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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400737

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400737

mercredi 28 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400737
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCACCIAPAGLIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 février 2024, Mme D E, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a restreint à l'accueil d'un seul enfant son agrément d'assistante familiale ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental du Morbihan de rétablir son agrément pour l'accueil de deux enfants à titre permanent, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département du Morbihan le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'en la privant de la ressource correspondant à l'accueil d'un enfant, la décision attaquée la prive d'une partie de ses revenus habituels ;

- un doute sérieux existe quant à la légalité de la décision en ce qu'elle est insuffisamment motivée en droit, la seule mention des dispositions du code de l'action sociale et des familles ne permettant pas de comprendre les considérations de droit justifiant la restriction d'agrément ;

- en outre, dès lors que le dossier administratif qui lui a été communiqué, à sa demande, n'était pas numéroté et classé sans discontinuité, elle ne peut être assurée de ce que cette communication a concerné l'intégralité de ce dossier conformément à l'article R. 421-23 du code de l'action sociale et des familles ;

- il n'apparaît pas que la décision ait été prise après la réalisation d'une véritable enquête administrative ;

- pour les mêmes motifs, la décision attaquée a méconnu le principe général du respect des droits de la défense ;

- contrairement à ce que mentionne la décision attaquée, quant à des problèmes de communication ou de collaboration avec les services départementaux, elle justifie avoir toujours su maintenir de bons rapports professionnels tant avec les familles qu'avec les professionnels eux-mêmes ;

- s'agissant du prétendu surinvestissement affectif ou d'une supposée attitude non conforme à l'intérêt supérieur de l'enfant, elle établit par de nombreuses attestations, y compris celle du centre départemental enfants et familles (B), l'erreur d'appréciation ainsi commise ;

- aucune mesure d'accompagnement ne lui a été proposée avant que ne soit formulé ce reproche, y compris après le rejet de ses demandes de formation ;

- alors même que sa demande d'extension d'agrément à un troisième enfant a été rejetée, elle a bénéficié, contre toute attente, d'une autorisation de dépassement exceptionnel de sa capacité d'accueil pour un troisième enfant jusqu'en mai 2023 ;

- exerçant cette profession depuis 2013, son agrément a été renouvelé et étendu à plusieurs reprises, avec plusieurs autorisations de dépassement, et dans son avis du 16 février 2023, qui figure à son dossier administratif, le B a confirmé son aptitude et son ouverture ;

- au demeurant, elle dispose toujours d'un agrément pour l'accueil d'un enfant ce qui va dans le sens d'une erreur sur l'appréciation négative portée sur les conditions d'accueil qu'elle fournit aux enfants ;

- aucune circonstance exceptionnelle ne justifie enfin que le juge des référés ne fasse pas usage de son pouvoir de suspension, alors même que les conditions légales en seraient remplies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, le département du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en ce que Mme E ne justifie pas de la perte financière subie du fait de la décision ni ne précise le montant des charges qu'elle supporte ;

- la décision n'est pas entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité dès lors qu'elle comprend les éléments de fait qui en constituent sa motivation ;

- en outre, le dossier administratif de Mme E lui a été transmis dans son intégralité et notamment les documents fondant la décision attaquée ;

- le principe général du droit de la défense a été respecté dès lors que l'ensemble des documents justifiant la décision attaquée ont été fournis à Mme E, lui permettant d'assurer sa défense ;

- la restriction d'agrément n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation eu égard aux manquements et dysfonctionnements récurrents de Mme E dans sa pratique professionnelle recensés notamment par ses employeurs ainsi que par la protection de l'enfance en charge du contrôle de la condition des agréments ;

- Mme E a bien fait l'objet d'un accompagnement par les services, d'une part, de l'unité accueil familial de Loire-Atlantique et, d'autre part, par les services du département du Morbihan ;

- la délivrance d'un dépassement exceptionnel d'accueil maintenu jusqu'à fin mai 2023 avait pour objectif de maintenir le lien de fratrie entre deux enfants placés sous la charge de Mme E jusqu'à l'ouverture de la pouponnière, repoussée à plusieurs reprises.

Vu :

- la requête enregistrée le 10 février 2024 sous le n° 2400736 par laquelle Mme E demande l'annulation de la décision du 15 décembre 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 février 2024 :

- le rapport de M. C ;

- les observations de Me Jeanmougin, substituant Me Cacciapaglia, représentant Mme E, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'urgence de la situation eu égard à la perte conséquente, à hauteur de 80%, des revenus que la requérante tire de l'exerce de sa profession et ajoute que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait en ce qu'elle comprend des formulations stéréotypées et lapidaires ;

- les observations de Mme A, représentant le département du Morbihan, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces complémentaires ont été transmises par Mme E postérieurement à la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E a été agréée en qualité d'assistante familiale à compter du 1er août 2008 par le département du Morbihan pour l'accueil d'un enfant. Cet agrément valable cinq ans a été renouvelé une première fois le 1er août 2013, puis le 1er août 2018. Mme E qui avait, par ailleurs, obtenu une extension de son agrément pour l'accueil d'un second enfant, par un arrêté du 12 juin 2018, s'est toutefois vu refuser, par une décision du 14 avril 2023 du président du conseil départemental du Morbihan, une nouvelle extension de son agrément pour l'accueil de trois enfants, cette décision ayant toutefois été tempérée par l'autorisation temporaire de dépassement exceptionnel de sa capacité d'accueil pour un troisième enfant qui lui a été donnée, jusqu'en mai 2023, par une décision du 17 avril 2023, dans le but de ne pas séparer une fratrie. À la suite d'une visite, le 13 juin 2023, des professionnels de la protection maternelle et infantile, son agrément a été suspendu pour une durée de quatre mois par décision du 17 juillet 2023 et Mme E, dont la situation a été soumise à l'avis de la commission consultative paritaire départementale (CCPD) réunie, le 14 novembre 2023, du président du conseil départemental du Morbihan, a fait l'objet, par une décision du 15 décembre 2023 d'une mesure de restriction de son agrément à l'accueil d'un seul enfant. C'est la décision dont elle demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. Aucun des moyens visés ci-dessus n'apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision du 15 décembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental du Morbihan a décidé de restreindre l'agrément d'assistante familiale de Mme E à l'accueil d'un enfant doivent être rejetées.

4. Il en résulte que les conclusions de Mme E tendant à la suspension de l'exécution d'une telle décision doivent être rejetées, de même, par suite, que ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

5. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme E doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D E et au département du Morbihan.

Fait à Rennes, le 28 février 2024.

Le juge des référés,

signé

E. C La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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