lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400803 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 14 février 2024, sous le n° 2400803, M. E C, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que l'arrêté préfectoral contesté serait intervenu aux termes d'une procédure régulière, faute de précisions sur les conditions dans lesquelles l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été émis ;
- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et ne comportent pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit en se contentant de fonder sa décision de refus de délivrance d'un titre de séjour sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII ;
- elles ont été prises sur le fondement de dispositions méconnaissant l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les principes généraux du droit de l'Union européenne à une bonne administration et du droit à un procès équitable, faute d'avoir été mis en mesure de discuter l'appréciation faite par les médecins de l'OFII de son état de santé ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et commis une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il souffre de pathologies psychiatriques lourdes, qu'un défaut de soins peut emporter des conséquences exceptionnelles pour son état de santé et qu'il n'aura pas accès à des soins appropriés en cas de retour dans son pays d'origine ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français étant illégales, la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut est susceptible de le soumettre à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence ;
- tant dans son principe que dans ses modalités, elle est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 14 février 2024, sous le n° 2400804, Mme D C, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui refuse un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
3°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à Me Le Strat de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas établi que l'arrêté préfectoral contesté serait intervenu aux termes d'une procédure régulière, faute de précisions sur les conditions dans lesquelles l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été émis ;
- les décisions contestées sont insuffisamment motivées et ne comportent pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a commis une erreur de droit en se contentant de fonder sa décision de refus de délivrance d'un titre de séjour sur l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII ;
- elles ont été prises sur le fondement de dispositions méconnaissant l'article 16 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les principes généraux du droit de l'Union européenne à une bonne administration et du droit à un procès équitable, faute d'avoir été mise en mesure de discuter l'appréciation faite par les médecins de l'OFII de son état de santé ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 et du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle souffre de pathologies psychiatriques lourdes, qu'un défaut de soins peut emporter des conséquences exceptionnelles pour son état de santé et qu'elle n'aura pas accès à des soins appropriés en cas de retour dans son pays d'origine ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français étant illégales, la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence ;
- la décision contestée est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut est susceptible de la soumettre à des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;
S'agissant de l'assignation à résidence :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence ;
- tant dans son principe que dans ses modalités, elle est insuffisamment motivée, entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Descombes,
- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. et Mme C, tous deux présents,
- les explications de M. C, assisté d'une interprète,
- et les observations de Mme Baron, en présence de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine,
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'étendue du litige :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code.
2. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, applicable en cas d'assignation à résidence : " () lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".
3. M. et Mme C, ressortissants géorgiens, ont été assignés à résidence par une décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 12 février 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du 20 décembre 2023 obligeant les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et de celles du même jour fixant le pays de destination ainsi que sur la légalité des décisions portant assignation à résidence du 12 février 2024. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions du 20 décembre 2023 portant rejet des demandes de titre de séjour de M. et Mme C. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions de M. et Mme C tendant à l'annulation des arrêtés du préfet d'Ille-et-Vilaine du 20 décembre 2023 en tant qu'ils refusent de leur délivrer un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires à ces conclusions.
Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :
4. M. et Mme C justifiant avoir chacun introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de les admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur la jonction :
5. Les requêtes nos 2400803 et 2400804, présentées pour M. et Mme C, sont relatives à la situation d'un couple d'étrangers, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur le surplus des conclusions :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation :
S'agissant des obligations de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, les avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration des 2 mai 2023 et 18 septembre 2023 n'ont été émis que dans le seul cadre de l'instruction des demandes de titre de séjour des requérants. M. et Mme C ne peuvent donc utilement se prévaloir de l'irrégularité de ces avis à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les obligations de quitter le territoire français.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. ".
8. Il ressort des pièces des dossiers que le préfet a décidé d'obliger M. et Mme C à quitter le territoire français en se fondant sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lequel dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Or, les arrêtés attaqués comportent de manière suffisamment précise l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de délivrer à M. et Mme C les titres de séjour qu'ils ont sollicités en qualité d'étranger malade. Les obligations de quitter le territoire français n'avaient en conséquence pas à faire l'objet d'une motivation distincte.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces des dossiers que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme C avant de décider de les obliger à quitter le territoire français.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".
11. Il ressort des pièces des dossiers que, par deux avis des 2 mai 2023 et 18 septembre 2023, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de M. et Mme C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche, ceux-ci pouvaient bénéficier dans leur pays d'origine d'un traitement approprié et qu'il pouvait voyager sans risque vers celui-ci.
12. M. et Mme C soutiennent que l'accès tant matériel que financier aux soins que leur état de santé requiert est " sujet à forte caution " en Géorgie, que " le système de santé géorgien souffre d'insuffisances profondes qui induisent un doute sérieux sur la réalité et la qualité de la prise en charge effective du requérant " et font valoir qu'ils se trouvent dans un état de dénuement si important qu'ils ne pourraient jouir d'un accès effectif et réel aux soins dans leur pays d'origine.
13. Toutefois, les seules productions d'extraits du rapport de l'Organisation Suisse d'Aide aux Réfugiés (OSAR) publié le 30 juin 2020 et intitulé " GEORGIE : accès à divers soins et traitements médicaux ", des rapports de Sciences-Pô sur le " droit au séjour et problématiques de santé des ressortissants géorgiens " de 2021 et 2022 et de la lettre de liaison du docteur A sont insuffisantes pour établir que, contrairement aux avis émis par l'OFII, M. et Mme C ne pourraient pas bénéficier dans leur pays d'origine d'un traitement approprié à leur état de santé. Par ailleurs les seuls documents précités versés aux dossiers ne sont pas de nature ni à contredire ces avis, ni a démontrer qu'ils ne seraient plus d'actualité. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être par suite écarté.
14. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
15. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C, sont entrés en France respectivement en 2018 et 2021, et qu'ils ont déclaré ne pas avoir de famille en France, que leur fils est en Allemagne et que le reste de leur famille est en Géorgie. Par ailleurs, ils n'établissent pas l'intensité des liens qu'ils auraient noués depuis leur arrivée sur le territoire français. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale.
S'agissant des décisions fixant le pays de destination :
16. En premier lieu, M. et Mme C ne sont pas fondés, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, à exciper de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français.
17. En deuxième lieu, les décisions par lesquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé les pays de destination, qui citent les textes applicables et font état, contrairement à ce que soutiennent les requérants, d'éléments de fait propres à leur situation, en mentionnant notamment leur situation personnelle, énoncent de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elles se fondent. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
18. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
19. D'une part, il ressort des pièces des dossiers et, en particulier, des motifs des arrêtés attaqués, que, contrairement à ce que les requérants soutiennent, le préfet a exercé sa propre appréciation sur leur situation et notamment la disponibilité des soins qui leur sont nécessaires en Géorgie et n'a pas fondé sa décision au vu des seuls avis des collèges de médecins de l'OFII. Dès lors le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
20. D'autre part, comme indiqué précédemment, M. et Mme C ne justifient pas, par les documents qu'ils produisent, qu'il ne pourrait pas bénéficier en Géorgie d'un traitement approprié à leur état de santé. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en raison du défaut d'un tel traitement, les décisions fixant la Géorgie comme pays de renvoi seraient intervenues en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant des assignations à résidence :
21. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ".
22. En premier lieu, contrairement à ce que les requérants soutiennent, les arrêtés attaqués comportent, de manière suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles ils sont fondés.
23. En deuxième lieu, contrairement à ce que les requérants soutiennent également, le préfet a expressément indiqué, dans les motifs de ses arrêtés, que les intéressés étaient astreints à ne pas sortir de la commune de Rennes sauf pour satisfaire à leur obligation de pointage et " sauf pour se rendre à tout rendez-vous médical ". Le préfet a donc bien procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. et Mme C. Le préfet n'a pas, pour les mêmes raisons, commis une erreur manifeste d'appréciation ou édicté une mesure excessive.
24. En troisième lieu, s'agissant de l'obligation de pointage, une fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières zone ouest à Saint-Jacques-de-la-Lande, aucune pièce des dossiers, notamment d'ordre médical, ne vient établir que M. C serait dans l'incapacité physique d'effectuer le trajet pour se rendre dans les locaux de la police aux frontières. En revanche, en contraignant Mme C à se déplacer même une seule fois par semaine à la direction zonale de la police aux frontières située à Saint-Jacques-de-la-Lande alors qu'elle réside à Rennes, qu'elle ne pourrait quitter son époux et que son état de santé, tel qu'il résulte des pièces versées à l'instance n° 2400804 nécessite qu'elle se déplace en déambulateur, la mesure d'assignation la concernant comporte des modalités d'exécution qui présentent un caractère disproportionné.
25. Il résulte de ce qui précède que dans l'instance n° 2400804, l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 12 février 2024 est annulé en tant seulement qu'il contraint Mme C à se rendre à la direction zonale de la police aux frontières située à Saint-Jacques-de-la-Lande pour une mesure de pointage et que le surplus des conclusions en annulation à l'encontre des deux décisions portant assignation à résidence doivent être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction :
26. Le jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation des obligations de quitter le territoire français, des décisions fixant le pays de renvoi, n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions aux fins d'injonction de M. et Mme C ne peuvent donc qu'être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
27. L'État n'étant pas, pour l'essentiel, la partie perdante, les conclusions présentées par M. et Mme C sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions des requêtes de M. et Mme C dirigées contre les refus de titre de séjour en date du 20 décembre 2023, ainsi que les conclusions accessoires à fin d'injonction qui s'y rattachent, sont renvoyées devant la formation collégiale de ce tribunal.
Article 3 : Dans l'instance n° 2400804, l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 12 février 2024 est annulé en tant seulement qu'il contraint Mme C à se rendre à la direction zonale de la police aux frontières située à Saint-Jacques-de-la-Lande pour une mesure de pointage.
Article 4 : Le surplus des conclusions des deux requêtes de M. et Mme C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, Mme D C et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
G. Descombes La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2400803, 2400804
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026