lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2400979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | TAGOURLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 22 février 2024, M. B A, représenté par Me Tagourla, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'une année ;
3°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence et a pris des mesures de contrôle à son encontre ;
4°) d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) à défaut, d'enjoindre, sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
6°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit tirée de l'interprétation de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur de fait ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur de fait ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 1er et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur de droit tirée de l'interprétation de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la compétence liée pour obliger une personne à quitter le territoire Français ;
Sur la décision fixant des mesures de contrôle :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen et d'insuffisance de motivation ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Moulinier, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Moulinier a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles elle a été prise, et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, cette décision fait état de la situation personnelle et familiale de M. A, notamment son parcours devant les instances de l'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine se serait estimé en situation de compétence liée, au regard des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour décider d'éloigner du territoire français M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit en décidant de prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français faute de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire au requérant doit être écarté.
4. En dernier lieu, si M. A soutient qu'il a vocation à fonder sa propre famille en France, toutefois, cette simple assertion n'est pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur de fait en regardant l'intéressé comme célibataire et sans enfant. Par suite, le moyen invoqué doit être écarté.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 2 à 4 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été opposée.
6. En second lieu, M. A soutient qu'il est présent en France depuis 2021 et qu'il tente de se reconstruire après avoir connu de lourdes persécutions dans son pays et souhaite bénéficier d'un droit au séjour. Toutefois, cette seule allégation ne permet pas de considérer que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur de fait en prenant la décision attaquée.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle la nationalité mauritanienne de M. A et énonce qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision est ainsi suffisamment motivée et révèle que le préfet d'Ille-et-Vilaine a examiné s'il existait un obstacle à ce que le requérant soit renvoyé en Mauritanie ou dans tout autre pays pour lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de M. A doivent être écartés.
8. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui invoque la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de justifier de la réalité, de la nature et de la gravité des risques qu'il encourt personnellement dans le pays de renvoi. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. M. A soutient qu'il a rapporté par un récit détaillé et personnalisé des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Mauritanie et que son éloignement à destination de son pays d'origine l'expose inévitablement à un risque de persécution réel et actuel, toutefois, il n'apporte aucun élément nouveau au soutien de ses allégations qui ont au demeurant été écartées en dernier lieu le 24 août 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et des articles 1er et 33 de la convention de Genève de 1951 relative au statut de réfugié doivent être écartés.
Sur la décision portant assignation à résidence :
10. En premier lieu, la décision attaquée précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles elle a été prise, et répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En particulier, cette décision fait état de la situation personnelle et familiale de M. A, notamment de la mesure d'éloignement dont il est l'objet. Dans ces conditions, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine se serait estimé en situation de compétence liée, au regard des dispositions de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour décider d'assigner à résidence M. A. Par suite, le moyen tiré de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit en décidant d'assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire d'une décision portant assignation à résidence doit être écarté.
Sur la décision fixant des mesures de contrôle :
12. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des motifs de la décision attaquée qu'elle est suffisamment motivée et n'est pas entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation.
13. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir que la décision est rédigée en termes très généraux, vagues et stéréotypés, sans prendre en compte la singularité de sa situation, le requérant ne démontre nullement que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
14. En dernier lieu, si le requérant se plaint de ce que le préfet n'a pas considéré l'impact de la mesure de contrôle sur son droit à la vie privée et familiale, il ne démontre pas la violation qu'il invoque des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
Le magistrat désigné,
signé
Y. MoulinierLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026