennes a accordé un permis de construire à M. C B pour la réalisation d'une véranda et d'une piscine intérieure ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Rennes le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable :

- en l'absence d'affichage du permis de construire, l'article R. 600-3 du code de l'urbanisme permet aux tiers de demander l'annulation du permis de construire jusqu'à six mois à compter de l'achèvement de la construction ;

- elle a intérêt à agir au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle est voisine immédiate du terrain d'assiette du projet, que la construction sera visible depuis de nombreuses pièces de sa maison et que l'implantation d'un bassin de nage entraînera nécessairement des nuisances sonores ;

- elle justifie du caractère régulier de l'occupation de son bien conformément aux dispositions de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme ;

- la condition d'urgence est présumée en application de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, le pétitionnaire ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à renverser cette présomption et les travaux ont débuté sans être achevés ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'insuffisances et d'inexactitudes :

* le dossier architectural ne précise pas les dimensions de la piscine projetée en méconnaissance de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, ce qui permet au pétitionnaire de déclarer une surface de 9,90 m² sans que le service instructeur ne soit en mesure de vérifier cette indication ; le plan masse ne précise pas davantage les dimensions des canalisations d'évacuation des eaux et du puits d'infiltration ;

* la notice architecturale indique à tort que le projet ne modifiera pas le jardin existant couvert par un espace boisé classé selon le règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes Métropole alors que tous les arbres à proximité de ce projet ont été abattus et cette inexactitude a été de nature à altérer l'appréciation du service instructeur sur la réalité du projet et sa conformité aux règles d'urbanisme ;

- le projet méconnaît l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il porte atteinte à la conservation et l'intégrité d'un espace boisé classé en prévoyant la construction d'une piscine et d'une véranda en bordure immédiate de cet espace ainsi que l'implantation de la canalisation et du puits d'infiltration au sein même de cet espace, empêchant le développement des racines des arbres ;

- le projet ne respecte pas les règles d'implantation par rapport aux limites séparatives du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole applicable à la zone UP dès lors que l'extension se situe dans la bande d'implantation de 15 mètres de la parcelle d'assiette calculée depuis la façade de la maison d'habitation et que la véranda sera accolée aux deux limites de propriété.

Par un mémoire, enregistré le 19 février 2024, M. C B, représenté par Me Dubourg et Me Rault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme A E le versement de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté : Mme A E avait connaissance de l'existence d'un permis de construire ainsi que de la nature et de l'étendue des travaux dès le mois d'octobre 2023 ;

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir de la requérante au sens de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : le projet n'emporte aucune aggravation des vues dont elle dispose sur son jardin et les nuisances sonores alléguées ne résultent pas de la piscine elle-même mais des conditions d'utilisation et ne sont au demeurant qu'hypothétiques dès lors que la piscine sera à l'intérieur de la verrière ; les nuisances liées à la réalisation des travaux de construction ne sauraient caractériser l'intérêt à agir à l'encontre du projet ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en l'espèce compte tenu du délai que Mme A E a mis pour introduire le présent référé et alors que l'autorisation de construire ne porte pas atteinte de manière grave et immédiate à sa situation ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux :

- le dossier de demande de permis était complet :

* les dimensions de la piscine, qui constitue un équipement intérieur, n'avaient pas à figurer dans le dossier de demande de permis et, en toute hypothèse, sa profondeur est mentionnée et sa surface et sa largeur connues ; la canalisation comme le puits d'infiltration figurent sur les plans fournis ;

* le projet ne nécessite l'abattage d'aucun arbre et à supposer même que des arbres aient été abattus alors que cela n'était pas indiqué dans le dossier de permis de construire, le problème relève de l'exécution du permis et non pas de la régularité de celui-ci ;

- le projet de construction se situe en dehors de l'espace boisé classé, le long de la maison d'habitation, là où se trouve d'ores et déjà une terrasse ; la canalisation et le puits d'infiltration seront implantés au centre de la parcelle, à un endroit où se trouve une pelouse et non des plantations d'arbres ;

- le projet respecte le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole : les habitations de gardien, qui se trouvent sur la propriété, sont les constructions les plus avant sur la voie, et servent de point de départ du calcul de la bande de 15 mètres ; dès lors que le bâtiment principal est situé à 13,5 mètres de la voie, la verrière projetée à l'arrière est en dehors de la bande de 15 mètres, là où l'implantation est libre ; à supposer même que le projet se situe dans la bande de 15 mètres, la règle alternative prévue peut être applicable dès lors qu'elle a pour objectif de mettre en valeur et de préserver l'hôtel particulier, patrimoine bâti d'intérêt local.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, la commune de Rennes, représentée par la Selarl Valadou-Josselin et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de Mme D A E le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761- du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le dossier de demande de permis de construire ne souffre d'aucune insuffisance : il comporte un plan masse de la construction à édifier et il n'existait aucune obligation découlant du code de l'urbanisme de mentionner l'emplacement et les dimensions de la piscine intérieure, dimensions qui sont au demeurant indiquées ; il comporte des informations précises sur le puits d'infiltration et les canalisations et les services compétents en matière d'assainissement ont émis un avis favorable assorti de prescriptions ; la notice décrit précisément le jardin ;

- une méconnaissance ultérieure des travaux autorisés ne relève pas de la légalité de l'autorisation d'urbanisme mais de l'exécution de ces travaux ;

- le projet n'est pas de nature à compromettre la conservation et la protection de l'espace boisé classé présent sur la parcelle : il ne se situe pas dans l'emprise de cet espace et s'implante sur une partie déjà artificialisée du terrain qui supportait une terrasse ; l'installation du système de canalisation prévu ne change pas l'affectation ou le mode d'occupation du sol et est faite à distance des arbres existants et de leur système racinaire ;

- le projet respecte les règles d'implantation par rapport aux limites séparatives du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de Rennes métropole : la bande d'implantation débute au droit de la construction de premier rang la plus proche de la voie et le projet est situé au-delà d'une distance de 15 mètres, où l'implantation est libre ; en tout état de cause, l'implantation du projet dans la bande des 15 mètres est justifiée par l'application d'une règle alternative et le projet étant situé uniquement au rez-de-chaussée, l'implantation est au demeurant libre.

Vu :

- la requête au fond n° 2400477, enregistrée le 29 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 février 2024 :

- le rapport de Mme Plumerault,

- les observations de Me Chevalier, représentant Mme A E, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, soutient que la requête est recevable en l'absence d'affichage du permis de construire sur le terrain d'assiette du projet, que la connaissance acquise ne peut être opposée en l'espèce à la requérante, souligne l'intérêt à agir de cette dernière, voisine immédiate du projet, soutient, s'agissant de la condition d'urgence, que le pétitionnaire ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à renverser la présomption d'urgence posée à l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme et qu'il ne peut être reproché un quelconque manque de diligence à Mme A E, qui a dans un premier temps recherché une solution amiable, souligne, s'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision, que le dossier de demande devait comporter les dimensions de la piscine, qui ne saurait en l'espèce être considérée comme un simple aménagement intérieur, dès lors que le projet porte sur la construction d'une piscine sous abri d'une superficie supérieure à 10 m², que la notice paysagère ne correspond pas au projet s'agissant de la conservation des arbres du jardin, que ce projet conduit à un changement de mode d'occupation des sols de l'espace boisé existant sur la parcelle d'assiette, que la référence pour le calcul de la bande de 15 mètres doit être la façade de la maison principale et non les deux pavillons d'entrée qui ne sont que des annexes et dont il n'est pas établi qu'ils seraient à usage de logements et que la règle alternative au respect des règles d'implantation ne peut pas être invoquée en l'espèce dès lors qu'il ne s'agit pas d'assurer la continuité avec une construction existante, le projet étant situé à l'arrière de l'habitation, conclut au rejet des demandes du pétitionnaire et de la commune présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- les observations de Me Nadan, représentant la commune de Rennes, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne que le dossier de demande de permis est complet et que la requérante ne précise au demeurant pas, au vu des insuffisances dont elle se prévaut, quelle règle d'urbanisme aurait été alors méconnue, que le projet se situe en dehors de l'espace boisé classé présent sur la parcelle, qu'il respecte les règles d'implantation par rapport aux limites séparatives, à tout le moins par l'application d'une règle alternative ;

- les observations de Me Dubourg, représentant M. B, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur la tardiveté de la requête dès lors que le courrier qui a été adressé à ce dernier par l'assureur de Mme A E le 24 octobre 2023 s'analyse comme un recours administratif, sur l'absence d'urgence au motif que les travaux ont débuté le 3 septembre 2023 et sur l'absence d'intérêt à agir de la requérante, souligne que les arbres présents sur la parcelle d'assiette du projet ne seront pas impactés par celui-ci, fait valoir que l'architecte des bâtiments de France a entendu faire appliquer le premier point des règles alternatives en matière d'implantation, à savoir assurer l'homogénéité du projet en termes de longueur avec le bâtiment d'origine, patrimoine bâti d'intérêt local.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a déposé, le 5 août 2020, à la mairie de Rennes, une demande de permis de construire pour la réalisation d'une extension avec verrière d'un hôtel particulier situé rue de Paris, destinée à abriter une piscine. Par un arrêté du 27 janvier 2021, la maire de la commune de Rennes a accordé le permis de construire sollicité. Mme A E, voisine immédiate du projet, demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués et analysés ci-dessus n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel la maire de la commune de Rennes a accordé un permis de construire à M. C B. Par suite, les conclusions à fin de suspension de la requête ne peuvent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par M. B ni sur la condition d'urgence, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme A E doivent, dès lors, être rejetées.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. B et la commune de Rennes sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A E est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Rennes et de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A E, à la commune de Rennes et à M. C B.

Fait à Rennes, le 21 février 2024.

Le juge des référés,

signé

F. Plumerault La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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