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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400600

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400600

jeudi 25 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAONY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 février 2024, M. B A, représenté par

Me Maony, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros le fondement des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision portant refus de titre de séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité, en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'illégalité, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il bénéficie de la protection subsidiaire en Italie et ne saurait être refoulé hors du territoire européen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

21 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grenier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 1er janvier 1987, déclare être entré en France le 21 avril 2019. Le 4 mai 2023, il a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 septembre 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision portant refus de titre de séjour attaquée qu'elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. A en France, indique qu'il détient un permis de résidence au titre de la protection subsidiaire en Italie, valable du

6 août 2018 au 5 août 2023 et qu'il n'a pas sollicité de visa de long séjour pour rester en France au-delà de trois mois. Elle mentionne également sa situation familiale et professionnelle. Elle énonce que M. A n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision attaquée précise ainsi suffisamment les considérations de fait et de droit relatives à la situation du requérant. Par suite, le moyen d'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes de la décision portant refus de

titre de séjour attaquée que le préfet du Finistère a procédé à un examen suffisant de la

situation de M. A. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise à cet égard doit, par suite, être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article

L. 412-1. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée par un étranger sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", "travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France le

21 avril 2019, soit depuis plus de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a travaillé notamment en qualité d'ouvrier maraîcher, pendant un mois en 2019, dans le cadre de contrats de courte durée sur une durée totale de deux mois en 2020, près de quatre mois au total en 2021 et du 7 avril au 11 novembre 2022, dans le cadre de trois contrats de travail à durée déterminée successifs. Il dispose également d'une promesse d'embauche de la société " Le petit verger ", avec laquelle il travaille depuis septembre 2021 pour un contrat à durée déterminée de six mois en qualité d'agent serriste. Alors même qu'il ressort des pièces du dossier qu'ayant travaillé dans les serres de tomates, il justifie d'une expérience dans le domaine de la culture en serre et que ce secteur connaîtrait des difficultés de recrutement, ni ces circonstances, ni la durée de son séjour en France, ni son insertion professionnelle, récente, précaire et discontinue dans le cadre de contrats de travail saisonniers, ne constituent des motifs exceptionnels d'admission au séjour de M. A. Au surplus, la promesse d'embauche dont se prévaut

M. A, signée le 9 novembre 2023, est postérieure à la décision attaquée. M. A ne fait, par ailleurs, état d'aucune considération humanitaire. Par suite, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le refus de lui délivrer un titre de séjour n'est pas davantage entaché

d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Ce dernier n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

9. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

10. M. A est entré en France le 21 avril 2019 et y résidait depuis moins de cinq ans à la date de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que sa femme et ses trois enfants résident en Côte d'Ivoire. Il ne fait état d'aucun lien privé ou familial en France. Son insertion professionnelle, dans le cadre de contrats de travail saisonniers, est récente et précaire. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Il suit de là qu'elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation la décision fixant le pays de destination :

12. L'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. A était titulaire d'un titre de séjour italien en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire jusqu'au 5 août 2023, dont il établit avoir demandé le renouvellement en juin 2023. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que le bénéfice de la protection subsidiaire lui aurait été retiré et qu'il ne bénéficierait plus, par suite, de la protection internationale qui lui a été accordée par l'Italie. Dans ces conditions, en ce qu'il énonce que M. A pourra être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité à l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours qui lui est imparti pour quitter le territoire français, l'article 3 de l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations et dispositions citées au point précédent.

14. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu seulement d'annuler, dans la mesure précisée au point précédent, l'article 3 de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet du Finistère.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le motif d'annulation retenu au point 13 du présent jugement n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. A. Il n'implique pas davantage que sa demande de titre de séjour soit réexaminée. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Maony, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maony de la somme de 1 000 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 3 de l'arrêté du 18 septembre 2023 du préfet du Finistère est annulé en ce qu'il fixe le Mali comme pays à destination duquel M. A pourra être reconduit d'office à l'expiration du délai de départ volontaire de trente jours qui lui est imparti pour quitter le territoire français.

Article 2 : L'Etat versera à Me Maony une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Maony renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Maony et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kolbert, président du tribunal,

Mme Grenier, présidente,

M. Jouno, président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. GrenierLe président du tribunal,

signé

E. Kolbert

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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