vendredi 24 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | KERRIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 février et 11 mai 2024, M. D C, représenté par Me Kerrien, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 février 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il peut être reconduit, et lui a fait interdiction de tout retour sur le territoire national pour une durée de deux ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que sa requête est recevable et que :
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire national :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2024, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne contient aucun moyen.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- et les observations de Me Kerrien, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant marocain né le 13 février 1998, est entré en France en avril 2014 alors qu'il était mineur, selon ses déclarations. Après avoir été interpellé à de nombreuses reprises pour des faits de conduite sans permis, infraction à la législation relative aux produits stupéfiants, ou encore atteinte corporelle volontaire sur majeur et vol aggravé, il a fait l'objet, par un arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 4 février 2021, d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours de l'intéressé dirigé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 26 mars 2021, confirmé par un arrêté de la cour administrative d'appel de Nantes du 20 juin 2022. En janvier 2024, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture des Côtes-d'Armor, notamment en raison d'un concubinage allégué avec une ressortissante française. Le 9 février 2024 il a été interpellé par les forces de l'ordre et placé en garde à vue pour des faits de trafic de stupéfiant, poursuivis dans le cadre d'une enquête en flagrance. Par la présente requête, M. C, incarcéré au centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 février 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il peut être reconduit et lui a fait interdiction de tout retour sur le territoire national pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. B A en qualité de sous-préfet de permanence. Celui-ci disposait d'une délégation de signature, accordée par un arrêté du préfet des Côtes-d'Armor du 12 juin 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 16 juin suivant, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français, de fixation du pays de destination et d'interdiction de retour sur le territoire national. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que les décisions d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans ont été signés par une autorité incompétente doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que si M. C allègue être présent en France depuis plus de dix ans, il n'a produit aucune pièce pour en attester, alors qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation avant la fin de l'année 2023. Par ailleurs, le requérant n'a produit aucune pièce justifiant de son intégration sociale et professionnelle sur le territoire français. En outre, il ne démontre pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 1, il a été interpellé à de nombreuses reprises pour des faits de conduite sans permis, infraction à la législation relative aux produits stupéfiants, ou encore atteinte corporelle volontaire sur majeur et vol aggravé, la dernière interpellation datant du 9 février 2024 pour des faits de trafic de stupéfiant poursuivis dans le cadre d'une enquête en flagrance, caractérisant des troubles à l'ordre public. Compte-tenu notamment des conditions dans lesquelles il a séjourné en France depuis son entrée, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis par l'administration, alors même qu'il est pacsé avec une ressortissante française depuis le 21 octobre 2021, qui n'était au demeurant pas présente à l'audience. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
6. Au regard de l'ensemble des éléments précédemment évoqués, concernant en particulier la menace pour l'ordre public que le comportement de M. C constitue, le préfet des Côtes-d'Armor a pu légalement assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour d'une durée de deux années laquelle n'apparaît pas disproportionnée et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, alors même que l'intéressé est pacsé avec une ressortissante française depuis le 21 octobre 2021. Pour les mêmes motifs, la décision d'interdiction de retour en France pour une durée de deux ans n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté litigieux du 11 février 2024 du préfet des Côtes-d'Armor, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'irrecevabilité de la requête au motif qu'elle est dépourvue de moyen.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Côtes-d'Armor.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Radureau, président,
M. Bozzi, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
T. Grondin
Le président,
signé
C. Radureau
Le greffier,
signé
N. Josserand
La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026