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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2400992

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2400992

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2400992
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantBEGUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 février et 27 mars 2024, Mme H C représentée par la SELARL Beguin (AARPI Arhestia), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2024 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mars 2024, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Descombes,

- les observations de Me Delagne, substituant Me Beguin, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante turque née en 1964, est entrée régulièrement en France en février 2023 sous couvert d'un visa de type C. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire sur celles de l'article L. 423-23 du même code. Le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan du 31 août 2022, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, chef du bureau des étrangers et de la nationalité, à l'effet de signer notamment les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et, en l'absence de M. D G, directeur de la citoyenneté et de la légalité, les mesures d'éloignement. Ce même arrêté prévoit qu'en cas d'absence ou d'empêchement de M. G et de Mme E, la délégation de signature qui leur est accordée sera exercée notamment par Mme A B, attachée d'administration et signataire de l'arrêté attaqué, dans le cadre exclusif des attributions du bureau des étrangers et de la nationalité. Dès lors qu'il n'est pas établi que M. G et Mme E n'étaient ni absents ni empêchés lorsque l'arrêté litigieux a été signé, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les textes applicables, retrace les conditions d'entrée en France de la requérante et indique qu'elle ne justifie pas du visa requis ni d'être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Il précise notamment que si la requérante produit un certificat médical en date du 30 mars 2023 attestant qu'elle présente un syndrome post traumatique nécessitant un accompagnement et une attestation en date du 4 mai 2023 confirmant une prise en charge psychologique pour cette pathologie, pour autant, rien ne contrevient à ce que l'intéressée poursuive, son suivi médical dans son pays d'origine accompagné de ses deux enfants présents en Turquie. L'arrêté comportent ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est dès lors suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des décisions attaquées que pour refuser d'admettre Mme C au séjour, le préfet du Morbihan a pris en considération sa situation administrative, la circonstance de la démolition de son logement en Turquie en raison des risques climatiques, l'aide financière de sa fille, la durée de son séjour et ses liens personnels et familiaux en France et en Turquie. Il a ainsi procédé à un examen particulier de sa situation avant d'édicter l'arrêté litigieux. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ". Il en résulte que le préfet du Morbihan a pu légalement opposer à Mme C la circonstance qu'elle ne détenait pas un visa de long séjour pour refuser de lui délivrer la carte de résident prévue par les dispositions précitées, la détention d'un tel visa constituant une condition de fond à la délivrance de ce titre de séjour. Par suite, à alors qu'elle ne justifie pas, par les seuls documents qu'elle verse, être dans l'impossibilité d'être hébergée par ces deux enfants restés en Turquie, Mme C ne n'est pas fondée à soutenir que le préfet, en lui opposant ce motif qui suffit à lui seul à justifier le rejet de leur demande, aurait commis une erreur de droit.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. En l'espèce, si Mme C se prévaut de la présence en France de sa fille qui la prend en charge et d'un fils qui réside également dans le Morbihan, elle ne justifie ni d'une ancienneté significative, ni d'une intégration particulière sur le territoire français, à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si elle fait valoir qu'elle souffre d'asthme et qu'elle est touchée par un syndrome dépressif et un stress post-traumatique lui causant des troubles cognitifs, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, il n'est pas établi que l'état de santé de la requérante nécessite son maintien en France, de sorte qu'elle ne peut pas utilement se prévaloir de l'absence alléguée de traitement médical adapté à sa situation, en cas de retour dansson pays d'origine. De plus, il ressort des pièces du dossier que Mme C n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident deux de ses enfants. Par suite, en refusant de délivrer à Mme C un titre de séjour, le préfet n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamental, ni entaché ses décisions d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation personnelle. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 24 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37-1 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H C et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Le Roux, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. Descombes L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. Le Roux

La greffière,

Signé

L. Garval

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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