mercredi 14 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400709 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SEMINO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, M. E B, représenté par Me Semino, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 7 février 2024 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités de contrôle de son assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
4°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice d'incompétence ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations orales ou écrites en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la motivation de cette décision ne permet pas de s'assurer que les craintes du requérant ont effectivement été examinées par l'autorité préfectorale, laquelle n'a pas permis à l'intéressé de les présenter ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions sur lesquelles elle se fonde ;
- la décision l'assignant à résidence est entachée d'un défaut d'examen et d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant les modalités de contrôle de l'assignation à résidence est entachée d'un vice d'incompétence ;
- les modalités d'assignation à résidence sont inadaptées et disproportionnées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme René,
- les observations de Me Semino, représentant M. B, qui maintient les conclusions de la requête par les mêmes moyens ; il développe en particulier le moyen tiré de ce que les modalités d'assignation à résidence sont inadaptées et disproportionnées ;
- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.
M. B n'était pas présent.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant russe né le 1er mars 1986, déclare être entré en France en mars 2019. Sa demande d'asile, présentée le 15 avril 2019, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 30 décembre 2020. Son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 janvier 2022. Par deux arrêtés du 7 février 2024 dont le requérant demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle le 8 février 2024, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine du même jour, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme D A, cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière et signataire des arrêtés attaqués, pour signer notamment les décisions attaquées, y compris les décisions portant obligation de quitter le territoire. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " et aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision l'assignant à résidence dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
5. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, y compris au titre de l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas allégué par M. B qu'il aurait demandé en vain un entretien avec les services préfectoraux postérieurement au rejet devenu définitif de sa demande d'asile, notamment en vue d'évoquer et de justifier de ses problèmes de santé, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer ou de produire des observations écrites et des pièces avant que ne soit prise la décision l'obligeant à quitter le territoire français, alors au contraire qu'il a été mis en mesure lors de son audition par les services de la police aux frontières de Rennes le 7 février 2024 de faire valoir ses observations et qu'il ressort du procès-verbal de cette audition qu'il a seulement indiqué " a[voir] été malade ", " a[voir] été opéré au genou " et faire l'objet d'un suivi sans solliciter la possibilité de produire des pièces justificatives. Il n'est en outre pas établi que M. B disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qui, si elles avaient été communiquées à l'administration, auraient été de nature à influer sur le sens et le contenu de décision l'obligeant à quitter le territoire français attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé du droit de présenter des observations écrites ou orales préalablement à cette décision doit donc être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. En l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'il réside depuis mars 2019 en France où il a noué des attaches fortes, qu'il a des contacts pour obtenir des promesses d'embauche, qu'il est prêt à travailler dans des secteurs demandeurs de main d'œuvre étrangère et qu'il n'a plus de contact avec sa famille avec la Russie, M. B, qui ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations, n'apporte aucun élément suffisamment circonstancié de nature à établir son insertion personnelle ou professionnelle et plus largement l'existence de liens sur le territoire français. De plus, s'il soutient qu'il a fui son pays d'origine en raison de craintes réelles et sérieuses pour sa sécurité, le seul certificat médical qu'il produit selon lequel les lésions constatées sont compatibles avec les faits rapportés d'une plaie par balle ne permet pas d'établir la réalité de ces craintes, sa demande de protection internationale ayant au demeurant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ses conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse ne peut être regardée comme portant au droit de M. B à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH) doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision doit également être écartée.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
11. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme l'a relevé le préfet, l'intéressé se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour et ne justifie pas avoir entamé de nouvelles démarches en vue de régulariser sa situation administrative à la suite du rejet de sa demande d'asile. Il a en outre déclaré lors de son audition du 7 février 2024 vouloir rester en France. Dans ces conditions, alors même que le requérant présente des garanties de représentation suffisantes, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, estimé qu'il existait un risque que M. B se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français attaquée, lequel doit être regardé comme établi au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de ces articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 refusant de lui accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée qui relève que les craintes exprimées par M. B en cas de retour dans son pays d'origine " ont été jugées infondées tant par l'OFPRA que par la CNDA " et que " compte tenu de ces éléments et de ceux portés à la connaissance de l'administration préfectorale, l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la CEDH en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est légalement admissible ", que le préfet, qui a suffisamment motivé sa décision, se serait abstenu d'examiner la situation de l'intéressé et d'apprécier souverainement sa situation personnelle et familiale, ni d'ailleurs qu'il se serait cru en situation de compétence liée au regard de cette décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. De plus, M. B a été mis en mesure lors de son audition du 7 février 2024 de présenter des observations sur les risques qu'il invoque, alors qu'au contraire il a indiqué à cette occasion avoir quitter la Russie " en raison de problèmes personnels " et ne pas avoir déposé de demande d'asile dans un pays européen.
16. D'autre part, si le requérant soutient être exposé à un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Russie et indique être particulièrement menacé en sa qualité d'opposant aux autorités russes, le seul certificat médical qu'il produit ne permet pas, ainsi qu'il a été dit au point 8, d'établir la réalité de ses craintes pour lesquelles il n'apporte par ailleurs aucune explication circonstanciée. Dans ces conditions, et alors que sa demande de protection internationale a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".
19. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
20. Dès lors que le requérant ne démontre pas, par les moyens qu'il invoque, l'illégalité des décisions lui portant obligation de quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination, le moyen tiré de ce que la décision lui portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions ne peut qu'être écarté.
21. Il en résulte que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 fixant lui portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
22. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
23. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de sa situation.
24. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
25. M. B ne démontre pas, en se bornant à invoquer le contexte politique lié à la guerre entre la Russie et l'Ukraine, qu'à la date de la décision contestée, son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable au sens des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Au surplus, la décision fixant le pays de destination attaquée indique que le requérant peut être éloigné également vers tout pays dans lequel il est légalement admissible. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que M. B se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine a pu ainsi décider de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que, justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours doivent être rejetées.
En ce qui concerne les modalités de contrôle de l'assignation à résidence :
27. L'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
28. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
29. D'autre part, les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
30. En premier lieu, il résulte de l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 11 décembre 2023 mentionné au point 3 du présent jugement que Mme D A, signataire de l'arrêté d'assignation à résidence attaqué, a notamment reçu délégation pour signer les décisions d'assignation à résidence, une telle délégation valant pour la fixation des modalités d'une telle assignation. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué d'assignation à résidence en tant qu'il porte sur les modalités de cette assignation doit dès lors être écarté.
31. En second lieu, cet arrêté, qui assigne à résidence M. B à son adresse de domiciliation déclarée au 12 rue Saint-Jean des Landes à Saint-Malon-sur-Mel, l'astreint notamment à se présenter tous les mardis et jeudis à dix-sept heures, y compris les jours fériés, à la brigade de gendarmerie située 4 avenue Joseph Faramin à Montauban-de-Bretagne afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence et d'indiquer les diligences mises en œuvre pour exécuter sa mesure d'éloignement. Il lui fait de plus interdiction de sortir de la commune de Saint-Malon-sur-Mel sans autorisation préfectorale sauf notamment pour se rendre sur son lieu de pointage et l'astreint à rester à l'adresse à laquelle il est assigné tous les jours entre dix-huit heures et vingt-et-une heures, sauf à justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle à cette sujétion. Si le requérant se prévaut de l'absence de transports en commun lui permettant de se rendre aisément à Montauban-de-Bretagne et fait valoir que s'il devait s'y rendre à pied, il ne pourrait pas respecter son obligation de présence à l'adresse à laquelle il est assigné, d'une part, il n'est pas contesté que la brigade de gendarmerie de Montauban est le lieu le plus proche de son domicile et, d'autre part, l'arrêté attaqué prévoit la possibilité pour M. B de justifier d'une difficulté particulière faisant obstacle à son obligation de demeurer à son domicile entre dix-huit et vingt-et-une heures chaque jour. De même, si le requérant se prévaut de l'absence de supermarché à Saint-Malon-sur-Mel, il peut en tout état de cause bénéficier d'une autorisation préfectorale en cas de besoin pour quitter ponctuellement cette commune. Dans ces conditions, et alors que l'obligation de pointage à laquelle est astreint l'intéressé est limitée à deux fois par semaine, le moyen tiré de ce que les modalités d'assignation à résidence seraient inadaptées et disproportionnées doit être écarté.
32. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de la décision du 7 février 2024 fixant les modalités de l'assignation à résidence dont il fait l'objet doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
33. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. B doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
34. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Les conclusions de la requête présentées à ce titre doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. RenéLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026